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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 13:03

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J’ai commencé ma vie aux Archives départementales du Tarn et Garonne en juillet 1980 pour y consulter des documents sur le coup d’Etat de 1851 vu de Saint-Antonin Noble-Val. Je n’ai pas trouvé de réponse à cette question mais j’en ai découvert tant d’autres ! En particulier j’ai lu avec passion ce texte de 1847 du Courrier du Tarn-et-Garonne, le seul journal de l’époque, signé G.G. (sans nul doute le jeune Gustave Garrisson), présentant Jean-Bon que depuis j’ai du mal à écrire de son vrai nom : Jeanbon. Avec passion car il annonce involontairement l’événement imprévu de la révolution de 1848 ! Aussi quelle tristesse d’apprendre que par crainte de la droite montalbanaise qui allait se déchaîner à la publication du livre présenté, des personnes ont brûlé les lettres de Jeanbon. Ce livre a été réédité en 1989 sans que personne n’en rende compte aussi bien que ce témoignage que je vous offre. Jean-Paul Damaggio

  

Jean-Bon- Saint-André : Sa vie – ses œuvres

 L’éditeur de l’Histoire de Montauban a conçu le dessin d’élever un monument littéraire à la mémoire d’un de nos plus illustres compatriotes, Jean-Bon-Saint-André ; il a recueilli avec un soin pieux quelques fragments de son œuvre, et, à sa prière, un homme de science et de talent, qui est aussi un homme de conviction sincère, a bien voulu se charger d’écrire la vie longue et agitée du conventionnel devenu préfet de Mayence. Une telle publication a droit aux plus vives sympathies de tous les cœurs  montalbanais ; .et doit exciter au plus haut degré l’attention des hommes politiques et des philosophes. Jean-Bon a joue un des premiers rôles dans le drame de la Révolution : membre de ce terrible Comité du salut public qui dompta 1’anarchie au-dedans et organisa la victoire au-dehors, le représentant de Montauban rénonça volontairement aux triomphes de la tribune, pour se dévouer à la tâche ingrate d’administrateur ; il fit pour la marine, ce que Carnot faisait pour l'armée : en quelques mois il l'arracha au chaos, lui imprima une vie nouvelle et l'entraîna au combat. Mais le même génie et le même, dévouement n’amènent pas toujours un résultat semblable ; dans toutes les conceptions humaines il faut faire la part du destin. Jean‑Bon ne fut pas heureux ; et tandis que les armées de la République, en franchissant les frontières sous une même impulsion, faisaient éclater à-tous les yeux la gloire de Carnot, les flottes, en rentrant dans nos ports, obscurcissaient la renommés de Jean-Bon-Saint-André. Cependant la postérité ne doit pas se laisser aveugler par le prestige du succès ou la défaveur d'une défaite ; la plus belle mission de l'histoire est de relever la vertu ou le génie malheureux : les évènements sont plus forts que les hommes, et les peuple ne jugent souvent que par le résultat ; mais si le présent est fataliste, l'histoire doit être providentielle.

On ne saurait le méconnaître, la mission de Jean-Bon-Saint-André, chargé de réorganiser les: flottes à Brest et à Toulon, après l'émigration de presque tous les officiers, cette mission si malheureuse et si calomniée, offrait des difficultés insurmontables, de véritables impossibilités. On n'improvise pas une armée de mer comme une armée de terre ; avec l'enthousiasme ou le fanatisme ; et la Marseillaise qui entraînait les bataillons des volontaires à la victoire, ne suffisait pas à faire manœuvrer des vaisseaux. Pour organiser une marine, il faut du temps et de l'argent ; c'est là précisément ce qu'on refusait à Jean-Bon : il est vrai qu'on lui imposait en échange la création d’un tribunal révolutionnaire !

Cependant en quelques mois Jean-Bon équipa une flotte qui put sortir du port, livrer deux batailles navales aux Anglais, et sauver ainsi un immense convoi arrivant des Antilles 'pour approvisionner de grains la République. Après cela, Jean-Bon, satisfait bon droit de son œuvre, rentra dans le: port avec ses escadres un peu maltraitées, mais sauvées du moins d’une perte totale qui semblait inévitable en raison de l'inexpérience des équipages et de l'immense supériorité numérique des Anglais. La Convention reconnut que cette retraite était indispensable, et la marine entière l’approuva hautement. Mais quand Jean-Bon fut renversé-avec les Montagnards, les imputations les plus odieuses furent dirigées contre lui, et le mot de lâcheté fut prononcé. Reproche étrange.- en ce temps où les enfants et les femmes même montraient un si ferme courage ! plus étrange encore adressé à un de ces hommes qui vivaient depuis plusieurs années face à face-avec la mort, entre le poignard et l'échafaud. Il était temps que ces calomnies, exploitées par les libelles royalistes; fussent trainées au grand jour de l'histoire, et discutées par un écrivain sérieux, impartial; éclairé : c’est là qu'à su faire M. Nicolas, avec une puissance de raison et une sûreté de logique qui ne laissent plus place à l’ombre d’un doute, ni l’apparence d’un soupçon.

M. Nicolas n'a pas créé, comme tant de biographes complaisants, un héros imaginaire, plus parfait que le pieux, Enée lui même, mais il a fait revivre sous sa plume le véritable Jean-Bon-Saint-André avec son originalité puissante, sa1ibre et forte nature.

Jean-Bon appartenait à l'école de Rousseau ; il était de ces hommes qui vouent un culte exclusif à la raison, et poursuivent la réalisation d'un principe abstrait avec une persistance et une rectitude inflexibles. On a cru que Jean-Bon était passionné tandis qu'il était surtout logicien, et les logiciens sont absolus dans leurs déductions impitoyables dans leurs conséquences, on le sait. Robespierre restera dans l'histoire comme le type de ces hommes austères, qui poursuivirent l'application absolue de la raison hulaine avec un sang-froid effrayant et une inébranlable conviction.

Ces hommes ne se laveront jamais du sang qui les souille : ils ont sacrifié leurs mémoires mais ils ont sauvé la France. L'histoire qui ne peut les absoudre, se refuse à les condamner, et leur procès restera toujours pendant entre le cœur et l'intelligence des hommes. Jean-Bon-Saint-André poussa jusqu'à ses plus extrêmes conséquences le rationalisme politique. Nous trouvons dans ses discours le germe de toutes les accusations adressées aujourd'hui à la classe moyenne par les héritiers dégénérés des théories républicaines. Jean-Bon n'aurait pas dû oublier que le Tiers-Etat seul avait fait la révolution française et que pas une idée de liberté n'avait surgi eu dehors de la bourgeoisie ; mais l’opposition violente que le haut commerce Montalbanais faisait à son élection, contribua surtout à lui inspirer ses violentes diatribes contre ce qu’il appelait déjà l'aristocratie de fortune.

Après la chute de son parti, Jean-Bon fut mis en jugement, et on lui donna le consulat général d'Alger, comme une sorte d'exil. De là il passa à Smyrne, et quand la guerre éclata entre la Porte et la République française, il demeura trois ans prisonnier des Turcs dans un pauvre village de la mer Noire. Le volume que nous annonçons publiera pour la première fois un fragment assez étendu de l'histoire de cette captivité, écrit par lui-même et communiqué par sa famille. En rentrant en France, Jean-Bon se rallia au gouvernement consulaire et impérial. Il accepta le titre de préfet de Mayence et commissaire général des départements d'outre-Rhin. Bien qu'il ait déployé dans ces nouvelles fonctions des talents administratifs de premier ordre, on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'habit de préfet impérial a amoindri sa taille aux yeux de la postérité. Un membre du Comité du salut public, qui avait exercé un pouvoir à peu près souverain dans toutes les affaires de la marine, pouvait bien rentrer dans la vie privée et redevenir après sa dictature un simple citoyen, mais il ne devait pas accepter un poste secondaire. On peut abdiquer son pouvoir, on ne peut pas abdiquer sa grandeur.

M. Nicolas a suivi Jean-Bon-Saint-André dans toutes les phases de son existence, et son examen toujours bienveillant, reste cependant toujours juste. On ne peut que louer hautement l’écrivain d'avoir accompli sa tâche délicate avec tant de talent et de véritable indépendance. Aujourd'hui que l'opinion publique, en province surtout est devenue si timide, si respectueuse pour tout le monde, courtisant vainqueurs et vaincus, s'effarouchant d'un mot et reculant devant un nom, ne prononçant sur rien pour ne blesser personne ; aujourd’hui surtout on est heureux de rencontrer encore quelques écrivains qui joignent à l'autorité du talent, la puissance de la conviction, et qui marchant, le front levé et le drapeau déployé, attaquent en face les questions les plus ardues et inscrivent leurs principes à chaque page de leurs livres.

Le travail de M. Micolas est certainement la portion la plus intéressante du remarquable ouvrage édité 'par M. Rethoré, et cette biographie fait mieux connaître Jean-Bon que ses œuvres mêmes. Malheureusement les fragments publiés par 1'éditeur sont plus littéraires que politiques, à l'exception toutefois d'un travail sur l'état civil des protestants en France, écrit vers les premières années du règne de Louis XVI. Dans ce document, qui porte l'empreinte d'une modération excessive, quelquefois trop voisine de l'indifférence, Jean-Bon-Saint-André, alors pasteur de l'Église réformée de Montauban, expose quelques idées très-sages sur la meilleure organisation des protestants français: Il propose de conserver les synodes provinciaux, établis par l'Edit de Nantes, en renonçant aux synodes nationaux qui tendaient selon lui à constituer un Etat dans l'Etat, 'et d'emprunter à la Suède la création des surintendants ecclésiastiques, sorte d'évêques sans autorité temporelle, exerçant la surveillance du troupeau dans la plus pure acception évangélique. La discipline, dit-il, aurait ainsi plus de force et d'unité, les églises plus de cohésion, et la société protestante se développerait rapidement sous un gouvernement libre et tutélaire; tandis que, laissée à elle-même, sans discipline, sans hiérarchie, elle devait tomber nécessairement en dissolution, et ses forces isolées, disséminées, seraient réduites à une impuissance absolue. Les principes exposés par Jean-Bon n'ont point prévalu ; le protestantisme français n'a pas été organisé, gouverné ; on l'a privé de ses synodes, sans lui donner de surintendants. Nous n'avons pas besoin d'insister sur le résultat obtenu : si ce n'est pas de l’impuissance, c'est au moins de l'inaction chronique.

Le fragment de l'histoire de la captivité à Kérasonde a pris, sous la plume de Jean-Bon-Saint-André, un puissant intérêt dramatique, et plus encore un remarquable caractère de dignité et de patriotisme. Ce n'est pas un tableau de mœurs, une chaude esquisse de costumes ou de paysage, relevée de couleur locale -- les écrivains de ce temps ne songeaient guère à exploiter  côté pittoresque des choses et des hommes— mais c'est plutôt un document historique, grave, sérieux, attachant : Jean-Bon-Saint-André s'est surtout occupé de redire les nobles plaintes de l'humanité outragée, la courageuse agonie de quelques citoyens français déportés au mépris du droit des gens sur une plage malsaine, chargés de chaînes, condamnés au supplice de la faim et aux tortures de la honte; mais qui, toujours calmes et fiers devant leurs bourreaux, adressent, par la bouche de leur chef, un appel confiant à cette république française qu'ils regardaient comme la protectrice des opprimés l'image de la force, et la personnification de la justice. L'éditeur a cru devoir réimprimer dans ce volume  remarquable discours prononcé par Jean-Bon-Saint‑André devant la société littéraire de Mayence; mais  n'a pu se procurer les lettres confidentielles du représentant du peuple à ses amis de Montauban. Si nous sommes bien informé, ces lettres, où se révélait dans ses plus secrets replis l'âme du patriote et du philosophe, pleines de détails curieux et nouveaux sur les plus grands hommes et les plus grandes choses de la révolution, ont été récemment livrées aux flammes par une main pusillanime. Sommes-nous donc si près d'une réaction, qu'on ait peur d'être compromis par la seule signature de ces conventionnels illustres, qui furent les pères de notre liberté ? Ce fait déplorable, que nous vous pas cru devoir passer sous silence est un symptôme fâcheux de l'état de l'opinion à Montauban, et il enlève à l'histoire de la révolution un de ses plus curieux renseignements. Heureusement, il reste, encore au livre édité par M. Rethoré, et si libéralement enrichi par M. Nicolas, assez d'intérêt pour en faire une très remarquable publication, dont la ville de Montauban devra être à bon droit fière et reconnaissante. G. G.

 

 

 

Jean-Bon paraît n'avoir eu que des notions très-confuses sur l’ancienne organisation du calvinisme. Il attribue aux synodes le rôle politique des assemblées générales, dont il ne fait pas même mention dans sou exposé historique incomplet et erroné.

 

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