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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 16:21

 

 carricature-1.jpg

25 avril 1914

"Citoyens, que nos cœurs se serrent autour du drapeau de l'impossibilisme unifié et je touche quinze mille balles encoe pendant quatre ans" (CDessin de Roubille)

 

La Mairie d’Avignon vient de proposer pour l’expo annuelle qui se tient dans son immense hall, pendant le festival, une expo sur les caricatures de Jaurès. Nous avons évoqué la question sur ce blog : ICI. Je ne connais pas l’historien à l’origine de cette mise en image qui permet de découvrir le tribun à partir du point de vue saignant de ses adversaires.

En la visitant j’ai repensé à un mot du romancier étatsunien Toni Hillerman qui rappelle dans son autobiographie qu’en 1952 quand il arriva jeune journaliste à Santa Fe , il eut sur les bras une affaire de mœurs qui bouleversa l’histoire de la ville, affaire – ajouta-t-il – qui cinquante ans plus tard ferait seulement trois lignes dans les faits divers.

Un fait historique n’a de sens que sa mise en relation avec son contexte, ce qui est le premier travail de l’historien qui ne peut se contenter d’enfiler des événements sur le collier de la vie.

C’est là une embûche considérable aussi pour donner des éléments du contexte, d’autres historiens ont proposé des histoires des mentalités, de la sexualité, de l’agriculture ou de l’inculture. Sauf qu’il n’y a d’agriculture possible que replacée dans le contexte général. Cette autre sortie du contexte général, parfois utile certes, a alimenté une histoire sur le long terme où après les tempêtes océaniques de l’histoire évènementielle on passait à l’histoire plus paisible des longs fleuves tranquilles.

Car nous arrivons ici à une troisième embûche inévitable pour le travail d’historien : lui aussi est pris dans un contexte historique et si ce contexte vise à éliminer toute idée de révolution alors il va être encouragé de toute part s’il présente une histoire sans révolution.

J’ai repensé alors à une autre anecdote : un grand historien disant à la tribune du salon du livre de Villeneuve sur Lot qu’en 1936 Blum n’avait pas d’autre possibilité que la politique de non intervention en Espagne, politique qui – ajouta-t-il – s’est révélé ensuite la plus utile à la France.

 D’un côté, à travailler à produire le contexte d’un événement, on le rend inévitable. La Révolution russe ne pouvait que fabriquer un Staline, Franco ne pouvait que gagner en Espagne, l’Algérie ne pouvait qu’accéder à l’indépendance comme les autres colonies etc.

Or le propre de l’homme, d’un peuple, d’un pays, c’est sa marge de liberté qui fait que l’histoire, même si elle n’est pas celle qu’on aurait souhaité, celle qu’on aurait mérité, reste faite de possibles.

 Toute la dialectique entre la nécessité et la liberté peut piéger à chaque moment chaque historien d’où la condition fondamentale qu’on appelle la confrontation d’idées.

 Tous les pouvoirs aspirent à la mise au point et à la défense d’une histoire officielle. Et quand des révolutionnaires, peu friands de cette histoire ont découvert que dans le pays de la Révolution, l’URSS, l’histoire officielle allait jusqu’à reprendre une vieille coutume consistant à maquiller des photos, c’était la preuve irréfutable que la Révolution filait un mauvais coton.

 Tout comme il n’y a d’économie que politique, il n’y a d’histoire que politique. Si pour ma part, depuis des lustres je me passionne pour le cas de Raoul Verfeuil c’est tout simplement parce que depuis des lustres je considère que le communisme soviétique ayant échoué et que la social-démocratie s’est fourvoyé, il nous incombe de rechercher POUR CE QU’ILS FURENT, ceux qui avaient annoncé cette double impasse, qu’il ne s’agit pas de rendre équivalente dans les faits, mais qui l’est dans les conséquences : l’incapacité planétaire actuelle à construire une alternative possible au capitalisme.

 Jaurès comme Verfeuil ont toujours été pris entre les deux mâchoires de la même tenaille, deux mâchoires qui ont su s’épauler puisqu’elles forment le même outil. L’un en produisant une notoriété hors du temps et l’autre en produisant un silence de tous les temps.

 Prenons une simple question – car je ne peux ici développer mon argumentation : la différence en 1918 entre la paix et la victoire. Un écart qui permet de vérifier que la paix conduit à cette autre question : quelle paix ? Pour Jaurès le pacifisme n’était pas un antimilitarisme. Tout peuple attaqué a le devoir de se défendre. Et l’armée comme la grève, si c’est l’ultime moyen n’en est pas moins un moyen. Alors c’est la guerre ! Or, par définition, toute guerre se termine par un retour à la paix. Mais quelle paix ? Celle qui doit conduire à une autre guerre ?

En 1918, au nom de la victoire, Verfeuil considéra qu’avec le Traité de Versailles les autorités préparaient une nouvelle guerre ! Et sur sa gauche on pouvait lui répondre : si la guerre peut conduire à la révolution, faut-il se plaindre de la guerre ? Il n’y a pas de révolution sans casser des œufs. D’où le retour sur cette autre question évoquée par l’anecdote de Hillerman : qu’est-ce que la violence ? et plus exactement la violence capitaliste ? Elle dépend aussi de la force qu’elle a en face.

Jean-Paul Damaggio

 30 décembre 1900 dessin d'Albert René

- Voilà trois jours que nous n'avons pas mangé à cause de la grève !

 

- Continuez… et surtout ne faiblissez pas… Nous sommes avec vous de tout cœur !

carricature-2.jpg

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Published by éditions la brochure - dans jaurès
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commentaires

michel82 21/07/2014 08:25

très belle analyse partagée.Cette incapacité à construire une alternance au capitalisme ,nous en subissons actuellement, les conséquences néfastes.Ce chemin vers un autre mode de société sera sans
doute long, mais rêvons à ce qu'il soit un jour réel si les hommes le veulent bien.

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