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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:14

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Sur la photo, les trois cents personnes de la salle : au premier rang, la deuxième personne en commençant par la gauche, c'est ma mère juste devant Marie-France.

 

Le regard de Georges Brassens, un film de Sandrine Dumarais, a attiré beaucoup de monde à la salle des fêtes de Réalville en ce 7 janvier. Programmé dans le cadre d’un festival original, Les Hivernales du documentaire, la foule au rendez-vous a confirmé du bienfondé de cette initiative, qui intervient dans six villes et villages du Midi Quercy. Mais venons-en à Brassens.
Tout jeune l’artiste a acheté une caméra et a filmé son univers propre, et c’est à partir de cette vaste documentation que Sandrine Dumarais construit son propre regard sur l’artiste avec l’aide d’un certain nombre de témoins. Tout commence par le portrait des parents. Une maman pieuse, un papa libre-penseur. Et un fils du côté du père. Claude Sicre apportera, dans la discussion, une information absente du film et pourtant décisive à ses yeux : une mère italienne qui pratiquait la chanson, et, de Calabre à Naples, cette musique traditionnelle, est arrivée sur la guitare de Georges (ajoutons que la ville était fortement italienne). De telles images auraient pu constituer une filmographie familiale ordinaire, mais l’homme étant sur l’écran, se mettant en scène, est ensuite devenu un géant de la chanson – et ne pouvait plus se filmer – donc le public éprouve beaucoup d’émotions face à ce retour de la vie. Voir à Sète, un policier faisant la circulation, à un moment où l’essentiel des véhicules se sont des vélos, ça permet de mesurer les évolutions rapides de nos sociétés. Dans une émission télé, le vieux Brassens commentera quelques-unes de ses images de jeunesse (avec J-P Chabrol par exemple), images qui tendent à montrer que le cantautore (chanteur-auteur) a surtout fait le portrait de sa vie. Les admirateurs de Brassens qui connaissent son parcours sur le bout des doigts savent déjà que la mauvaise réputation, vient d’un épisode précis de sa jeunesse sétoise, épisode qui va d’ailleurs lui faire quitter la ville. Mais voir sur l’écran, cette bande de quatre jeunes qui vont voler des bijoux chez quelques personnes, pour les revendre à une bijoutière de la ville qui les met en vitrine, c’est totalement original.
Si le regard de Brassens est celui, naïf, de quelqu’un qui aime faire des pitreries, le regard de Sandrine Dumarais est plutôt celui d’une réalisatrice complaisante faisant de son héros… un héros. Est-ce qu’admirer Brassens c’est seulement penser à l’artiste ? Ou pour le dire autrement, une fois que l’artiste est là – dans sa grandeur – faut-il oublier l’homme ? La question se pose pour Brassens comme pour tous les artistes : peut-on en donner une présentation laïque ? Cela devrait être d’autant plus facile pour un anticlérical ! Prenons un exemple : en 1943 comme des milliers de jeunes, il part au S.T.O. d’autant qu’à Paris, les maquis ne pouvaient pas être Porte d’Orléans. Cependant, il était de Sète, ville rouge et n’aurait-il pas pu envisager un retour au pays ?

Puis, en revenant d'Allemagne, en découvrant cette part de la France résistante, comment a-t-il réagi ? L’image de Brassens qui ne marchait pas avec le troupeau comme l’explique un de ses amis, est aussi réelle que le troupeau auquel il a pourtant dû se plier.


L’autre face du personnage apparaît dans le film quand on le voit parler au milieu de ses « copains d’abord ». Dans la non demande en mariage, la posture révolutionnaire peut être une façon glorieuse de célébrer un machisme si classique dans le milieu anarchiste, depuis Proudhon. La femme serait-elle autre chose qu’un objet ? Et à être un objet vaut-il mieux être celui d’une vedette ?
J’insiste, ces questions là ne sont pas seulement des questions de la biographie de Brassens, mais des questions quant à son message puisque message il y a, et ces questions ne visent pas à rabaisser le talent du personnage mais à en discuter posément. Brassens comme la plupart des chanteurs de son époque, s’est imposé dans le cadre d’un affrontement social. Le fait qu’il ait fini par s’imposer, par devenir un homme capable de recevoir la légion d’honneur, autorise tout de même l’analyse ! Il n’y a plus les pro-Brassens et les anti-Brassens. Brassens est devenu un bien commun de l’histoire commune de la France et au-delà.
L’animateur de l’association a pensé judicieux d’indiquer que nous allions, nous aussi, avec le film, avoir une Jeanne à célébrer ; un clin d’œil à la Jeanne brûlée vive au cœur de quelques balivernes, une Jeanne comme Georges, incluse dans ce bien commun du pays. Pourquoi faut-il que le rapport le plus fréquent à l’histoire – si important en France – oscille entre oubli organisé et commémoration ostentatoire (pour dire anti-historique) ?
Vous l’avez compris, je ne suis pas pour tel ou tel piédestal mais contre tout piédestal. Et aussi un admirateur de Brassens.
7-01-2012 Jean-Paul Damaggio

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