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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 10:52

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Le journal de la grève  6 mai 2003 - 19 juin 2003

(prix dix euros, frais de port compris à commander à Editions La Brochure 82210 Angeville)

 

11 jours de récit de la grève se trouvent déjà sur ce blog, je donne ici en plus le début de l'introduction  comme contribution a un débat qui se répète en plus pire !

 

Le 6 mai 2003, pensant que la grève qui s’engageait dans l’Education nationale serait historique, j’ai décidé d’en écrire quotidiennement le journal. J’en avais d’autant plus la possibilité qu’instit en zone rurale, et simple syndicaliste de base, je pouvais consacrer deux heures par jour à ce travail (la grève ça donne un peu de temps).

« Instit en zone rurale » : ce récit provient donc d’une situation plutôt banale du Tarn-et-Garonne. Si j’avais été « instit marseillais » mon journal aurait pris une tournure plus exceptionnelle. Comme l’information préfère se centrer sur l’exception, sur les zones difficiles, sur les quartiers bien pensants, sur l’anomalie et le geste symbolique, j’aurais pu rencontrer plus facilement des lecteurs. Mais la banalité a ses mérites : quand les « pokémons » (un petit jeu avec des bouts de cartons ronds) sont arrivés jusque dans mon école, ça signifiait que les enfants de la France entière étaient sous cette influence. Quand la grève reconductible y débuta, nous avions la preuve que la colère s’était généralisée.

Je compris que la grève serait historique en observant, en avril, les départements voisins : le Tarn, l’Ariège, la Haute-Garonne. Une grève des surveillants dans les lycées avait déjà secoué la communauté éducative au premier trimestre : l’agitation devenait endémique depuis le mois de février. En Tarn-et-Garonne, des collègues de plus en plus nombreux s’étonnaient de ce décalage dans l’action (ils ne finiront pas de s’en étonner). En conséquence, quand le SNUipp 82 annonça de manière très claire une grève pour les 6 et 7 mai, avec assemblée générale des grévistes, j’ai pu en déduire que le détonateur était en place.

Les prémices d’une révolte

Depuis le début de l’année, les grèves de 24 heures suivaient les grèves de 24 heures avec manifestations, mais sans la moindre réunion de grévistes. Le SNUipp 82 décida d’innover en appelant à « une réunion organisée par la FSU à la Maison du Peuple à 15 h » avant la manif de 17 h. Cette réunion rassembla une vingtaine d’instits, un prof de gym et trois ATOSS (personnel non-enseignant). Une réunion plutôt ratée ! Ce serait mal la comprendre sans la prise en compte de ses deux dimensions : sa préparation minimale et le contenu de la discussion. Annoncée seulement la veille par « La Lettre » que le SNUipp 82 envoie à ses adhérents, elle bénéficia d’un effet d’annonce minimum. De plus, la mention de la FSU était un abus de sigle : je savais très bien que, dans les lycées, cette réunion n’avait pas été mentionnée. Comme le disait un responsable : « au moins on ne pourra pas nous reprocher de ne pas l’avoir organisée ». Cette première grève interprofessionnelle sur les retraites, prévue de longue date, rassembla à Montauban 1500 personnes. La réunion, réduite en nombre, fut riche en contenu : plusieurs intervenants suggérèrent une assemblée générale des grévistes après la manif. Le responsable de la FSU, qui arriva vers la fin, déclara qu’il en ferait la demande aux autres organisations (la grève était interfédérale). Ce fut sans succès. Par la suite, pour analyser l’engagement réel dans la lutte, je ferai la différence entre les organisations qui poussent à la tenue de véritables AG de grévistes et celles qui les empêchent. Dans ces pages, j’ai soulevé un autre point  : le rôle de la CFDT et l’évolution de la CGT. Là aussi le responsable de la FSU intervint pour se féliciter de la présence de la CFDT dans l’action car, le seul ennemi, c’est Raffarin, et vive l’union. Discours bateau qui servit à brouiller les axes de la lutte : deux responsables du SNUipp 82 qui défendaient, auparavant, la revendication des 37,5 annuités pour TOUS, privé et public, choisirent de dire en ce 3 avril : « la retraite à 60 ans à taux plein ». Le Congrès de la CGT venait d’abandonner cette référence aux 37,5. Pourquoi ? Afin de ne pas heurter les susceptibilités, personne ne répondit à cette question. Bref, cette réunion fit apparaître un désir de mobilisation avec, en toile de fond, un flou quant aux objectifs de la dite mobilisation.

Quand la grève débuta le 6 mai, la question des retraites passa au second plan au bénéfice de la décentralisation. Voilà comment des tonnes de non-dits viendront en pourrir les objectifs. La signature de la CFDT avec le gouvernement ne provoqua aucun éclaircissement. Nous avons eu une manifestation avec prise de parole deux jours après cette signature : personne ne la dénonça au nom de l’unité. Le responsable de la CGT expliqua que dans les entreprises nous restions aux côtés des membres de la CFDT. Dans notre département, les secteurs contestataires ne publièrent rien pour désapprouver François Chérèque. La CGT préféra montrer du doigt les adeptes de la « grève générale » plutôt que la CFDT.

La date clef : le 6 mai 2003

Si le 3 avril fut symbolique du double phénomène auquel nous allons assister : la poussée en faveur de l’action, accompagnée d’un freinage des directions nationales soucieuses d’en assurer le contrôle, l’Assemblée générale (AG) du 6 mai fut éclairante. La décentralisation passa au premier plan de diverses manières. Le 5 mai, la majorité des profs du lycée de Castelsarrasin avait décidé d’avancer au 12, un débat avec les parents, sur la décentralisation, qui avait été proposé par les syndicats pour le 13 mai. Quand une responsable CFDT annonça à l’AG du 6 mai qu’en fait la réunion aurait lieu le 13, je suis intervenu dans le débat pour dire trois choses : que faisons nous demain 7 mai, comme cela avait été demandé par Benoît Gramond ? les organisations syndicales nationales veulent-elles généraliser la lutte ? et avons-nous conscience que pour gagner face à ce gouvernement, il faudra s’y mettre tous ensemble, d’où l’importance du 13 mai, journée interprofessionnelle sur les retraites. J’ai rappelé comment, pour le moment, chacun se fatigue à son tour. Après l’échec des surveillants, nous pouvions aboutir à notre proche échec d’où mon propos très sec pour dire que je me désolidarisais des réunions organisées avec les parents le 13 mai sur la décentralisation, au moment où se tiendrait à Montauban, l’AG interprofessionnelle souhaitable, suite à l’imposante manif ! Une femme médecin scolaire qui risquait d’être décentralisée me déclara presque avec mépris : « tu n’en as rien à foutre des décentralisés ! ». [depuis nous savons qu’une des victoires a été d’éviter la décentralisation des médecins mais pas celle des ATOSS]. J’eus envie de lui répondre qu’elle n’avait presque rien à craindre pour sa décentralisation mais beaucoup plus pour sa retraite ….

La décision de l’AG du lycée de Castelsarrasin n’avait pas été respectée : le tract, préparé pendant les vacances par un petit comité inconnu fut distribué comme prévu par ce petit comité. Je découvris ensuite qu’à Moissac également, une réunion fut programmée pour le 13 … sur la décentralisation. Nous avons eu là un des tableaux majeurs de cette lutte : il fallait courir deux lièvres à la fois !

En même temps, en termes de lutte, nous avons pu nous poser cette question : qui pousse à l’action ? La grève était reconduite pour le lendemain dans le Premier degré (un secteur obligé de prendre ses décisions à l’avance vu qu’il faut avertir les parents) sans aucune action prévue. Plusieurs personnes sont intervenues pour proposer des initiatives : pas la moindre réaction des responsables syndicaux. L’AG se vidait de ses membres quand Yves Vidaillac, non syndiqué, prit le micro pour dire : « demain à 15 heures devant l’Inspection académique (I.A.). ».

La discussion s’est poursuivie en petits comités éparpillés ; le responsable de l’UNSA-SE, se rendant compte qu’il avait encore les mains vides pour le lendemain, s’approcha du groupe et déclara : « bon, on se retrouve alors demain devant l’IA »

Ainsi débuta la nouveauté de la lutte : le lendemain, suite à une autre intervention, un collectif de grève se mit en place. Cette présence devant l’IA se compléta d’une nouvelle AG qui approuva une proposition d’action venue d’une non-syndiquée du Lycée Bourdelle : la mise en place, le lundi suivant, d’un piquet de grève. La grève était cette fois bien lancée sur deux rails différents qui auraient du mal à se rejoindre même si parfois, des aiguillages changent les directions. Avant le début du conflit, le SNUipp 82 avait réalisé un bon travail sur la question des retraites puis ses membres se firent discrets sur ce point, pendant le conflit. Comme nous le verrons par la lecture du journal, il fallut d’ailleurs attendre longtemps avant que le Collectif de grève propose au vote une plate-forme revendicative.

Les retraites

Les deux dimensions de la lutte avaient la même source : privatiser. Dans un cas, privatiser l’école ; dans l’autre, privatiser les retraites. On a déjà privatisé le bonheur, la politique et l’accès aux piscines alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ! Le gouvernement argumenta sans cesse en termes de justice sociale : il fallait aligner le public sur le privé. En réalité, depuis longtemps, les directives des maîtres du marché étaient claires : il faut tendre vers des fonds de pension. Voilà pourquoi l’âge de départ à la retraite ne fut jamais l’axe du débat, comme c’était le cas autrefois. Les instits peuvent toujours partir à 55 ans mais avec une pension diminuée (jusqu’à 20%-30% suivant la date du départ). Cette diminution annoncée entraînera la recherche d’une épargne retraite faisant suite à l’épargne salariale mise en place par la loi Fabius en 2001. Le salarié voit ses revenus reposer en partie sur les dividendes ! Manière concrète d’enrôler concrètement tout le monde sous la « loi » du marché ! (une loi qui n’est pas une loi). Tous contre tous, voilà la règle de cette nouvelle jungle. Une école sera plus dynamique si elle est mise en concurrence avec une autre. Quelle confiance faire à du personnel de nettoyage fonctionnarisé ? Il ne peut travailler sérieusement que sous la menace du licenciement ! Prenons des risques pour devenir compétitifs ! Pendant ce temps les maîtres du monde, avec le sécuritaire comme instrument de régulation, deviennent la source de notre bonheur. J’ai depuis longtemps dénoncé la privatisation rampante de l’Education nationale qui, comme dans tous les services publics, constitue un moyen … de dénigrer les services publics.

Une cantine scolaire qui fait un repas avec Mac Do, une intercommunalité qui emploie depuis 8 ans un intervenant de musique sur contrat renouvelable chaque année, un gouvernement qui crée les aides-éducateurs avec un statut de droit privé ; les exemples ne manquent pas pour indiquer comment, pas à pas, l’école fonctionne à la remorque des valeurs du privé. Le projet de décentralisation qui, en terme concret, concerne uniquement le Secondaire, exprime cette démarche de privatisation, visible dans le Premier degré par une intervention de plus en plus forte des intercommunalités.

 

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Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
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