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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 14:11

Voici en traduction l’article d’un espagnol qui pense à l’écrivain de Barcelone et qui le lie à un autre journaliste de tranchée. JPD

  

Manuel Vázquez Montalbán y otros periodistas de trinchera

Las batallas perdidas

Javier Morales

 

Depuis dix ans, Manuel Vázquez Montalbán est mort, et, quand arrive le week-end, j'ai encore envie de penser que, lundi, je vais le retrouver avec sa chronique dans le journal El Pais (1), quand il était quelque chose d'autre. Par le renouvellement de la poésie (il fut l'un des neuf novísimos de Castellet), du roman (la montée du genre noir en Espagne aurait été impensable sans l’existence de Pepe Carvalho) et de l’essai (lire son manifeste subnormal) il serait impossible de comprendre la seconde moitié du XXe siècle en Espagne sans le journaliste Manuel Vázquez Montalbán. Merci à Débate (2) qui donne la possibilité de lire ou relire son travail de journaliste, des débuts dans les années 1960 jusqu'à sa mort, l'éditeur l’ayant regroupé en trois volumes : chroniques de construction (1960-1973), de l'humour au désenchantement (1974-1986) et les batailles perdues (1987-2003).

Manuel Vázquez Montalbán a conçu le journalisme comme une guerre de tranchée. Sa chronique était quelque chose comme une speakers´corner particulier. « Le journalisme c’est de pouvoir intervenir lorsqu'un événement survient. Le journaliste réagit immédiatement, réaction qu’il met par l’écrit et en peu de temps elle est publiée. Pendant les époques où je n'ai pas été en mesure de donner mon avis, j'ai eu vraiment l’impression de vivre un manque, un manque que j’ai ressenti aussi quand je suis passé d’une section quotidienne à une base hebdomadaire ou mensuelle. J'ai été heureux quand j'ai pu écrire tous les jours, "a expliqué Manuel en 1992 au magazine Capçalera. Victime du franquisme (cette pellicule qu’encore nous n'avons pas réussi à éliminer dans ce pays, et je dirais même qu'elle s’est épaissie ces dernières années), doté d'une culture prodigieuse, aucune question n'était éloignée des préoccupations de l'écrivain de Barcelone. Sans être toujours d'accord avec sa position, ses articles ont toujours étaient pour moi, une référence incontournable et je crois qu'aujourd'hui, plus que jamais, ça devrait être une lecture obligatoire pour comprendre le présent. En 2002, en pleine crise du Prestige, il écrit: « Alors qu'en Europe, on assure en avoir marre, marre des nappes de pétrole, Mariano Rajoy survole la catastrophe en hélicoptère en fredonner ombre noire, ombre noire"."

 

Pedro Sorela, un autre puissant narrateur tout-terrain, nous parle du métier de journaliste dans El sol como disfraz (Alfaguara). Avec une prose précise et une ironie non exempte de tendresse, Sorela nous raconte la grandeur et décadence d'un directeur qui arrive dans un journal avec l'intention méchante de lui mettre de nouvelles lunettes.

Depuis longtemps, La chronique du siècle regarde la réalité avec un œil paresseux et la raconte avec l'autre, ce qui n'est pas loin. Picasso, le nouveau directeur, veut que les journalistes de la chronique du siècle observent la réalité avec un regard qui s'éloigne des poncifs, le cancer du journalisme et de la littérature. Et pour réussir, il devra transformer la rédaction, un microcosme où se nichent la vanité, l'envie, les querelles sentimentales et la lutte pour le pouvoir, même pour la simple écriture d'un titre. Un endroit où sont enterrés trop tôt les rêves parce que le temps, dans les journaux va deux fois pus vite et vieillit trois fois plus vite. Sorela sait bien qu’à la fin comme au début, ce qui distingue un bon écrivain et un bon journaliste c’est son regard. Ce que Manuel Chaves Nogales possédait. En tant qu'éditeur de El Heraldo de Madrid, Chaves Nogales a commencé en août 1928 un voyage en avion à travers l'Europe pour raconter de première main et à hauteur de la rue, ce qui se passait dans certains pays, comme dans la pré-hitlérienne Allemagne ou la Russie soviétique. Les reportages – complets avec les pièces amputées par la censure - ont été publiés sous forme de livre : Le tour d’Europe en avion. Un petit bourgeois dans la Russie rouge. Nous pouvons maintenant le lire grâce à l'editorial Libros del Asteroide, dont nous devons remercier la réédition d'une bonne partie de son œuvre, tant journalistique et littéraire.

 Déjà le prologue de l’écrivain sévillan nous prévient : « ce livre, uniquement de nature journalistique, n'augmente pas du tout l'acquis de la culture contemporaine...L'auteur, journaliste, s'exerce dans une technique qu’il estime plus appropriée à sa plume et accepte satisfait les contraintes imposées par cet emploi, un emploi appelé par Trotsky, de manière précise et sans pitié, « écumeurs de culture ». Le prologue est un plaidoyer en faveur du journalisme qui, même alors, comme aujourd'hui, a été méprisé par l'élite et la classe moyenne, dans un pays où 30 % de la population était illettrée. C'est pourquoi la démocratie n’en finit jamais de se solidifier en Espagne.

 Les mérites des histoires brillantes de Chaves Nogales - qui a immédiatement découvert les possibilités que la technologie peut offrir au journaliste – ne sont pas tellement dans ce qu’ils affirment ou non dans leurs diagnostics (« Il y a aujourd'hui une Allemagne républicaine qui empêchera toujours une rechute dans le militarisme,» affirme-t-il  sur son chemin à travers le pays allemand), mais seulement par la vérité qui respire ses paroles nées de la réflexion et du contact avec la vie quotidienne. Un contact sans préjugés et sans œillères, où pèsent plus la compréhension et l'empathie humaine que le jugement politique (le récit de sa rencontre avec Ramón Casanellas, meurtrier d’Eduardo Dato est impressionnant). Plus que pour confirmer ses idées, Chaves Nogales voyage pour découvrir. Et ce qu’il découvre, parfois, le surprend.

 

Retenons ce que dit « ce petit bourgeois » à propos de sa synthèse « sûrement arbitraire », qu’il fait de son voyage en Russie soviétique, dix ans après la victoire bolchevique, lorsque Staline av commencé à se débarrasser de ses compagnons de voyage. « Après avoir parcouru la Russie et après avoir cherché ardemment le pour ou le contre de ce qui a été écrit sur la révolution, j'ose croire que la posture de l'homme vraiment civilisé n'est pas d'être communiste ou anti-communiste, mais attentif au développement des faits, sous-pesant et évaluant les responsabilités de chacun des facteurs qui sont intervenus dans l'épreuve terrible qu'il est vécue dans leur chair par une peuple de 140 millions d'habitants, sans rejeter la possibilité de la naissance d'une nouvelle humanité, mais sans rien perdre en même temps du fait qu'on aurait pu se tromper de chemin".

 Je crois que dans ce « être vigilants » réside la force de son magistère, qui devrait guider le travail de ceux qui continuent de s’intéresser à ce qui se passe autour de nous et ressentons le besoin de le raconter, de ceux qui croient que le journalisme, malgré tout, est un des plus beaux métiers du monde et, en aucun cas, une bataille perdue d'avance.

 Rendez-vous en septembre !

 Source: http://elasombrario.com/2013/08/03/las-batallas-perdidas/

 

Note JPD :

1 – Les dernières années de la vie de MVM, je recevais tous les lundis El Pais chez le marchand de journaux de Beaumont-de-Lomagne et j’éprouve moi aussi cette sensation hebdomadaire, le besoin de la chronique de MVM.

 

2 – Debate est l’éditeur des articles journalistiques de MVM

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Published by éditions la brochure - dans vazquez montalban
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