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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 11:02

Avertissement : Ces quelques remarques schématiques paraîtront peut-être ridicules, je suis prêt à l’admettre à condition qu’on accepte de regarder en face l’abîme vers lequel nous marchons.

 

1 ) Bilan de l’année 1969 : d’un côté 60 soldats soviétiques tués et de l’autre 100 militaires de l’armée populaire de Chine y laissent la vie. Ouf, un accord est trouvé entre les deux pays, mais le monde a basculé. Nous sommes en pleine guerre du Vietnam. L’URSS apporte tout son soutien militaire au Nord-Vietnam qui affronte l’armée des USA. La Chine et l’URSS entre en guerre et à Washington les autorités comprennent que Mao n’est plus le diable, d’autant que pour Mao, Nixon n’est plus le diable. L’homme orchestre de l’histoire s’appelle Kissinger et le 21 février 1972 c’est la concrétisation de sa stratégie : Nixon entre dans la Cité interdite à Pékin. Cependant il faudra attendre 1979 et Jimmy Carter pour qu’enfin les USA reconnaissent le pouvoir chinois ! Parfois les formes retardent sur le fond ! Quel est le sens économique de ce bouleversement ?

 2 ) La nouvelle division internationale du travail

Au début des années 70 les stratèges économiques des USA comprennent que le prochain millénaire sera sous le contrôle de « la matière grise ». IBM contre General Motors. La division du travail entre intellectuels et manuels est un des piliers des sociétés depuis longtemps, mais l’heure est au changement d’échelle. Avec General Motors la classe ouvrière devient plus exigeante, plus audacieuse or il y a la possibilité de la mettre au pas grâce à la Chine ! Envoyer vers «le pouvoir de la classe ouvrière» le plus d’activité industrielle matérielle possible ! Vous me direz qu’Obama, à l’inverse, vient de sauver les vestiges de l’industrie automobile, mais avec une classe ouvrière décidée à… s’auto-exploiter.

A la Chine, le capitalisme industriel, et aux USA les contrôles supérieurs de ce capitalisme par la révolution informationnelle. Bien sûr, cela impose un recyclage des positions internes au capitalisme mais ce recyclage, contrairement au cas européen, est permanent aux USA depuis la naissance du pays.

Dès 1972, les stratèges des USA savent que la puissance de demain se mesurera au nombre de satellites que chaque pays pourra faire tourner dans l’espace. C’est le ciel qui commandera sur terre !

Aujourd’hui, par une illusion d’optique, on considère que le monde devient multipolaire car face aux USA, d’autres puissances industrielles émergent, le fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Mais qui tient les commandes ? Est-ce qu’IBM existe encore ? Bien sûr, et sans la moindre publicité !

Plus besoin de produire des ordinateurs personnels. Il suffit d’élaborer les programmes informatiques qui contrôlent Rhône-Poulenc par exemple !

Bref, Microsoft, Google, Facebook, Appel et tout cet univers fantastique a sa base aux USA avec y compris Monsanto, les grands prêcheurs religieux et les rois du coach !

 3 ) L’Europe perdante des deux côtés

Comme les USA, l’Europe s’est mise à perdre son industrie matérielle mais n’arrive pas à compenser par une implantation dans le domaine de la « matière grise ». Au contraire, elle dépense des millions pour produire les savants, achetés ensuite à bas prix par les USA ! A bas prix car, pour une part, ils économisent la formation ! On appelle ce phénomène d’une étrange formule : la fuite des cerveaux. Les cerveaux ne fuient pas et il serait bien méprisant à l’égard des savants de croire que leur seule motivation, c’est l’argent. Les autorités politiques françaises ne fuient-elles pas leurs responsabilités quand elles laissent l’anglais devenir la langue de la recherche ? Sur ce point les autorités du minuscule Québec donnent l’exemple.

Je ne sous-estime pas cependant la force de frappe propre aux USA en matière de recherche. Sans oublier qu’il y a fallu une réaction d’orgueil national, pour que les autorités politiques imposent la conquête de l’espace afin de gagner la course avec l’URSS ! En fait, et la question est d’importance, l’adversaire du capitalisme a été le moteur de son développement, autant que ses contradictions internes.

 L’Europe est d’autant plus perdante que pendant la double mutation, celle de la division internationale du travail et celle du néo-libéralisme (elles sont intimement liées), elle se consacre à la construction d’une entité financière capable certes de faire de l’ombre au dollar, mais incapable de se prémunir contre justement la financiarisation de l’économie, et la division voulue par les USA. Les stratèges économiques européens vont prendre au pied de la lettre le discours étasunien qui a toujours été un double discours : l’un pour l’intérieur du pays, et l’autre pour l’extérieur. Le protectionnisme par exemple est resté, y compris sous Reagan, une valeur fondamentale du système US !

Pour les autres pays, oui au libéralisme, mais pour nous, oui au protectionnisme là où c’est utile. Tout le monde se souvient de l’équipe à José Bové démontant le Mac Do de Millau pour voler au secours des richissimes producteurs de Roquefort que les USA avaient entrepris de taxer (c’est sûr les éleveurs de brebis devenaient aussi des victimes). Mais de telles taxes sont multiples et régulières aux USA ! Et pendant ce temps l’Europe plaide l’ouverture, l’ouverture et encore l’ouverture.

L’Europe perdant des deux côtés, l’heure des comptes ne pouvait que sonner !

 4 ) Que prévoir à présent à l’échelle de 20 ans ?

Le déclin industriel de l’Europe n’est pas une donnée circonstancielle causée par la politique de tel ou tel président. Le contre-exemple de l’Allemagne est probant : le pays ne résiste à la crise que parce que, sans bruit, sa classe ouvrière a accepté d’imposantes baisses de salaire et que dans la population active les femmes ont accepté de rester largement à la maison.

On ne peut donc rien faire ? Il suffit d’accompagner le mal ?

Dans la vieille Europe dire qu’on ne peut rien y faire c’est une insulte à son histoire, à sa puissance passée, pourtant ce n’est pas la première bataille perdue depuis 1939. La classe dominante de l’Europe a vendu le continent à la puissance des USA, comme les USA ont vendu leur puissance économique à la Chine. La question n’est pas de perdre ou de gagner une bataille mais d’avoir en ligne de mire, une vision globale de la guerre. Quand on a une alternative, perdre c’est aussi gagner ! L’échec à présent consommé de la construction européenne suppose en conséquence de sortir d’une logique de l’élargissement souvent pensée… à Washington ! Mais alors pour quelle alternative ?

 Il se trouve que le déclin de l’Europe, et en particulier ses pays les plus puissants, ne peut qu’entraîner un retour de bâton en Chine comme aux USA. S’il devient impossible d’écouler sur nos marchés les productions industrielles de la Chine, qui est solvable sur la planète pour faire marcher la boutique ? (puisque la solvabilité est l’alpha et l’oméga de toute action présente !). La Chine pourrait-elle alors plonger à son tour dans « la société de consommation » pour donner des débouchés à sa propre industrie ? Ce marché pourrait-il alors relancer une part de l’industrie européenne survivante ?

Les USA contrôlent toute l’information, la recherche, les brevets et tant d’autres « matières grises » mais à quoi bon contrôler si dessous c’est le vide ? Un peu comme si vous aviez une machine géniale capable de compter les voitures passant sur une autoroute… où il n’en passe plus !

 Le capitalisme peut-il reconstruire ses propres formes internes de complicités pour sauver l’édifice ? Dans le nouveau contexte de division internationale du travail quel rôle peut jouer l’Europe ?

 Revenons sur le cas des Amériques. Puisque là ne réside pas le cœur de sa nouvelle domination, les USA ne font plus la course aux matières premières dans son arrière-cour où les Chinois occupent la place en concurrence avec les Brésiliens. Le seul cas crucial est celui du pétrole. En conséquence le Brésil a une large marge de manœuvre d’autant qu’il s’agit d’un pays « atlantique » où la Chine ne peut débarquer aussi facilement qu’en Equateur, Pérou et Chili. Le Brésil peut jouer le rôle des USA d’il y a trente ans (y compris dans ses relations avec les pays latinos voisins !).

L’Europe peut seulement s’appuyer sur l’Afrique, la grande oubliée. Mais elle en fut la colonisatrice et là aussi les industriels Chinois en profitent pour prendre les devants.

Bref, la bataille va être dure dans le système lui-même et y compris pour sortir du système, car les deux phénomènes sont liés. Aucune crise ne conduit automatiquement à la révolution.

 J-P Damaggio

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