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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 15:42

« De toutes les villes illustres, Marseille la plus calomniée. Et d'abord, Marseille calomnie Marseille. Chaque fois qu'elle tâche à n'être plus elle-même, elle grimace, elle se gâte au miroir de sa lie. » André Suarès

 

 

J’apprends qu’à Marseille, Renaud Muselier n’est autre que le petit neveu d’André Suarès. La droite a de ces continuités… Sauf que, seul contre tous, Suarès se voulait un visionnaire dont le réel détruisait les visions. Finalement Caubère se retrouve dans son Marseille : « Ému, il avoue que cette création lui permet également d’aller « vers son père » , lui l’artiste «issu d’un milieu bourgeois » et aux valeurs sociales, toujours « en guerre politique» avec sa famille. » indique La Marseillaise du 22 juin 2012.

Un entretien me dévoile comment Caubère a découvert Suarès :

« J'ai d'abord découvert André Suarès voilà une quinzaine d'années, par hasard, dans une librairie, avec Poète tragique, Shakespeare ou le portrait de Prospéro. Puis je suis tombé sur André Suarès, l'insurgé, une biographie de Robert Pariente. Lorsque j'ai enfin découvert Marsiho, j'ai reconnu une foule de choses de ma famille, de mon enfance. Cela m'a touché de manière très personnelle, un peu comme lorsque l'on découvre une photographie de nos grands-parents. Cette oeuvre est une véritable peinture de la ville, elle porte quelque chose de l'identité marseillaise. Un Marseillais d'aujourd'hui ne peut rester de marbre face à une telle pérennité. Néanmoins, beaucoup de Marseillais d'appartenance disent également qu'ils y reconnaissent des choses qu'ils n'osent pas ou ne savent pas exprimer. Marsiho possède des vertus de dévoilement incontestables. Ce qui est assez exceptionnel, c'est que Suarès aime vraiment la ville, dans le sens où il ne cache pas ce qui lui déplaît en elle, ses défauts. »

Etrangement c’est par le même livre Poète tragique que le sculpteur Bourdelle s’est lié d’amitié avec l’écrivain marseillais. Il y a avait bien sûr le commun amour de la Grèce mais il y avait surtout Poète tragique. Bourdelle écrira trois fois à Suarès pour lui dire son admiration avant de recevoir cette réponse :

« Les Kermès,

à Carqueiranne (Var).

22 mars 1922.

Quand j'ai reçu votre lettre, mon cher Bourdelle, je partais pour la Provence c'est le pays où je suis né. Je n'avais plus quitté Paris depuis neuf ans : je n'en pouvais plus ; j'avais la nostalgie des pins et des oliviers. Mars est le vent même ; et Vénus est la mer. Ils sont là qui se baisent sous mes yeux, dans la lumière. Je suis couché sur la colline. Je sens la chaleur du sein. Ces formes sont divines. Tout parle ici de ligne et d'éternité. Pour moi, il n'y a pas de beauté pure sans cette grâce aride. La fécondité des feuillages est oratoire, comme l’ornement. J’interprète ainsi le roman : entre le grec qui est tout statique, et l’ogival tout dynamique, le roman dans tous les ordres, est de la terre et du réel visités par l’esprit. Le roman agit et il rêve.

Vous écrivez comme vous modelez, mon cher Bourdelle : vous êtes roman et antique de la tête aux pieds mais comme nous devons l'être, avec le sentiment de notre vie propre. Je voudrais vous donner les portes et le maître-autel d'une église en ciment armé. Et les tombeaux aussi, dans les chapelles austères.

Soyez content, Bourdelle : vous avez été le seul, avec deux autres, à lire Poète Tragique et à l'aimer. Tout le reste a feint de ne pas le connaître. Tel est le sort de l'artiste solitaire, dans cette Ville, dont le sublime est sans cesse masqué par les fumées et les grimaces de la mode. Mais pas un mot. La plainte est le dernier des jeux. Il faut manier la foudre ou le silence.

Vous m'avez fait du bien, et je veux pourtant vous le dire. Je n'admire pas une générosité, qui vous est si naturelle mais elle me touche. D'ailleurs, vous savez mieux que personne au milieu de quelle tourbe nous vivons, et de quels mensonges la confusion est universelle. Nous sommes cinq ou six à garder la conscience de la forme et le sens héroïque du style pas un de plus.

J'attends le plâtre que vous m'avez promis comme une récompense. Me donnerez-vous, un jour, le buste de cette jeune fille que vous pétrissiez, l'an dernier, dans une matière si vivante ? De volupté secrète et de pudeur, elle rougissait sous vos doigts. S'il est quelques- uns de mes livres que j'aie encore, et qui vous plaisent, demandez- les-moi, je vous en prie : ils seront bien chez vous. J'aime vous entendre en nommer les titres. Vous ressemblez à Euripide (1) : autrefois, vous aviez l'air d'un berger sicilien. Les belles filles couraient-elles plus volontiers après vos noires boucles ? Les Muses ont des goûts moins frivoles. Certes, la jeunesse est heureuse à voir mais plus on vit, plus on approche de Psyché et de la forme éternelle. On est plus jeune ainsi, d'une jeunesse invisible et qui ne s'altère pas.

Portez-vous bien, mon cher Bourdelle. Je vous serre la main. Soyez heureux. S. »

Note JPD : C’est le surnom qu’ensuite Suarès donnera à Bourdelle

 

Voilà, on a retrouvé la Provence, Suarès et peut-être une porte d’entrée pour mieux comprendre Caubère. Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans Benedetto Castan Caubère Lubat
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