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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 13:42

Je viens encore de relire ce roman si spécial de Vazquez Montalban et peut-être en ai-je enfin compris la philosophie. En attendant quelques commentaires voici la présentation qui en avait été faite dans le Monde diplomatique. JPD

 

MÉMOIRES D'UN ASSASSIN

Le bilan d'un monde malade

L'ÉTRANGLEUR, de Manuel Vazquez Montalban, traduit de l'espagnol par Bernard Cohen, Le Seuil, Paris, 1996, 265 pages, 120 F.

L'ÉTRANGLEUR, nouveau roman de l'écrivain espagnol Manuel Vazquez Montalban, naît de plusieurs douleurs. « L'autobiographie » de Franco (1), son précédent ouvrage, avait remué le couteau dans une plaie historique mal cicatrisée. La maladie lui avait laissé un arrière-goût d'amertume ; les Jeux olympiques de 1992, qui ont défiguré Barcelone, avaient englouti l'imaginaire de la ville natale de l'auteur. C'est donc Boston qui accueille la nouvelle fiction. Mais une Boston qui rappelle de manière obsédante Barcelone jusque dans « l'indispensable pan con tomate [pain frotté de tomate] sans lequel nous, les Bostoniens, ne saurions comment manger ». D'une ville à l'autre, d'une mégalomanie médiocre à une schizophrénie ordinaire, d'un contentieux avec l'histoire à un règlement de comptes avec les mythes de notre société, L'Etrangleur est le seul roman contemporain de Vazquez Montalban, si l'on exclut la série des Carvalho.

Albert Cerrato est un plombier au savoir encyclopédique qui se prend pour Albert de Salvo, « 1'étrangleur de Boston », sinistre héros du film de Richard Fleisher. Du fond de la cellule de l'infirmerie pénitentiaire où il croupit, il explique en détail ses relations avec ses victimes. Tous ses meurtres sont assumés, revendiqués et fondés. Il tue sans discrimination ceux qu'il aime et ceux qu'il n'aime pas, ceux qu'il aurait voulu épargner, congeler dans sa mémoire. Ses crimes répondent à une nécessité esthétique, à « une unité harmonique et vérifiable, un acte de géométrie et non de compassion envers soi-même ou envers autrui ». Parricide, assassin de ses maîtres et de ses maîtresses, il comptabilise au total trente-sept victimes, dont ses propres enfants. « J'étais terrorisé par la cruauté atmosphérique, absolue, d'un monde dans lequel je ne pourrais rien faire pour eux. »

MENACÉ de lobotomie par ses psychiatres, Albert Cerrato recourt « à ce cerveau possibiliste social-démocrate que nous possédons tous» en acceptant, comme on le lui enjoint, de consigner le flux de ses pensées négatives. Flairant le best-seller, un éditeur lui propose la publication de ses mémoires. Albert Cerrato, autiste prolixe, se prête au jeu, confronte ses fantasmes à la réalité, ressuscite ses victimes, qui retrouvent leur train-train d'obsessions et leurs rides indélébiles. Il ira même jusqu'à rédiger à la place de son psychiatre, un Argentin lacanien à peine caricatural, le rapport sur son propre cas, montrant ainsi sa parfaite maîtrise du jargon psychiatrique et livrant du même coup certaines clés de ce roman dense.

L'Etrangleur est un livre-somme qui réunit toutes les obsessions de Manuel Vazquez Montalban : la ville dans ses décombres comme microcosme de l'univers, « Boston est une furieuse cosmogonie... et Boston est le monde, le monde actuel, un monde austro-hongrois, un empire déchu, sans but apparent, que Cerrato perçoit à travers la décomposition du « moi » bourgeois, celle-là même qui nourrit la créativité de Klimt... », l'art dans ses avant-gardes et ses « installations post-conceptuelles, en langage de plombier », la culture dans ses ironies et dérisions, l'incommunicabilité au milieu de la cacophonie interactive, la solitude de l'individu acculé à la folie, la faillite des systèmes politiques, le nouveau désordre du monde.

Aux frontières de l'analyse et de la poésie, L'Etrangleur peut être appréhendé comme un long texte sarcastique à lire à haute voix pour que retentissent mieux ses échos subversifs, ses accents poétiques et sa respiration interne et que s'estompe le pédantisme de certains de ses passages. En connivence avec ses lecteurs, l'auteur dresse le bilan impitoyable et lucide d'un monde malade, en manque de références, souffrant d'un trop-plein de réseaux et de connexions, et d'une carence totale de repères véritables.

MARIE-CLAUDE DANA.

(1) Manuel Vazquez Montalban, Moi, Franco, Le Seuil, Paris, 1994.

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Published by éditions la brochure - dans vazquez montalban
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