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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 16:40

Sur le blog j’analyse quelques résultats électoraux pour avoir au moins une photo, certes déformée, de la réalité. Mais je suis beaucoup plus passionné par les luttes sociales d’autant que, si je me souviens bien, des manifestations et non des élections ont fait tomber des régimes largement élus, avant-hier en Pologne (puis le bloc soviétique a suivi) et hier en Tunisie avec les suites que l’on connaît. Je me dois donc de porter un regard sur l’immense manifestation de Barcelone en faveur de l’indépendance de la Catalogne qui marque un tournant de l’histoire régionale espagnole.

 

La nouveauté ?

Jusqu’à présent les chantres de l’indépendance en Espagne étaient les Basques, les Catalans préférant jouer la carte plus modérée de la revendication autonomiste. Or d’une part, l’E.T.A. ayant tourné la page, et d’autre part, la crise économique faisant rage, la manifestation pour l’indépendance prend une nouvelle fonction. Il s’agit clairement d’une nouveauté par l’ampleur énorme de la manifestation et par l’unanimisme qui en ressort, unanimisme qui est beaucoup plus sous la coupe de la bourgeoisie locale que du mouvement citoyen, Exquerra Republicana (le parti catalaniste de gauche) étant là pour brouiller les cartes. Bref, un Etat de plus en Europe, qu’en penser ?

 

Les nations dégénérées

Le premier féodalisme fut un tremplin vers une construction nationale plus vaste qui, sous la forme française ou étasunienne, a donné les Etats modernes actuels. Depuis les années 80 nous assistons à l’émergence d’un nouveau féodalisme qui a une fonction inverse, détruire les nations pour en revenir aux marquis, barons et autres seigneurs locaux (l’histoire se répétant comme comédie ?). C’est ce que j’appelle les « nations dégénérées » du capitalisme féodal. J’ai déjà posé la question : comment expliquer qu’économiquement les pouvoirs se concentrent, et que politiquement les Etats se décentralisent ? Comment expliquer qu’on nous répète que les nations, c’est ringard, et que dans le même temps le nombre de pays qui siègent à l’ONU est en forte augmentation ?

 

Les nations sans avenir

Je ne vais pas me lancer ici dans l’exercice impossible consistant à définir une nation car les définitions sont fortement variables mais pointer seulement une donnée : la nation est une construction qu’une bourgeoisie révolutionnaire utilise à partir d’un univers hétérogène. Par l’hétérogène, l’émulation permettait de bousculer le vieux monde. Aujourd’hui, il faudrait en revenir à une nation homogène, presque ethnique qui ne serait que l’enfermement dans un passé mythique. Ce qui est ringard, c’est ce repli, surtout que rien dans les nations existantes n’empêche une construction plus large (européenne pour nous). Pourquoi a-t-il fallu que la Slovaquie se sépare de la Tchéquie pour se retrouver ensemble dans l’Union européenne ? Les nations sans avenir sont toutes celles qui s’imaginent mortes, ou celles dont la nouveauté (la récente naissance) est archaïque. La France peut encore devenir la France, dans une Europe à construire.

 

Retour à Barcelone

Ne tournons pas autour du pot : les forces progressistes se doivent de prendre une position claire. Nous savons que trois tendances vont se dessiner :

Celle qui pense que de l’intérieur du futur Etat on va pouvoir mieux faire avancer la démocratie sociale

Celle qui pense qu’il faut garder un Etat central au risque de passer pour nationaliste

Celle qui va vouloir ménager la chèvre et le chou.

En politique, l’heure étant à jouer à cache-cache, cette solution va dominer.

Par exemple :quelle va être la position du Front de Gauche ? La France étant doublement concernée (les Catalanistes n’hésitent pas à intégrer le Roussillon dans leurs cartes, même s’ils savent que s’est sans suite) donc un langage clair s’impose. Or une fois de plus les forces démocratiques vont tenter de faire plaisir à tout le monde ce qui fait le bonheur des maîtres réels, la bourgeoisie locale.

Pour ma part, je le dis sans détour, la démocratie sociale vers laquelle il faut tendre, a besoin de lutter contre le centralisme mais pour une centralisation démocratique (seul moyen d’affronter les géants de l’économie) donc la piste de l’indépendance de la Catalogne est une façon d’autodétruire les acquis démocratiques existants. Qu’il y ait un million de personnes dans la rue, qui ont leurs justes raisons, ça ne m’oblige pas à penser comme eux ! Surtout que l’Espagne connaît à l’heure actuelle un fort mouvement contre l’austérité qui a besoin de rester national, s’il ne veut pas se diviser inutilement.

Ceci ne m’empêche pas de penser, de dire, et même de vivre, avec une culture catalane riche, féconde, combative et novatrice. J’en reste à la position de Vazquez Montalban qui, dans L’homme de ma vie, nous révèle un Pepe Carvalho manipulé à la fois par les cercles néo-libéraux du Mont Pèlerin et les cercles catalanistes, des sectes prémonitoires car, que personne ne se fasse d’illusions, à l’heure de l’indépendance, ce sont les pouvoirs économiques qui seront efficaces. Il ne s’agit pas d’un pessimisme injuste quand on connaît l’histoire riche des mouvements sociaux en Catalogne, mais d’une prise en compte de l’état du monde où, tous les jours, on assassine le politique pour le grand plaisir des rois du fric.

Je considère par contre que l’aspiration à l’indépendance du Québec n’entre pas dans cette logique macabre car aux Amériques le rapport aux nations est différent. S’il a toujours été frappant de constater que la rébellion au Chiapas a revendiqué sans cesse en faveur de l’unité du Mexique (pour peser face aux USA), le Québec indépendant pourrait jouer un rôle authentique même si le pouvoir des USA veillerait au grain.

Mais, ça supposerait quelques développements pour être plus explicite.

Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans vazquez montalban
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