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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 13:27

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En 1989, j’ai publié aux éditions Midia un petit livre : 1789, La Révolution dans le Montalbanais, Portraits et événements. On y trouve celui de Jeanbon Saint-André avec le dessin de Jean-Claude Fournié. Pour une raison inconnue, le corps du texte dit bien qu’il est mort en 1813, mais en titre de chapitre c’est 1812. Et même chez cet éditeur, cinq fautes d’orthographe sont au rendez-vous. A la relecture je craignais le pire, car le livre a été fait un peu dans l’urgence du bicentenaire, mais je considère que le texte mérite cette reprise. JPD

 

Jeanbon-Saint-André est un des hommes marquants de la Révolution Française et reste pourtant méconnu malgré le gros travail de Lévy-Schneider. [depuis Daniel Ligou a ajouté sa propre biographie.]

L'histoire d'un portrait

Le seul portrait conçu de son vivant est à la mesure du personnage. Cette peinture fut réalisée sur une simple coiffe de chapeau. Et pourtant l'auteur du portrait n'est autre que le célèbre David. De plus, autre originalité, le peintre n'a pas eu devant lui, au moment de son œuvre, le grand conventionnel, mais un homme en prison. Ce chef d'œuvre  nous vient d'un de ces hasards géniaux que l'histoire provoque : David s'est trouvé en l'an III (1795) en prison avec Jeanbon. Grâce à des moyens de fortune, il réalisa ce portrait saisissant. Les bras croisés, l'écharpe autour du cou, les cheveux bouclés, puis le grand chapeau.

En quelques pages nous ne présentons pas l'ensemble de la vie étonnante de ce pasteur protestant (on pourrait revenir encore sur les questions religieuses), mais un point précis : Jeanbon et l'éducation. Le choix de ce thème s'explique par la mission que la municipalité lui confie en 1792 : aller à Paris pour y défendre les intérêts de la ville qui veut garder son collège national. Il recommence (et nous avec) le voyage de Combes-Dounous mais dans des conditions complètement différentes.

Jeanbon avait-il quelques compétences pour défendre ce dossier ? N'a-t-il pas simplement voulu saisir ce prétexte pour tenter de jouer un rôle sur la scène politique parisienne, opportunité que les électeurs du département du Lot ne voulurent pas lui donner quelques mois plus tôt en refusant de l'élire député à l'Assemblée Législative ?

Position politique de Jeanbon en 1792

Voici brièvement la position politique de Jeanbon à ce moment-là. Après les terribles événements de mai 1790, il dut fuir vers Bordeaux pour éviter les attaques des contre-révolutionnaires. Puis il fait un retour discret dans la ville vers la fin 1790. Le 19 juin 1791, il fait son apparition à la société populaire. Il va très vite en devenir le président. Il hésitera avant d'accepter cette responsabilité, comme pour la poursuivre au-delà du mois réglementaire. Il sait très bien qu'il est un personnage contesté loin d'avoir pignon sur rue. Le 25 février 1791 il avait demandé à la municipalité « une modération de son article de capitation qui est de 24 Livres, à cause des pertes qu'il a essuyées et des dépenses qu'il a été obligé de faire pour fuir une autorité tyrannique » et la municipalité refusa sa pétition (en clair il demanda une réduction de son impôt). Par contre, la société populaire, le 3 avril, reconnut valable son adresse aux citoyens pour leur démontrer qu'aux prochaines élections il leur faudrait « tenir compte non pas de la futilité des richesses mais des mérites des candidats ». Réponse du berger à la bergère ?

Dès sa prise de responsabilité à la société populaire il va jouer un rôle capital. Il sera cependant battu aux élections à l'assemblée législative fin août 1791, mais peu après il réussit à entrer à la municipalité et c'est suite à cette élection qu'il est délégué à Paris, d'où il reviendra pour se lancer dans la bataille électorale afin de gagner un siège à la Convention fin août 1792.

Des questions d'éducation vues de Montauban

Les comptes rendus de la société populaire permettent de constater que les questions d'éducation occupent, sous sa présidence, une place réelle.

Il reçoit tout d'abord une délégation d'élèves qui viennent demander « le globe artificiel » de la société pour y étudier la géographie. Ensuite il appuie la demande de la société des jeunes gens Amis de la Constitution qui vient demander le droit de s'affilier à la société de Montauban. Le 8 août 1791, Raby annonce que ceux qui veulent être instituteurs doivent s'inscrire à la maison commune pour remplacer les frères des écoles chrétiennes et « le président (Jeanbon Saint-André) a ensuite pris la parole et exhorté la société à prendre en considération le rapport de M. Raby ».

Le lendemain, au nom des élèves de M. Pastoret, « Monsieur Lescure fils, orateur de la députation, est monté à la tribune et y a prononcé un discours qui a été vivement applaudi et dans lequel il invite la société à assister à un exercice littéraire et patriotique qui aura lieu samedi prochain. M. le président a répondu avec la dignité ordinaire et il a été délibéré que la société y assisterait par une députation de 12 membres ».

Après sa présidence, viendra en discussion suite à l'intervention le 26 novembre 1791 de M. Bernardy, professeur au collège, le besoin d'un plan provisoire d'éducation. Bernardy, déclare : « le mode actuel d'éducation publique ayant pour principal objet la latinité est cause que les citoyens d'une ville aussi commerçante et manufacturière ne fréquentent pas ces classes. » Il est vrai, la commission mise en place ne comprend pas Jeanbon, mais Lafon, homme de loi, Malfre, maître ès arts, Fontanel cadet et Rouffio de Genève. Pourtant, quand, après la demande « d'un honorable membre », le plan viendra enfin en discussion, le registre de la société nous dit qu'il sera adopté « sauf quelques modifications de Jeanbon Saint-André ».

En conséquence, l'envoi d'un délégué à Paris pour défendre le dossier du collège lui revient aisément, d'autant plus, il est vrai, qu'il ira aussi y défendre les intérêts protestants.

Des questions d'éducation vues de Paris

Et à Paris il aura fort à faire. La ville de Cahors enverra en effet 5 députés et emploiera les grands moyens pour garder le collège départemental. Jeanbon montrera à cette occasion beaucoup de détermination. Il publiera un mémoire avec des arguments marquants, comme l'importante population de la ville et du district, la part d'impôts versée par le district de Mon­tauban aussi importante que celle du reste du département et d'autres plus étranges, comme celui-ci :

« Les philosophes qui ont étudié la théorie des sentiments savent combien il est utile de présenter de bonne heure aux enfants de belles formes de la nature, et de les placer de manière qu'ils puissent, en la contemplant, acquérir l'idée du vrai beau, si propre à influer sur toutes les affections morales de l'âme. Une campagne vivante et fertile, un pays où la nature a placé, au pied d'une chaîne agréable de coteaux variés, des plaines immenses où l'œil aime à se perdre

Jeanbon préfet d'Empire

Et Jeanbon continuera de s'occuper d'éducation. Ce thème va en effet nous permettre de rendre visite à celui qui est devenu préfet d'Empire alors qu'il avait été membre du grand Comité de Salut Public. Vraisemblablement, cette « reconversion » est une des causes qui fait que Jeanbon est peu connu. Ceux qui aiment le héros du grand Comité de Salut Public ne peuvent l'admettre à ce poste de préfet, et ceux qui seraient tentés d'aimer le gestionnaire, ne peuvent oublier « le terroriste » de l'an II.

Vous trouverez donc des auteurs qui le classent parmi les robespierristes durs, d'autres à cause de son amitié pour Barère en font un homme de la plaine, d'autres un dantoniste. Comme il fut aussi, un temps, girondin, les maniaques des classements y perdent leur latin, et préfèrent le laisser dans l'oubli. Deux faits peuvent aider à comprendre cette évolution. Le 9 thermidor, il n'est pas à Paris mais en mission à Toulon. Après un passage à Montauban il revient à Paris siéger à la Convention qui existe toujours, le 25 ventôse (15 mars 1795). Il ne sera emprisonné comme révolutionnaire que le 9 prairial an IV (28 mai 1795), moment où David arrêté avec lui réalise le portrait évoqué au début du chapitre.

Amnistié le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), il sera nommé consul à Alger puis à Smyrne où il devient prisonnier des Turcs. Il restera en prison du 30 mai 1798 au 14 septembre 1801.

A son retour, secoué sans aucun doute par cette expérience, il accepte le poste de préfet à Mont-Tonnerre (Mayence).

Voici les propos du préfet prononcés à Mayence le 7 frimaire an XII (28 novembre 1803) qui nous permettent de revenir aux questions d'éducation : « Je n'ai jamais mieux senti, qu'en ce jour, le bonheur d'être auprès de vous l'organe du gouvernement ». Le lecteur note bien, qu'il est devenu l'organe du gouvernement et qu'en conséquence il ne s'exprime pas en son nom propre.

Mais, même dans ces conditions, il trouve son bonheur, surtout quand sa responsabilité conduit à célébrer l'inauguration d'un lycée. Son discours est bien, dans son ensemble, le discours type d'un préfet, d'un fonctionnaire et pourtant mot à mot des phrases du conventionnel reviennent : «La Patrie vous adopte, elle se charge de votre éducation ». Ce qui signifie que Napoléon « a résolu le problème longtemps contesté de la possibilité d'une éducation nationale, à laquelle de vains sophistes avaient refusé de croire et que même, dans leur scientifique ignorance ils avaient osé combattre ».

Et plus loin : « L'instruction, citoyens, est sans doute une partie essentielle de l'éducation ; mais elle ne la constitue pas toute entière ».

Et encore cette place faite à la nature : « Le gouvernement sait, que la nature pousse irrésistiblement les hommes à rechercher leur bien-être, et il a dû faire de cette disposition le principe fondamental de l'organisation de nos écoles ».

«On s'attachera donc soigneusement à conserver dans l'âme des élèves cette pureté originelle qu'ils ont reçu des mains de la nature ».

Bien sûr, pour un préfet il serait mal venu de citer Rousseau, aussi il cite un autre préfet, Mounier, pour en appeler à la tolérance sur les questions de religion. Il dit que le gouvernement a fixé plusieurs niveaux, écoles primaires, collèges et lycées, et un peu de nostalgie doit traverser sa mémoire car il devait bien se souvenir qu'il était farouchement pour une école unique. Mais comme Rousseau, l'égalité n'était plus de saison.

Par contre cette phrase ne vous rappelle-t-elle rien ?

« La nature met les objets à notre portée afin que nous puissions nous assurer de leur existence. Elle nous invite à les contempler par la beauté de leurs formes et à les comparer par l'inépuisable variété qu'elle a mise entre eux. (...) Accoutumons nos enfants à observer, et à bien observer, nous aurons tout fait pour leur instruction ».

II s'adresse aux enfants et conclut : «Vous ne connaîtrez pas ces punitions flétrissantes, par lesquelles, traitant de bonne heure l'homme en esclave, on l'accoutumait à se mésestimer lui-même, on l'avilissait, et on répandait dans son âme le germe de tous les vices et de toutes les bassesses sous prétexte d'en étouffer le développement. (...) Mes chers enfants (...) vous nous donnerez à tous, par votre bonne conduite, le prix de ce que nous aurons fait pour vous ».

Il accepte le 9 janvier 1810 le titre de baron d'empire et trois ans plus tard, le 10 décembre 1813, il allait, loin de Montauban, achever une vie bien remplie, en mourant du typhus. « Il prodiguait ses soins aux malades comme s'il eut cherché volontairement la mort », note un observateur. Dernière preuve que ce préfet n'était pas à l'image du préfet classique.

 

Il aurait peut-être ici été plus juste d'évoquer le représentant en mission qui sauva la marine française, l'idole des sans-culottes montalbanais qui les guidait dans leur action, le conventionnel intervenant sur les sujets chauds (le jugement du roi par exemple) ou encore le pasteur protestant. Il se trouve que le thème de l'éducation, à tort peu évoqué au sujet de la Révolution, ayant occupé sa vie, permettait à la fois de rester lié aux affaires montalbanaises et de survoler l'ensemble de la vie de l'homme.

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