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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 18:05

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Dans son livre, nous sommes en marche, chez Flammarion, Gabriel Cohn-Bendit témoigne de son passage à Moissac. Il était jeune mais se souvient. Son frère Dany naîtra plus tard à Montauban… J’offre ce témoignage pour m’associer ainsi aux rencontres de Moissac du 27 et 28 avril,Moissac, ville de Justes oubliée… Jean-Paul Damaggio

http://moissacjustes.wordpress.com

 

 « Schata, d'origine roumaine, et Bouli Simon, son mari, avaient ouvert en toute hâte un centre des Éclaireurs israélites à Moissac. Pour que les enfants errants, désemparés, privés de leurs parents, détenus dans les camps français, pourchassés par la police française lors des rafles, puissent se réfugier quelque part. En paix. Ma mère devint l'intendante de la maison. Elle y reçut le surnom de Tricoti, d'après le titre d'un album du Père Castor, Tricoti, Tricota. À Paris, une réfugiée hongroise antifasciste lui avait appris l'art du crochet. Elles avaient gagné leur vie ainsi, travaillant à façon toutes les deux pour la haute couture... Depuis, à chaque instant de tranquillité, ma mère sortait son crochet. Des centaines d'enfants et d'adolescents se souviennent toujours de Tricoti...

 

En 1942, les nazis étendirent leur terreur en envahissant la zone « nono ». La colonie de Moissac fut aussitôt dissoute et les enfants répartis un peu partout dans la région. Quelques-uns restèrent sur place, hébergés par de braves gens  — j'entends « brave » au sens de «courage exemplaire », celui des gens simples. J'ai moi-même été accueilli par une famille d'architectes, les Lassence. J'ai vécu, pardon : nous avons vécu ensemble jusqu'à la Libération. La fille unique de la famille, Camille, dix-huit ans, était fiancée à un jeune Juif alsacien, engagé dans la Résistance armée. Je fus préservé, gâté, car il ne fallait pas que « ce pauvre petit souffre de quoi que ce soit ». On lui cuisait du pain blanc, on allait quérir des œufs frais et du cochon clandestin dans les fermes des environs. J'ai vécu tranquille, bichonné même. Ce fut une période heureuse.

Comme un détachement de la Wehrmacht était caserné à Moissac, j'avais l'occasion de parler allemand. Quand je le racontai plus tard à ma mère, elle fut terrorisée « Ils ne t'ont pas demandé pourquoi tu savais l'allemand ? » « Si ! Je leur ai dit qu'une nurse allemande m'avait appris sa langue. » J'avais cinq ans et j'apprenais vite. N'avais-je pas, autre motif d'étonnement, changé de nom ? Désormais je m'appelais Jean Collet...

Je n'ai pas de mauvais souvenir de cette période, aucun relent de dureté où d'inquiétude. Une enfance simplement heureuse. De 1940 à 1945, j'ai reçu de hautes preuves d'amour de la part de mes familles hôtes, de ces éducateurs qui n'étaient même pas mes parents. Je découvris alors que même si les vôtres vous aiment, d'autres adultes peuvent vous donner tout autant d'affection. L'amour de ces anonymes aux mains grandes ouvertes me guide toujours. Elle eut valeur d'apprentissage. Pour moi, l'amour s'offre et se partage; il n'est pas seulement restreint à l'espace familial. De cette existence enfantine particulière, de l'amour partagé et des talents d'éducatrice de ma mère, je tiens cet esprit de contestation pédagogique qui anime mon existence.

En ces temps troublés, les parents naviguaient de fermes en lieux d'hébergement, se serrant dans des garnis en ville ou dans les campagnes généreuses. À Montauban, M. et Mme Cohn-Bendit se faisaient appeler M. et Mme Delpioux. Ils disposaient d'excellents vrais-faux papiers : des cartes d'identité provenant du pillage des armoires d'une mairie belge détruite par un bombardement.

Dans l'entrée de mon appartement, chez nous à Saint-Nazaire, je conserve dans un sous-verre l'étoile jaune de grand-mère et le certificat traduit copie-conforme de la déchéance de nationalité de notre père.

Conformément au Journal officiel du Reich et de Prusse, n° 41 du vendredi 17 février 1939; en vertu de l'article 2 de la loi sur l'annulation des naturalisations...

Cohn-Bendit Erich, né le 26 novembre 1902 à Berlin, était déchu de sa nationalité en vertu de la loi du 14 juillet 1933. Et c'était signé : le ministre de l'Intérieur du Reich, Pfunather. »

 

Le journal Le Parisien a aussi évoqué cette affaire :

Quand les Cohn-Bendit s'appelaient Delpioux

 Moissac (Tarn-et-Garonne) Publié le 16.06.2009

 Erich COHN-BENDIT, avocat de gauche juif et antinazi, fuit l'Allemagne avec son épouse Herta, alors étudiante en droit, en 1933, au lendemain de l'incendie du Reichstag. Le couple quitte Berlin et s'installe à Paris, où naîtra Jean-Gabriel, surnommé Gaby ou Gabriel, en 1936. Mais au début de la guerre, Erich, qui fréquente les milieux intellectuels de gauche parisiens, est placé dans un camp de prisonniers politiques en Bretagne.

Il s'en échappe et rejoint à pied Montauban, où sa femme et son fils se sont réfugiés en 1940. Dans le sud-ouest de la France, où est né Daniel en 1945, « le Parisien » et « Aujourd'hui en France » ont retrouvé les témoins de l'époque, la famille qui a hébergé les Cohn-Bendit et le prêtre qui délivrait aux juifs des certificats de catholicisme.

En 1941, dans la petite ville de Moissac (Tarn-et-Garonne), les destins des Cohn-Bendit et des Kauffmann se sont mêlés. Camille Kauffmann, née Lassence, avait tout juste 20 ans, et c'est dans sa famille que les parents de Dany le Rouge ont trouvé refuge.

Aujourd'hui âgée de 88 ans, Camille Kauffmann, derrière des lunettes en verre fumé, se souvient de cette époque avec émotion. « On a vécu une vraie histoire d'amour avec la famille Cohn-Bendit », lâche-t-elle. Tout commence par une proposition du réseau des Eclaireurs israélites de France faite à ses parents catholiques. « Monsieur Simon, le directeur du centre, a dit à ma mère : Voulez-vous garder un petit garçon de 5 ans ?

Elle a répondu sans hésiter : « Oui, c'est d'accord . » L'enfant et ses parents arrivent quelques jours plus tard. « Je les ai vus la première fois au siège des Eclaireurs israélites de France. La dame était blonde, de taille moyenne, et parlait bien le français. On l'appelait Tricotie, car elle avait toujours un tricot dans son sac. Le papa, plus discret, fatigué, s'exprimait en allemand. » Le petit Gaby Cohn-Bendit s'installe donc dans la famille de Camille, sous le faux nom de Jean Collet. « Quand j'allais le chercher à la sortie de l'école, je disais que c'était mon neveu », raconte la vieille femme qui se remémore aussi des risques qu'ils prenaient. « Comme il était blond, Gaby passait pour un petit aryen, on l'envoyait jouer aux billes devant la kommandantur, à Moissac, et au retour, avec sa maîtrise de la langue allemande, il nous traduisait ce qu'ils avaient dit. »

 

« Dany, le portrait de Tricotie, sa maman »

 

Les parents Cohn-Bendit emménagent sous le nom de Delpioux dans la grande maison de trois étages au 18, quai du Port, sur les bords du Tarn. La bâtisse appartient alors aux Eclaireurs israélites de France. « Dans la journée, la maman exerçait la profession d'intendante auprès des autres réfugiés. Elle réglait les problèmes pratiques des uns et des autres », se souvient Roger Kauffmann, le mari de Camille, lui aussi résistant à Moissac. « Le papa, Erich, ne disait presque rien. Il préférait rester dans son coin, tout seul, comme s'il ne se remettait pas des épreuves », ajoute Camille.

Dany naîtra quelques années plus tard, le 4 avril 1945, dans la ville voisine de Montauban, mais l'histoire des Kauffmann l'a lui aussi profondément marqué. « Ces gens ont été d'un courage extraordinaire, nous a-t-il confié. Ils ont sauvé mes parents et mon frère au péril de leur vie. » Camille, entre deux bouffées de cigarette, se souvient d'ailleurs du jour où Dany est venu leur rendre visite, en 1999 : « C'était pour une précédente élection européenne. Il était venu à Moissac pour rencontrer les agriculteurs. Lorsque je l'ai eu en face de moi, blond et vif d'esprit, j'ai vu ressurgir le portrait tout craché de sa maman Tricotie. » La vieille femme n'a pas oublié les mots prononcés ce jour-là par Daniel Cohn-Bendit : « On ne vous a jamais oubliés, vous êtes irremplaçables dans mon coeur. »

Le Parisien

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