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Samedi 16 juin 2012 6 16 /06 /Juin /2012 13:44

L’homme est assis à son bureau, devant son cahier d’écolier, et de sa belle encre bleue, remplit quelques pages de plus. Il aime le format, l’odeur, la texture des cahiers d’écolier car de l’enfance il ne sait trop sortir. Pour les adeptes du périssable, ajoutons à ce tableau a-historique que nous sommes à Montauban en 1943.

 

L’homme est assis à son bureau avec en tête un projet aussi éternel que lui-même, écrire la passion de vivre, même en 1943, même à Montauban. Il a le plan très clair d’un texte qui n’est ni poésie, ni essai, ni conte et encore moins roman. Pensez, sur un modeste cahier d’écolier ! Parce que la passion de vivre transgresse les classements et l’ordre établi ?

 

L’homme au porte-plume écrit et écrira que la poésie « ça se vit la poésie, je suis très heureux quand je me promène dans les rues ensoleillées, en battant l’air de mes bras, en faisant des signes de main, c’est ça la poésie, la rue, le soleil, le fait de mettre dans son poème une fille qui se retourne dans la rue et éternellement elle se retournera et on verra le mouvement de son cou et ses jambes remuent et sa jupe flotte ». Pour le moment, seul l’éternellement le hante aussi il veut régler ses comptes avec le temps qui passe.

 

L’homme en trente pages va-t-il arrêter le temps ? Ou plus simplement l’apprivoiser ? Et s’il pouvait même l’emprisonner, dans trente pages ? En 1943. Année terrible qui le fait père à la mort de son père ! Un double événement qui va l’obliger à chercher un métier durable. Comme son ami Félix Castan il sera instituteur.

 

L’homme attend que la phrase lui vienne, celle de la première horloge : « La première horloge bat dans la tempe. De jours en jours passant sous les arcades de la nuit, sur cet échiquier du temps, l’homme maudit s’éloigne appuyé sur Eve déjà grosse de celui qui le premier apportera la mort sur terre. Les années, portes battantes s’entrebâillent, devant eux le monde de la faute s’ouvre. »

 

L’homme assis devant sa feuille blanche cherche à se convaincre donc à se raisonner, et rien n’est plus beau qu’un homme en quête de ses convictions, pourtant évidentes à lui-même. « Nous étions faits pour être heureux. Le bonheur, cette aspiration de notre état, nous est parcimonieusement prêté, encore que nous n’en ayons la perception que par contraste. Ce n’est que tristes que nous apprécions notre joie passée. L’alternance, l’habitude que nous avons de l’alternance nous prédispose à gâcher nos moments de joie sachant qu’à ce bien être correspondra un instant de malheur. Nous avons l’habitude de « payer ». L’horizon terrestre est ainsi fait. »

 

La guerre est là parce qu’il faut payer ? Son père, historien local de la Révolution française, écrira comme dernier texte, en 1940, à Montauban, La Terreur blanche. Pacifiste socialiste de la première guerre, contrôleur des PTT pendant sa vie professionnelle, il s’inquiète pour son fils et sa belle-fille.

 

« Les jours semblent plus longs à l’enfance qu’à l’âge adulte dont l’attention est plus concentrée et la vie plus complexe. »

JP Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature - Communauté : Le Sarmiento
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