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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 21:13

 

Voici d’autres lettres de Fernand Icres. Il mentionne un travail pour un portrait de Cladel car s’il était instituteur, il avait auparavant été dans une école dessin. Ce portrait existe-t-il quelque part ? Ces lettres témoignent d’une amitié qui serait né quand Icres avait 20 ans et qui dura jusqu’à la mort du plus jeune  en 1888. Il y aurait beaucoup à dire mais pour le moment j’en reste à ces textes bruts en attirant l’attention sur ce moment très vivant où dans un café de l’Ariège Icres apprend que le roman Ompdrailles doit passer au théâtre, évènement qui malheureusement n’arrivera pas. JPD

 

Mon cher Parrain

Une lettre d’Haraucourt me presse de faire votre portrait pour Charpentier. Je vous aurais écrit dès la réception de votre dernière lettre mais je n’avais pas encore achevé. Le portrait sera fini du jour au lendemain dès que je le voudrai ; j’aurais besoin, seulement de savoir au juste l’époque et le moment où je dois le remettre. Si, d’ici là, nous avions le temps d’avoir de vous une photographie plus satisfaisante encore nous pourrions en profiter : nous choisirions. Il faudrait pour cela que vous eussiez assez tôt l’occasion de passer chez Cohl ( ?) qui vous attend depuis un mois, 18 rue St Laurent, près de la gare de l’Est. Il en tirerait aussitôt une épreuve à la hâte. Deux jours après, ou trois, tout au plus, l’affaire serait terminée. Qu’en pensez-vous et qu’en dîtes-vous ? En attendant votre réponse, je vais toujours travailler au portrait que j’ai commencé. On verra ensuite…

J’ai été tenu tout cet hiver dans ma chambre par la mise en ordre de mes Farouches que je destine à Lemerre. Ce dernier ne s’est pas encore décidé entre l’acceptation ou le refus de mon Justicier, ce roman, pourtant, m’inquiète moins que le Café de l’autre : il me semble que j’en trouverai plus aisément le placement.

J’ai le plus vif désir d’aller vous voir, mais, jusqu’à présent je n’ai pas eu le temps : il y a si peu de jeudis par semaine. Les bataillons scolaires m’en dévorent la plus grande part. Je guette un hasard propice qui me permette de m’échapper.

A bientôt j’espère.

Veuillez présenter mes meilleurs respects à madame Cladel et embrassez pour moi les enfants.

Comptez toujours cher maître et parrain sur l’absolu dévouement de votre filleul.

Fernand Icres

186 Faubourg Saint Denis

21 février 85

 

Mon cher Parrain

Voilà bien bien longtemps que vous êtes sans nouvelles de votre ingrat filleul, lequel cependant, quoique coupable d’une si noire négligence, éprouve une joie des plus vives à apprendre de temps à autre que son parrain ne parle pas encore de laisser tomber la plume mais bien au contraire continue à la manier encore de main de maître. Cher parrain, vous êtes la cause d’un des rares bonheurs de mon existence et avant d’aller plus loin il est nécessaire que je vous en remercie.

Voilà, hier soir, au Café Anacharsis, aux Bordes sur Arize, en parcourant l’Intransigeant que je venais de recevoir mes yeux sont tombés sur les « théâtres ». J’y ai lu (avec qu’elle fièvre !) que votre Ompdrailles allait enfin se présenter dans la lice pour la grande lutte avec cet adversaire redoutable qu’on appelle le public.

Je ne sais pas si vous avez quelques inquiétudes sur le dénouement de la séance mais je vous assure que je suis, pour mon compte, complètement rassuré là-dessus, malgré que je m’intéresse à cette question presque autant que vous-mêmes. Tous les combats livrés par le carrier de la Grésigne, je l’ai appris dans votre livre sont et ne peuvent être qu’autant de triomphes.. ; Enfin !!

C’est ainsi qu’à deux cents lieues de distance vous m’aurez fait tressaillir d’aise par l’intermédiaire d’un entrefilet de journal, si bien qu’aussitôt après la lecture, brandissant le journal comme un drapeau, j’ai poussé un si formidable juron que tous les clients de l’établissement m’ont regardé, me croyant subitement fou, avec un effarement indescriptible.

Mon Dieu ! pourvu que les auteurs soient à la hauteur du sujet ! Qu’en pensez-vous ? Ompdrailles, Arribial, la Scorpionne sont des rôles d’un poids de plusieurs quintaux sur les grêles épaules de nos cabotins.

Mais je ne veux pas y songer ; cela me gâterait tant, le plaisir que je me promets à cette fête. Elle sera solennelle, j’en réponds et si les lauriers que vous moissonnerez certainement empêchent quelqu’un de dormir, ce ne sera pas moi qui vous applaudirez avec tout ce que j’ai de cœur et de mains.

Dès à présent, je vous envoie l’expression de mon enthousiasme ; puisse-t-il servir à me retremper en mettant, devant les efforts, votre grand exemple, cher maître ; puissé-je tirer de là comme leçon dont beaucoup devraient profiter avec moi, que le travail, la patience, la persévérance, l’opiniâtreté dont vous avez toujours fait preuve doivent être les qualités primordiales de l’écrivain digne et consciencieux qui sait sacrifier le succès immédiat et superficiel à la satisfaction d’avoir bien accompli sa tâche.

Me voilà aux Pyrénées, en convalescence d’une bronchite aigue qui m’a tenu dans ma chambre à Paris pendant de longs mois. Je n’ai malgré cela pas perdu complètement mon temps. Je crois qu’un ou deux livres paraîtront cet hiver et j’en prépare un troisième. Je me porte aujourd’hui fort bien. L’air natal m’a ressuscité et fortifié pour l’avenir. Je suis de nouveau prêt et armé de pied en cap. En avant !

Veuillez présenter mes respects à madame Cladel auprès de laquelle j’ai beaucoup à me faire pardonner et certifiez lui qu’à mon retour à Paris ma première visite sera pour vous. Ne m’oubliez pas auprès de votre adorable famille.

Votre absolument dévoué Fernand Icres aux Bordes sur Arize Ariège

 

Mon cher Parrain,

Je viens de recevoir le volume de Quelques sires et de lire la très flatteuse dédicace que vous avez bien voulu inscrire en mon honneur au devant d’Histrion, une nouvelle que je vais d’abord dévorer, avant les autres. Merci un million des fois du glorieux témoignage de votre sympathie ainsi accordée par vous, le maître impeccable, au plus humble des élèves, au plus reconnaissant des filleuls, au plus sincère des admirateurs.

J’ai une grande hâte de voir arriver les congés de pâques pour aller à Sèvres vous présenter tous mes sentiments de gratitude et me retremper enfin un peu dans votre encourageante bienveillance.

Ne m’oubliez pas auprès de Madame Cladel et des chers enfants et considérez moi toujours comme votre absolument dévoué

Fernand Icres

186 Faubourg Saint Denis

28 ars 1885

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Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
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