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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 14:10

L’ami René Merle m’oriente vers une nouvelle source accessible sur internet : une partie de la presse régionale à la BM de Toulouse. Je suis allé aussitôt voir le Midi socialiste que j’ai tant et tant étudié au moment d’une étude sur le cas des grèves de Castelsarrasin avant 1914. Je voulais y retrouver l’homme qui ne me quitte pas, Raoul Verfeuil, et les résultats ne manquent pas. Aujourd’hui le texte de Frossard sur la mort du Montalbanais. Je rappelle que le « boulet de la victoire » c’était pour dire que la victoire de 1918 avec les conditions imposées à l’Allemagne ne pouvait que revenir en pleine figure de la France…. Ce texte est précieux par beaucoup de point. J-P D.

 

Midi Socialiste 3 novembre 1927

Raoul Verfeuil

Il est mort l'autre nuit, dans un sanatorium des Landes, après une longue agonie de plus d'un an. Nous étions tous sans nouvelles de lui depuis des mois. Il m’avait écrit au début de l'année, coup sur coup, deux lettres pleines d'humour et comme l'un de nous, notre ami R.-G, Réa, qui le savait presque dans la gêne, s'était préoccupé de lui assurer au moins un minimum de sécurité matérielle, m’avait prié, avec un émouvant et farouche souci de ce qu’il croyait être sa dignité, de dire qu’il n'accepterait point qu'on lui vint en aide. Sur tout ce qui le concernait, il était d'une discrétion ombrageuse. Il ne livrait jamais rien de sa vie intime et pourtant il n'avait rien à cacher. Nous le plaisantions parfois. Ce doux poète aux yeux candides, qui avait dévoué au socialisme un cœur d'une admirable richesse, cet idéaliste ingénu, passionné accueillait nos railleries avec un bon sourire et les désarmait à force de généreuse indulgence.

Il était venu au socialisme très jeune, par instinct plus que par raison, à la recherche d'une mystique comme tant d'autres. Dans son département d'origine, le Tarn-et-Garonne, il lui fallut livrer de dures batailles pour que le parti de Jaurès eût enfin droit de cité. C'est là-bas qu’en 1914 il fit ses premières armes. Candidat socialiste dans une circonscription où il n'y avait que des coups à recevoir, il se dépensa sans compter, tenant tête avec un beau courage à la meute de ses adversaires. Puis il vint à Paris. La guerre en quelque sorte le révéla à lui-même. Tout de suite, il la dénonça comme le Crime des crimes, et il se mit à la haïr d’une haine exaspérée. Lorsque Maurice Delépine racontera l'histoire du mouvement minoritaire qu'il connaît mieux que personne, il nous montrera Verfeuil assidu aux réunions de son Grenier et plein d'une sombre ardeur pour la paix. Hélas ! nous n'étions pas nombreux à rester maîtres de nos nerfs dans l’effroyable tourmente.

Nous avions pris au sérieux les enseignements de nos chefs et les résolutions viriles de nos Congrès. Le mensonge de la guerre du Droit, de la guerre pour tuer la guerre, soulevait nos consciences. Mais autour de nous, par un phénomène de folie ou d'aberration collective, les plus fermes, les plus clairvoyants, les plus justement écoutés et réputés réprouvaient nos scrupules et nous donnaient tort d'avoir raison.

Raoul Verfeuil était certes, dans notre petit groupe, l'un des plus décidés. Il n’admettait pas leurs hésitations. Il méprisait les petites habiletés de la politique. Il allait toujours jusqu'au bout de sa pensée qui était simple et droite, et il nous proposait toujours, à notre grand désespoir, les formules les plus audacieuses et les initiatives les plus risquées. Un jour, dans un congrès, à la veille des élections bleu horizon de 1919, il eut un mot qui lui valut une notoriété que nos candidats jugèrent fâcheuse : il parla du  « boulet de la Victoire ». Quelle tempête dans les encriers du Bloc National ! Je ne suis pas sûr que ses amis ne lui reprochèrent point avec une affectueuse sévérité, cette audace oratoire. L'avons-nous assez traîné depuis dix ans bientôt, le «boulet» du pauvre Verfeuil !

La Révolution russe exerça sur son esprit un puissant attrait. Mais, il n'adhéra au communisme que par discipline. Il rompit avec Moscou quelques semaines avant moi. Lorsqu'à mon tour je repris ma liberté, il m'écrivit : « Enfin, je te retrouve !... » Et, dans les heures difficiles que je vécus alors, sous les outrages des hommes dont je m'étais séparé, sa chaude et fidèle amitié me fut un réconfort quotidien.

Dès lors, c'est à la reconstitution de l'unité ouvrière qu'il se consacra tout entier. A la mort de Pierre Brizon, il avait repris La Vague qu'il rédigeait presque seul, dans un bureau voisin du mien, rue Saint-André des-Arts. Avant que ses forces ne le trahissent, il nous donna un beau roman, d'une solide facture « L'Apostolat », qui était le récit des années terribles et l’histoire un peu amère de nos espérances et de nos déceptions. Mais déjà il souffrait des premières atteintes du mal implacable qui devait l'emporter.

Nous lui reprochions, nous qui ne savions pas, de manquer de ressort ; il était malade et ne l’avouait point. Nous ne le reverrons plus.

Dans nos réunions et à la tribune des assemblées populaires, nous ne l'entendrons plus de sa voix chantante, que relevait une pointe d'accent méridional, exalter l'idéal dans lequel il avait trouvé le maximum de poésie. Le socialisme perd en lui un militant d'une rare sincérité, Nous perdons un ami sûr, l’ami des mauvais jours, cœur  d'or, d'une exquise délicatesse, compagnon charmant et modeste qui ne voulut jamais faire de peine à personne autour de lui. Sur sa tombe, au bord de l'océan, l’on pourrait graver cette inscription : « Ici repose un socialiste qui fut le meilleur des hommes ! »

L.-O. FROSSARD

 

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Published by éditions la brochure - dans raoul verfeuil
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