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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 14:34

Au cours d'une intervention à Castelsarrasin l'historien Rémy Pech a rappelé : "La guerre aurait pu débuter en 1911". Cette simple phrase permet à la fois de rappeler que la guerre est né d'un engrenage mortel (celui des alliances) mais qu'on aurait pu échapper à cet engrenage.

La guerre, ce ne fut pas seulement une affaire d'Alsace et de Lorraine (il y aurait eu une guerre franco-allemande et non une guerre presque mondiale) et cette simple idée change la perspective. Comme de voir a guerre sous l'angle italien..

Au même moment Alain Raynal a rappelé le rôle de Raoul Verfeuil premier candidat socialiste à Castelsarrasin. A sujet de cette guerre évitée en 1911 Verfeuil produisit cet article subtil qui mériterait un livre à lui seul. Il avait 24 ans ! Et en effet il connaissait bien de Selves… Quant à Caillaux l'expression "pauvre Caillaux" était prémonitoire… JP Damaggio

 

Midi socialiste 12 février 1912

Caillaux et de Selves

Il y a des animaux qui se repaissent de cadavres. Tous les goûts sont dans la :nature. Mais, il y a aussi des hommes et les hyènes ne se rencontrent pas qu'au désert. Ce pauvre Caillaux en sait quelque chose. Il était sans doute dans sa destinée d'être livré aux bêtes. Vivant, le vieux tigre Clémenceau l'éventra, en un jour de fringale et d'ennui. D'un seul coup de griffe, il mit ses tripes au soleil. Mort, tous les chacals du Parlement et de la presse se sont rués sur sa dépouille qu'avec avidité ils se disputent. Je n'ai pas l'intention de protester contre ce traitement. Ce n'est pas moi qui prendrai jamais la défense d'un radical doublé d'un financier, même s'il est frappé trop cruellement. Il faut bien que, sous une forme ou sous une autre, la Justice immanente se manifeste. Je réserve ma pitié pour de plus dignes infortunes. Mais j'ai bien le droit de constater qu'on s'acharne trop, à propos du traité franco-allemand, sur Caillaux. Quel a été le crime de ce dernier ? Il a entretenu avec le gouvernement allemand ou ses chargés d'affaires une correspondance ou des conversations secrètes, qu'il a niées ensuite ? Il a menti avec toute l'impudence qui caractérise les hommes d'Etat et les diplomates ? Il était d'avis qu'on accordât à l'Allemagne, en échange du Maroc, d'autres avantages au Congo ou ailleurs ? C'est possible.

Et c'est pour cela que certains parlementaires le déchirent à belles dents et que certains journaux rationalistes comme la Patrie demandent presque sa mise en accusation ? Caillaux a été un ministre brutal, autoritaire, insolent. Sa politique intérieure a été détestable. Il s'est montré à l'égard de la classe ouvrière particulièrement malfaisant. C'est lui qui a ressuscité avec son Cruppi, les hideuses lois scélérates. Mais il a eu pour le moins un grand mérite il n'a pas voulu de la guerre. Je ne demande pas que nous lui en soyons reconnaissants. Je demande que nous ne l'oublions pas.

Il y a un autre personnage, à mon avis sur qui doit retomber notre courroux et qu'on laisse un peu trop dans l'ombre. Ce personnage, c'est de Selves. Ah ! on ne le critique pas, on ne le blâme pas, on ne l'accable pas ! On a blagué son incompétence et c'est tout. Les flèches qu'on a pu lui décocher étaient d'ailleurs enguirlandées de fleurs et les blessures légères qu'elles ont causées à son amour-propre ont été, depuis, arrosées de trop de baume pour qu'elles ne soient pas cicatrisées. De Selves. c'est le brave homme, c'est l'honnête homme qui n'a pas pu étouffer le cri de sa conscience, qui a préféré sacrifier son portefeuille et s'en aller ! Il est joli le brave homme, elle est propre sa conscience ! Ce brave homme et cette conscience, si on les avait écoutés, nous auraient menés tout droit à la guerre. Et ce n'est pas là une affirmation gratuite. Aussitôt que fut connu ,l'envoi de la "Panthère" à Agadir, de Selves proposa de riposter par l'envoi d'un bateau français. C'était aggraver jusqu'à la folie, jusqu'à l'irréparable la situation. Voyez-vous marins français et allemands grisés de gloire ou d'alcool mis en présence, jetés les uns contre les autres ? Croyez-vous que le plus futile incident n'eût pas été de part et d'autre, exploité de façon à augmenter encore la tension et à rendre la conflagration inévitable ?

Il fallait causer. C'était de la plus élémentaire sagesse. De Selves, lui, voudrait d'abord montrer le poing. Oh ! je sais bien qu'aux yeux de nos patriotards, c'était là un geste crâne, un geste beau, un geste "français". Mais si crâne, si beau, si français soient-ils, il y a des gestes trop maladroits et trop dangereux pour qu'on puisse les commettre. Ils font bien au théâtre ; leur effet est très grand. Dans la vie, ce n'est pas la même chose. On ne joue pas avec feu.

De Selves, lui, voulait jouer avec la foudre. Caillaux eut la prudence de l'en empêcher. Que les chauvins de tous poils portent aux nues le premier et traînent le second aux gémonies, c'est dans l'ordre. Mais il est bon d'établir toutes les responsabilités.

On ne nous donnera pas le change. En 1911, deux grands peuples ont été sur le point de s'égorger pour d'âpres questions d'intérêts... capitalistes ou d'imbéciles questions d'honneur... gouvernemental. Et si cela avait dépendu du seul de Selves il est probable ou, dans tous les cas, vraisemblable que ce crime, que ce forfait se serait accompli.

 

L'ancien préfet de la Seine peut être fier de son attitude dont ne manqueront pas de le féliciter ses électeurs royalistes et radicaux de Tarn-et-Garonne. Il peut laisser accuser Caillaux, lui fut son chef, de trahison. Les socialistes se rappelleront son rôle provocateur au début du conflit franco-allemand qui, par sa faute, ,eût, pu dégénérer en d'immenses hécatombes humaines. Raoul VERFEUIL.

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Published by éditions la brochure - dans raoul verfeuil
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