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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 20:21

 L’écrivain Jean Vautrin qui tenait chronique (Carnets polaroïd) dans l’hebdo communiste Révolutiondécida de réagir à la victoire de la droite et de l’extrême-droite à Dreux (30 septembre 1983). Trente ans après, ce texte me semble avoir quelque intérêt. Pas seulement à cause du style du personnage. Pas seulement parce que je serais d’accord avec lui (dès 1983 il y a des éléments que je n’ai pas partagé et que je ne partage pas). Mais l’impertinent, après cet article sera rayé du journal ! Il faut dire que l’article précédent évoquait l’avion sud-coréen civil que les militaires soviétiques ont alors abattu avec 269 innocents morts à la clef. Un anniversaire qui n’a pas lieu d’être, l’Union soviétique a disparu. Le 18 juillet 1984, dans le même hebdo une lettre d’un lecteur évoque les « courages » du journal pour mieux regretter cette disparition de l’impertinent Vautrin. Elle était signée J-P Damaggio. Je rappelle simplement qu’à Dreux le FN va débuter une carrière politique qui depuis ne s’est jamais démentie. JPD

 

LE PAS DE DREUX

Je réclame pas des médailles. Mais dans le genre Gillot-Pétré de l'anticyclone politique, la prévision à moyen terme m'a hélas assez bien réussi avec Dreux. Dire dès le 15 juillet que «les coquins étaient là, fins prêts à prendre le relais, fidèles aux « vraies valeurs » et « à la cohésion du monde occidental », c'était même quasiment pythonisse. Pas que je sois fier. J'aurais préféré me gourer. Surtout si, comme j'ai lu on estime que c'était une fracasse évitable.

Soi-disant qu'il aurait fallu mobiliser avant la deuxième manche. Prévoir. Prendre en main à l'avance. Occuper le terrain avec des contre-feux. Eh oui, pardi ! Pas s'endormir sur le chemin de ronde sous prétexte que c'était l'été ! Et pas tellement faire donner les pleureuses, genre intellos de la dernière chance, signe du déjà trop tard.

Comment expliquer ? Quand j'ai vu arriver les bons sentiments lyriques, j'ai eu tout de suite la certitude que c'était paumé irrémédiable.

Cette vacherie-là, le fascisme, ça monte comme de l'eau. Sournois. Ça ne se voit pas venir. Et ça ne se combat pas avec des prestations d'acteurs bien intentionnés.

LES LOUPS...

En tout cas, gaffe, je dis ! Le pas de Dreux dansé par le Front national, les yeux dans les yeux du RPR, ouvre le bal d'un peu de dirigisme à l'ancienne. C'est comme ça au début. Un frémissement. Un rien tantinet caricatural qui fait sourire comme un vieux costume. Et puis la malle en est pleine. Pleine de vieux costumes. On se regarde. On ne peut pas arriver à y croire. Et d'un coup les loups sont dans la ville.

ET LES MOUTONS JUSTEMENT

Pour cause de passé qui ne se dément pas, je me méfie aussi de tous les suiveurs. Moutons d'un électorat indécis, frange d'incertains — tous bêleurs de principes — petites gens, commerçants retraités — juste centre — comment les appeler ? Le marais ? Les disponibles ? Les convertibles ? Les réversibles ? Les imbéciles ? Les opportunistes ? Les petits spéculateurs ? Les honnêtes ? Les crédules ? C'est ça, les naïfs. Peut-être les médiocres. Des gens qui vont où le vent les porte. Désinformés mérinos. Manches inévitables de la cognée du moment. Pétainistes d'occase. Effrayés de toute entreprise novatrice. Apeurés chroniques du moindre voyage où il faut donner de soi. Trois ou quatre pour cent de crypto-ganaches souvent solennelles qui font chorus dans les circonstances, dans les votes, et nous entraînent chaque fois dans des courants violents dont ils sont — aussitôt emportés — les premiers à avoir la frousse.

A croire que la France est une pirogue. Qu'on monte 50 millions de citoyens sur le foutu bateau et qu'il suffit qu'une poignée de connards penche à droite pour que le tourbillon affleure.

JAMAIS DREUX SANS TROYES

Gaffe, je répète ! Gaffe partout ! La francisque et les faisceaux qui rappliquent ! Fête à Vrain ! Le Front, pignon sur rue ! Jean-Marie sur les radios périphes ! Les Beaufs parmi nous ! Tranquilles tranquilles. Le genre d'air de famille qui commence à Maréchal nous voilà et qui finit par des pogroms. Gaffe, je dis ! Gaffe aux municipales ! Aux échéances !

Déjà, dans les quartiers, les marchands de sécurité. Les chiens. Un peu partout, ça tire sur les colliers étrangleurs. « Les braves gens » qui s'organisent. Commencent à voter national. National-utilitaire. Plus d'étrangers dans les usines. Notre pain restera français. Les mal blanchis à la maison. Rendez nous nos hôpitaux, purgez nos quartiers de la racaille, protégez nos donzelles et travaillons françoze.

Le genre de virus qui galope. Grippe. Gratte. Enerve. Passe dans le sang. Viscéral, mon cher Dupont.

Dans les F3, les fusils font des pompes. Au pied des cages, fait pas bon s'appeler Mohammed. Garou garou ! On va bouffer du bique ! Rester entre nous. Bien mené, faudra présenter au moins trois quartiers d'ancêtres auverpins pour pouvoir circuler après dix heures du soir. Halte à l'invasion du tiers monde ! Securitas, securitas Refrain bien connu. Et méfiance avec les uniformes; Jeunes gens propres. Cravate et cheveux courts. Les yeux brillants d'intrigues. Et plus populaires, manipulés, ceux tout en noir. Repeints aux couleurs du passé. Nostalgiques. Tatoués. Décorés d'insupportables colifichets. Ordre du sang. Commémo de Mackensen. Médaille de la Baltique. Croix de fer et bataclan.

Et des tas de mecs trois pièces-gilet, prêts à entonner la rescousse. Ça dépendra si ça penche. Partition mieux préparée qu'on ne croit. Un vrai danger qui accourt. Les paroles déjà sur toutes les bouches. En avant pour la grande purge. Et pourquoi pas ? Ça s'est déjà vu, après les biques, les juifs et les cocos. Je vois d'ici la chasse La droite gagnant de clocher en cathé. Après l'Eure-et-Loir pourquoi pas la Champagne ? Jamais Dreux sans Troyes ! Encore une ville de gagnée !

Et surtout ne pas se laisser prendre à la technique légaliste qui consiste à dire qu'on respectera la Constitution.

AUTRE CHOSE

Ce qui me paraît plus mauvais encore, c'est qu'ils ont su trouver des voix, des échos, de la sympathie dans les quartiers populaires. C'est pas fameux comme perspective. Alarmant.

Aller tisonner le racisme chez les pauvres, c'est un truc vieux comme Hitler. Oubliez pas que le peintre viennois avait tôt compris le parti qu'on pouvait tirer du chômage. De la colère des pauvres. Du poids des impôts. L'un de ses slogans favoris n'était-il pas : « La maîtrise de la rue est la clé du pouvoir ? »

Social, Hitler. Souvenez-vous. Autostrades. Logements planifiés. Et Volkswagen, la voiture du peuple. En 1933, l'Allemagne affichait six millions de chômeurs. Des hommes désespérés étaient plantés au coin des rues de chaque ville industrielle. Amertume et angoisse. Et, plus grave que tout, les classes moyennes étaient également touchées. Ces personnes, employés, boutiquiers, petits commerçants, avocats et médecins les moins prospères, étaient menacées de perdre non seulement leur gagne-pain, mais aussi leur respectabilité.

Une situation assez comparable à celle qui germe dans la société française actuelle. Perte du pouvoir d'achat. Peur du chaos. De quoi faire lever à merveille une sorte de néo-poujadisme qui larve déjà les consciences. Un air du temps. Une inhalation permanente. Une capillarité qui irrigue de nouvelles couches sociales et les fait lorgner du côté de l'Ordre.

Tous symptômes que la gauche ferait bien de prendre en compte.

Faut-il rappeler que la politique catastrophe de la droite est tactique ? L'alarmisme a toujours été de mise pour mettre en place les pouvoirs forts. A ce titre, la xénophobie générale tombe à pic. Les aventures corses, celles que vit l'armée française au Liban, au Tchad et la recrudescence du terrorisme sur le sol national sont autant d'épines dans les doigts de la majorité. Créatrices de panaris, elles sont des lieux d'infection que l'opposition aime à voir s'envenimer.

 

Décidément, on se croirait à la veille d'une répétition de l'histoire. J'en veux pour preuve ce texte qu'écrivait Gregor Strasser, dans les Nationalsozialische Briefe, deux ans avant la prise du pouvoir par Hitler, et qui pourrait fort bien servir d'ordre du jour à notre extrême droite : « Tout ce qui peut nuire au système existant est assuré de notre appui... Nous poursuivons une politique de catastrophe — car seule une catastrophe, à savoir l'effondrement du système libéral, ouvrira la route à l'ordre nouveau... Tout ce qui peut précipiter la catastrophe du système établi — chaque grève, chaque crise gouvernementale, chaque coup porté à l'autorités de l'Etat, chaque blessure infligée au Système —, tout cela est bon, tout cela est très bon, pour nous et notre révolution allemande. »

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Published by éditions la brochure - dans front national
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