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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 20:12

lettre jo

Voici une lettre trouvée par Guy Astoul aux Archives départementales du 82, où Jeanbon donne sa réaction suite aux événements du 10 mai que nous avons largement évoqué sur ce blog. Le lecteur peut mesurer l'ampleur de la bagarre... et jamais les mots protestant ou catholique ne sont présents. JPD

PS : j'ai mis la ponctuation actuelle.

 

 Monsieur,

M Pierre Sers de Bordeaux m’encourage à m’adresser à vous comme à un véritable ami de la liberté, pour vous faire connaître tout ce qui se passe à Montauban. Il m’exhorte aussi à écrire directement au président du club des jacobins mais je n’ai pas osé suivre ce dernier conseil parce qu’on prétend, et que plusieurs faits tendent à m’en persuader, que rien n’est moins sûr que le secret de nos postes de province ; c’est uniquement à vous, monsieur, que je prendrais la liberté de transmettre quelques faits sur notre malheureuse position. Vous en ferez l’usage que votre sagesse vous suggèrera.

Vous avez su, Monsieur, l’insurrection aristocratique qui a ensanglanté la ville de Montauban le lundi 10 mai. Les relations les plus modérés, même celles qu’a osé publier la municipalité ennemie de la révolution et disposée à commettre tous les crimes pour l’empêcher, vous auront fait frémir d’horreur sur le traitement à la fois barbare et ignominieux exercé contre les citoyens de la ville la plus honnête.

Dans les conciliabules secrets de nos bourreaux trois cent autres avaient été condamnés à la mort : aucun des officiers de la garde nationale connus pour leur attachement à la constitution, et c’était le plus grand nombre, ne devait échapper à cette horrible proscription. Quelques autres citoyens étaient aussi condamnés : j’étais du nombre de ces derniers. Je me dérobais par la fuite, au sort qui me menaçait mais ma femme fut insultée, chassée de sa maison, couchée en joue par un brigand, obligée de se réfugier chez une parente et trop heureuse d’échapper à la mort. Ma maison fut occupée pendant la nuit de ce désastreux événement par une escouade de sept hommes. Deux officiers municipaux eurent l’insolence d’y aller faire visite le lendemain sous prétexte qu’il leur avait été dénoncé que j’avais un dépôt d’armes. Ils ne trouvèrent rien et s’en retournèrent sans même avoir dressé procès-verbal de leur visite ; plusieurs autres maison furent exposées au même outrage. Aussi une foule de citoyens ont quitté cette malheureuse ville et se sont réfugiés dans les villes voisines : Bordeaux et Toulouse se sont distinguées par leur attachement à la cause commune et par l’humanité dont elles ont usé envers les infortunés. Je suppose, Monsieur, que vous connaissez les arrêtés de la première de ces villes. Je vous envoie celui de la seconde.

Les officiers municipaux de Montauban avaient soudoyé le peuple pour lui faire commettre les atrocités dont il se rendit coupable ; et ils l’avaient même mal payé ! Quand ils redemandèrent les armes par une proclamation affichée, quelques-uns de cette canaille disaient hautement qu’ils ne rendraient leur fusil que lorsqu’on leur paierait les 30 sols qui leur avaient été promis. Les femmes qui avaient été assemblées devant la porte du couvent se plaignaient qu’on leur avait promis 12 sols pour faire du tapage et qu’on n’avait donné à l’un que 2, 3 ou 4 sols, ou même rien du tout.

Cette population rassasiée de sang avait été ..... sans travailler, il fallait la faire vivre. Les ateliers des manufactures sont tous entre les mains des hommes dont les frères, les fils, les parents étaient égorgés ou emprisonnés La plupart avaient suspendu leurs travaux. Il était à craindre qu’un peuple mourant de faim, ne se tourna vers le véritable auteur de ses maux et les déchira. Pour éviter cette juste vengeance les officiers municipaux firent faire une collecte chez les habitants aisés dans le nombre desquels ont compte principalement les familles malheureuses. Pour décider à donner, ils les menacèrent encore de la fureur du peuple et leur arrachèrent des mains l’argent destiné à payer le meurtre de leurs proches. Un officier municipal le plus dévergondé de tous à la vérité, Vialètes d’Aignan eut même l’effronterie d’aller dans la prison solliciter la bienfaisance des captifs en faveur de leurs assassins Ces braves gens frémirent d’horreur et l’un d’eux lui répondit avec indignation : « que ceux qui ont commandés les bourreaux, les payent ».

Cependant on apprit la marche des troupes bordelaises ; la ville se remplit d’alarme. Les officiers municipaux assez inquiet pour croire à une guerre civile et par elle à la contre-révolution demandèrent des renforts de toutes parts. Pour éloigner la garde toulousaine qu’ils redoutaient, ils écrivirent à la municipalité de Toulouse que tout était calme à Montauban, que la paix y était rétablie. Et dans le même temps, ils requerraient toutes les autres villes voisines de leurs envoyer des détachements considérables de leur garde nationale. Leurs émissaires parcouraient les campagnes, enrôlaient jusqu’aux gardes de la ferme préposés sur la frontière du Languedoc à veiller sur la contrebande du sel. C’était un nommé Ricote, commis lui-même sur les cuirs et les cartons, qui recrutait cette belle armée. De son côté un nommé Porquet commissaire de la marine engageait les matelots au service de la municipalité. Cet homme abominable se transporta même à Moissac pour engager les propriétaires des bateaux à les couler à fond pour que l’armée de Bordeaux ne put point passer la rivière à la Pointe. Dans la ville on s’occupait et probablement on s’occupe encore des plus grands préparatifs, on rassemblait toute la poudre de chez les marchands, on faisait fondre des balles, faire des cartouches forger des hallebardes...

Jeanbon Saint-André

 

Note JPD : Beaucoup d'autres maisons protestantes furent dans le même cas... pour mieux les protéger de la fureur populaire, dirait le maire aristocrate.

Note JPD : En fait Toulouse tarda à réagir mais Jeanbon est réfugié dans cette ville alors il privilégie ceux qui voulaient soutenir la révolution.

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