Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 11:03

Funeste jour d’avril 1938 que ce mardi 19. Et il ne s’agit plus de pessimisme. Hier ils étaient 25 000 à suivre le corbillard de Jules Grandclément. Aujourd'hui, dans le noir, j’entends tout de même une voix amie, celle d’un poète français, celle de Louis Aragon. Avec Georgette, avec Gonzalo More ils ont pris les bonnes décisions. Ils m’ont évité de tomber entre les mains de l’officialité péruvienne.

J’ai peu connu le célèbre poète, juste quelques rencontres au restaurant Méditerranée face à l’Opéra de Paris. Il avait du mal à lire Trilce aussi Gonzalo lui expliqua que mes péruanismes, mes métaphores, ma façon de faire des noms communs avec de noms de personnes, tout ça venait d’une autre civilisation.

Aragon était passablement étranger à mon œuvre si peu traduite, mais il avait confiance en Neruda qui ne tarissait pas d’éloges à mon endroit. J’ai cru d’ailleurs qu’aujourd’hui en ce funeste jour, il lirait l’ode que le Chilien a composée à ma gloire. Comme référence, il a préféré mon compatriote Mariategui et l’espagnol Bergamin. Un bon choix.

Funeste jour d’avril 1938 que ce mardi 19. Dans le noir, j’écoute deux fois et depuis ma mémoire je pense à un futur.

 

« César Vallejo exprime dans sa poésie le pessimisme de l'indien. Dans ce pessimisme reste toujours un fond de piété humaine, il résume l'expérience philosophique, condense l'attitude spirituelle d'une race, d'un peuple. »

CARLOSMARIATEGUI.

 

« Sa poésie est un réseau de câbles acérés, un courant imaginatif, une vibration, un tremblement de la plus haute tension poétique : par lui se décharge, en étincelles ardentes et lumineuses, le sens, le sentiment d'une raison purement humaine.

«... La pureté poétique de Trilce est une pureté intégralement spirituelle : celle de l'eau de mer et non de l'eau distillée. »

JOSÉ BERGAMIN.

 

Cet éloge de l’écrivain catholique n’a rien de surprenant : mon écriture est habitée par les images bibliques. Mais je laisse surtout une importante œuvre inédite, notamment un recueil de poèmes sur l'Espagne.

 

Oui, je vous parle des profondeurs de mon cercueil, je viens de mourir à Paris, et nous sommes quelques-uns au cimetière de Montrouge à célébrer ce moment.

Ils veulent publier un poème de moi, un poème de mes débuts, un poème d’où je ne suis jamais sorti. Non, ce n’est pas lui qui me donne la force de vous parler aujourd’hui mais ce sonnet témoigne sans doute de l’enfer inévitable de cette année 1938. Dans mon premier recueil de poésie, ce poème était juste après celui titré Dieu, précédé lui du sonnet Amour. « Dieu, je me livre à toi, parce que tu es tout amour ; ¨parce que tu ne souris jamais ; parce que / ton cœur doit toujours déborder de souffrance. »

 

Funeste jour d’avril 1938 que ce mardi 19. Au Pérou Arguedas est en prison pour soutien à l’Espagne. Par bonheur, un éditeur demain, offrira aux Français mon poème sur l’Espagne. Il s’appellera Pierre-Jean Oswald et titrera : Espagne, éloigne de moi ce calice. Et il s’achèvera par ces mots de Neruda : « Peut-être, peut-être en cet instant / transmigres-tu, / reviens-tu, à la fin / du voyage, / et seras-tu un jour / au cœur / de ta patrie, / insurgé, / vivant, / cristal du cristal, feu du feu, / rayon de pierre pourpre. »

 

Funeste jour d’avril 1938 que ce mardi 19. Par bonheur, les Editions sociales internationales viennent de traduire en français un très beau livre de Jorge Icaza. Nous sommes là. Encore là. Et toujours là. Lalala dit la chanson.

 

UNITÉ

Cette nuit ma montre halète

près de ma tempe obscurcie, comme

le barillet d’un revolver qui tourne

sous la gâchette sans trouver la balle.

 

La lune blanche, immobile, pleure,

et c'est un œil qui vise… Et je sens comme

estampe sa marque le grand mystère en une idée

hostile et ovoïde, en une balle vermeille.

 

Ah, main qui limite, qui menace

derrière toutes les portes, qui souffle

dans toutes les montres et qui cède et passe !

 

Sur l'araignée grise de ta structure,

une autre grande Main faite de lumière porte

une balle qui a la forme azur du cœur.

 

César Vallejo

Partager cet article

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans amériques
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure
  • Le blog des Editions la Brochure
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche