Partager l'article ! Italie-Mexique : les mafias: Une coïncidence a voulu que le même jour Il Manifesto propose une longue analyse de la nacro-littérature et ...
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Une coïncidence a voulu que le même jour Il Manifesto propose une longue analyse de la nacro-littérature et La Repubblica un reportage dans l’enfer mexicain. Puis en fin de semaine le supplément de ce journal proposait un article sur la mafia japonaise. Chacun sait qu’en matière de mafia, l’Italie est un pays expérimenté. Comme dans tous les domaines de la vie, une société civile courageuse peu connue, affronte une infamie qui fait les grands titres. Petit à petit on est sorti du folklore sicilien pour entrer dans une vision plus globale du phénomène. Sciascia a écrit la Sicile comme le carrefour de l’Europe. Les dernières évolutions font que du nord au sud de l’Italie la mafia s’est multipliée en quelques branches… et a gagné bien des pays.
Le cas du Japon
Je n’imaginais pas une telle structure mafieuse aussi puissante dans le lointain Japon. L’article repose sur le travail de Jake Adelstein qui a publié Tokyo Vice pour dénoncer un immonde trafic d’êtres humains dans son cher Japon. Les êtres humains sont des femmes esclaves vouées à la prostitution. L’une d’elle a pu pendant un temps informer le journaliste puis a disparu définitivement. L’incroyable de l’histoire c’est qu’une telle mafia est non seulement légale, mais fait et défait les gouvernements ! Il s’agit de la famille Yakuza composée d’hommes qui ne cachent pas leurs engagements et sont d’autant plus facilement reconnaissables qu’ils se sont défaits d’une phalange au petit doigt ! Leurs activités criminelles sont les activités classiques des mafias : prostitution, trafic de drogue, jeux de hasard, disparitions etc… Mais l’œuvre d’intouchables ! L’article de Silvio Persanti raconte comment un chef Yakuza ayant besoin d’une transplantation de foie se dirigea vers les USA avec l’accord du FBI en échange d’informations sur les autres familles Yakuza, et put en un délai très rapide obtenir son nouveau foie !
A la différence du Mexique l’organisation est plus pyramidale et évite donc la guerre des gangs. Inutlie de préciser que le journaliste vit sous la protection des services secrets japonais et nord-américains et que sa famille est à l’abri quelque part aux USA !
La narco-littérature
Dans un long article extrêmement bien documenté, Francesca Lazzarato a publié dans Il Manifesto du 20 septembre une présentation de la narco-littérature mexicaine qui envahit l’Italie. J’attendais depuis longtemps un tel article pour mieux faire la différence entre narco-littérature et littérature narco. La première fait directement ou indirectement le jeu des « héros » narcos, et la deuxième fait consciemment le démontage de la folie narco.
Dans le premier cas, commerce oblige, le crime, le sang, les mensonges, même s’ils dénoncent le président en place, flattent les bas instincts des lecteurs. Ils créent un genre où le narco devient un héros, une libérateur, un fonceur et voire un courageux… Rafel Lemus, Jorge Volponi ou Hermann Bellinghausen (un ami de Vazquez Montalban) dénoncent cette dérive. A parler de sicaires, de police corrompue, ne risque-t-on pas, INEVITABLEMENT, de tomber dans la sous-culture ? Celle du sensationnalisme, de la standardisation…
Face à la déferlante commerciale qui tend à reproduire la réalité au premier degré, des œuvres existent et la critique pointe du doigt celle de Yuri Herrera, un jeune né en 1970 qui dès son premier roman « la ballata del re di denari » (je n’ai pas le titre en espagnol) a su faire se côtoyer poésie et paroles de rue pour quitter les stéréotypes de la narco-littérature pour aller vers les archétypes d’une littérature authentique capable de parler du crime organisé (comme Juan Rulfo a su allier paroles de paysans et littérature). Loin de l’hyper- réalisme des narcosromans, Herrera sans refuser d’évoquer les atrocités trouve la fable capable de produire des figures. Je pense à Alexandre Zinoviev capable de décrire la réalité stalinienne avec les archétypes adéquats. La journaliste parle elle, en français, de chanson de geste. Elle cite un autre nom : Juan Pablo Villalobos.
Le narco-Mexique
Le même jour (20 septembre) La Repubblica, sous la plume d’une autre journaliste, Daniele Mastrogiacomo, fait le portrait de l’enfer mexicain à partir d’un fait divers récent, l’assassinat de deux journalistes. Cet article ne m’apprendra rien que je ne sache : la confirmation de l’immonde situation est suffisante en soi. Il est illustré part la carte des cartels de la drogue, par une photo d’un jeune en short avec deux pistolets à la ceinture et ce titre : « Messico, intimidazioni, rapimenti e massacri, cosi i narcos uccidoni il paese » (Mexique, intimidations, rapts et massacres, voilà comment les narcos tuent le pays).
La faille d’un tel article, c’est qu’il ne laisse aucun espoir. Car l’espoir est impossible ? Il mentionne tous les efforts réalisés, sans succès, pour arrêter la pieuvre. Faut-il en déduire que l’INEVITABE est au bout ? Le tourisme a chuté de 40% ! « 110 millions de Mexicains résistent comme ils peuvent : ils ont fait de tout, ils en ont appelé à la justice, ils ont demandé des protections, ils sont descendus dans la rue en remuant des linceuls blancs, ils ont occupé le centre des villes. » Pourquoi pas, en illustration de l’article, quelques portraits de ces Mexicains, là plutôt que celui de deux narcos et deux policiers ?
Le récit de la vie de Marcela et Rocio, les deux journalistes assassinés, nous conduit vers un journal alternatif Contralinea qu’il est bien de citer.
Mais on en saura beaucoup plus sur les chefs des Zetas, sur leur lutte contre le Cartel de Sinaloa. Belle occasion de réfléchir à un journalisme d’enquête (j’ai failli dire d’investigation) plutôt qu’à un journalisme de constat. 27-09-2011 Jean-Paul Damaggio
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