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Jeudi 5 juillet 2012 4 05 /07 /Juil /2012 15:21

Est-ce parce qu’il était le fils d’un grand bourgeois (1) que Carlo Rosselli s’est offert le luxe d’un projet irréalisable ? En souhaitant unir le meilleur des traditions anarchistes, communistes et socialistes, il pensait battre le fascisme. Comme pour sa fille, c’est la conjoncture qui a décidé de la forme d’action ou d’art.

Pour Rosselli la victoire du fascisme est en même temps la défaite des progressistes, et il ne suffit pas, pour sortir du drame, de dénoncer l’une, en oubliant l’autre. Optimisme oblige, il pensait lui aussi que le fascisme en était à son heure ultime, comme les opposant à Franco qui pendant les années 1950 et 1960 croyaient que le prochain mois de septembre signerait la fin du régime. Le fascisme n’était pas seulement une dictature : il avait gagné des consciences et des appuis solides au sein du peuple. Alors l’union dans l’action chère à Rosselli pouvait-elle changer la face de son pays ? Ou pouvait-elle seulement le conduire à la mort ?

Il est frappant de constater comment - à travers le temps, et jusqu’à aujourd’hui - penser le fascisme est si difficile pour les démocrates. La gauche pècherait-elle par angélisme ? Parce qu’on croit que l’homme est bon, on en déduit qu’il ne peut confier son sort à des autocrates ? Et fallait-il que Rosselli pensent l’homme bon pour imaginer une action commune, anarchistes, communistes et socialistes ! Il prenait bien sûr exemple sur la guerre d’Espagne où il avait vu une telle solidarité à l’œuvre, mais peut-être en se voilant la face pour ne pas pointer la montée des guerres internes.

 

Son livre fondamental, Le socialisme libéral, est un titre trompeur aujourd’hui. Un gros éditeur qui a l’habitude de prendre ses aises avec la traduction des titres, aurait plutôt traduit : un socialisme par la liberté. L’origine sociale de Carlo intervenait peut-être à ce niveau : la liberté comme lumière majeure du futur. Pour un misérable, si un dictateur lui donne du travail, soit il oublie que c’est un dictateur, soit il se dit qu’à tout prendre c’est mieux ainsi. Le rapport à la liberté me semble profondément lié à l’état social. D’où bien sûr, le besoin de socialisme si cher à Carlo Rosselli. Mais un socialisme qui ne soit pas un socialisme de caserne mais un socialisme dans la liberté.

 

Et disons une fois de plus : chez Carlo Rosselli l’action commande la pensée et non l’inverse. C’est en ce sens qu’il me passionne. La liberté n’est pas le droit, de dire oui ou non, d’avoir une presse dynamique ou de manifester. La liberté c’est la condition de base de toute condition sociale. Et cette condition de base doit permettre à des anarchistes, communistes et socialistes de travailler ensemble. Bien sûr, des anarchistes refuseront, tout comme des communistes ou des socialistes, car ils penseront que leur système est meilleur que l’autre. Mais ce système émancipateur ne peut être que le fruit de l’action et non le fruit d’une pensée au-dessus des hommes. Personne n’a un système meilleur que l’autre ! C’est à l’action de trouver la voie possible !

Le fascisme ne s’alimente-t-il pas aux pratiques socialistes, communistes, anarchistes, tout en servant les intérêts des plus puissants ? Un anarchiste de droite dira, comme le Parti Pirate, supprimons les impôts et d’Etat, tout est à tout le monde. Et je ne compte pas les grands dirigeants socialistes ou communistes qui en tout pays, ont apporté leur aide aux fascistes. Des fascistes qui gagnent, de par la division de ses adversaires les plus résolus !

Le fascisme inauguré en Italie a été combattif car il lui fallait gagner. Aujourd’hui le fascisme n’est plus l’œuvre de tel ou tel parti et il n’a pas une seule forme (du crime organisé, à la religion politique, en passant par la dictature des marchés). Il est rampant dans la société, par la soumission aux médias, aux jeux, aux ordres. Il est donc plus difficilement repérable. Fondamentalement, je pense qu’un des fascismes actuel, c’est quand des autorités veulent notre bien sans demander notre avis.

Dans ce contexte, Rosselli témoigne de deux choses :

- s’il a fallu l’abattre pour l’arrêter, aujourd’hui le fascisme veut réussir à l’arrêter sans l’abattre

- c’est d’abord par l’action (pas l’activisme) qu’en faisant vivre la liberté nous arrêterons le drame.

Jean-Paul Damaggio

(1) Cet article est schématique : il faudrait aussi évoquer une famille très politisée en tant qu'intime du grand Mazzini.

Par éditions la brochure - Publié dans : italie - Communauté : Résistance 2007
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