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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 16:29

Tout d’abord j’indique que je ne compare une élection qu’à une élection du même type. Autrefois, sur la base de ce principe, les journaux, en publiant les résultats, publiaient ceux de l’élection précédente comme élément de réflexion. A présent, il faut se chercher soi-même, ces résultats, et, même si internet facilite ce travail, il n’est pas habituel, car l’habituel est devenu le très court terme. Or toute élection est le produit d’une histoire sur le long terme. Ce bilan repose sur les résultats dans le Grand Sud Ouest que je connais un peu.

 

L’abstention

Tout commence par l’abstention et le vote blanc (ou nul), c’est-à-dire par l’imposant refus de participer à la dite élection, de choisir parmi les très nombreux candidats. Elle révèle que , ne sont facteur de participation ni le nombre de candidats (les second tours rassemblent toujours plus d’électeurs que les premiers) ni le choix de la proportionnelle (où normalement chaque voix compte avec en France le seuil de 5%, 4% en Italie, et aucun pourcentage en Espagne). L’explication est donc antérieure aux questions techniques de l’élection, et touche au fond du politique : à quoi ça sert de voter ? ou mieux : ça sert qui de voter ? Les anarchistes qui sont le groupe politique le plus radical sur le sujet pensent que le vote ne sert qu’à cautionner la farce démocratique (élections pièges à cons). Ceci étant l’augmentation de l’abstention n’a jamais renforcé le courant anarchiste ni ici ni ailleurs. Peut-être parce que les médias rendent l’abstention invisible ? En partie oui, mais en partie non quand, pendant toute la campagne, il a été répété que nous aurions 60% d’abstention.

Dans notre région l’abstention a baissé de 55,5% à 52,5 et les exprimés de 42,3 à 45,3.

Les blancs et nuls sont du même ordre avec, cette fois, une distinction dans le calcul.

 

En fait l’abstention rend l’abstention invisible car elle ne peut faire apparaître les multiples raisons de l’abstention. Grosso-modo l’abstention s’explique par «la fatigue démocratique» : l’idée justifiée que les politiciens se moquent des citoyens et que seuls les «experts» dirigent la vie politique. Mais l’abstention ne dit pas comment en sortir. Cette année, elle n’a pas été plus forte qu’en 2009, mais elle a peut-être changé de nature : pendant des décennies, après la guerre, l’extrême-droite n’ayant pas de parti phare, ce courant a pratiqué largement l’abstention. Depuis 1984, il vote FN. Aujourd’hui, l’abstention semble davantage frapper les forces issues de la gauche sans que personne ne puisse dire quel a été l’impact de l’appel au boycott. L’apparition des Verts aux européennes de 1989 a réduit cette abstention mais l’expérience depuis a déçu.

 

Le battu

L’UMP est doublement battu : d’une part, elle fait un score minable par rapport à 2009, et d’autre part, elle ne bénéficie en rien de la crise du PS !

Dans notre région elle était conduite par Dominique Baudis et cette fois par Michèle Alliot-Marie. Elle passe de 26,8 à 18,5. Pendant ce temps, les centristes, conduits par le même Rochefort restent au même niveau : de 8,6 à 8,6. Donc la perte ne s’explique pas par un glissement d’un électorat centriste cher à Baudis qui refusant MAM se serait jeté dans les bras de Rochefort le Modem-UDI.

Or les municipales ont montré, avec la victoire de Moudenc à Toulouse, que l’UMP avait le vent en poupe. Ce n’était qu’une illusion qui tient au facteur « municipale ». Pour élire des administrateurs une partie de l’électorat FN préfère l’UMP, mais pour voter « politique » il se retrouve dans le FN (les députés européens sont perçus à juste titre comme des figurants).

Je refuse le terme péjoratif « vote défouloir » qui, pour des municipales pourrait devenir « vote clientéliste ». Il faut juger de chaque vote par rapport à l’enjeu.

 

Le champion

Traditionnellement l’élection européenne a fait apparaître des « champions » éphémères. En 1979 le PCF est devant le PS et Georges Marchais en tire des leçons générales : à la présidentielle il va devancer Mitterrand d’autant que le MRG (PRG de l’époque) présente un candidat. On connaît la suite : aux élections européennes suivantes c’est la douche froide, le FN devenant le nouveau champion. Certains en déduisirent bêtement qu’il y avait eu transfert du vote communiste vers le vote FN car pour eux les abstentionnistes sont invisibles. Les transferts ont touché en fait tous les partis et sont venus s’ajouter aux abstentionnistes qui se sont réveillés. Je  ne vais par faire la liste des « champions » suivants qui induisirent des commentaires erronnées sur l’avenir politique de la France : la liste Bernard Tapie, la liste Pasqua-De Villiers etc. Jusqu’à cette année 2009 où Daniel Cohn-Bendit porta les Verts à un score aussi éphémère que celui de De Villiers ou Bernard Tapie.

Cette année le champion s’appelle donc le FN qui passe de 5,9 à 24,7 avec la même tête de liste dans ma région (Louis Aliot). Nationalement c’est de 6% à 25%. Une augmentation phénoménale (l’abstention étant égale, l’explication n’est pas là) qui provient d’un score en dessous du 10% habituel de ce parti en 2009, et au-dessus de son nouvel étiage de 18% (la présidentielle), en 2014.

En 2009 le FN est en bout de course pensent certains, car cet échec, aussi phénoménal que son succès d’aujourd’hui, fait suite à l’effondrement du score de Le Pen à la présidentielle de 2007. A l’époque, Sarkozy avait réussi à « siphonner » suivant le mot très juste de Le Pen, le score de ce parti. Le FN a su tirer les leçons de la déroute (qui fut une déroute financière) et le père a passé le relais à la fille qui, bénéficiant des déceptions causées par Sarkozy, a fait comme si les nouveaux succès étaient le fruit d’un « recentrage ». Elle ou quelqu’un d’autre du FN aurait eu le même succès.

Le FN a la particularité d’être un parti « passif » qui bénéficie paradoxalement d’un vote « politique ». On ne vote pas pour la personne, pour le féodal capable de distribuer une faveur mais pour l’étiquette. Et toutes les dissidences s’y sont cassé les dents. Jean Claude Martinez, célèbre leader du FN a, cette année encore, tenté de récupérer une part de l’extrême-droite sans succès.

Le score FN n’est en aucun cas le résultat d’une activité politique de ses militants, mais le simple produit des échecs des autres forces politiques, sur la base répétée et martelée : nous sommes seuls contre tous ! Ce simple positionnement qui a quarante ans d’âge pour le FN, est une des bases de toute extrême-droite. Dès le départ certains ont voulu croire que le FN n’était qu’une variante de la droite, ou l’inverse, car comme on n’arrive au pouvoir en France que par des alliances le Fn allait finir par se plier aux normes classiques. Aucun parti n’a jamais gouverné seul mais le FN prétend gouverner seul car gouverner n’est pas son premier souci ! Ce qui plaît assez…

Donc le FN attend les fautes des adversaires et il récolte d’autant plus que tous les adversaires ne savent que taper à côté pour le contrer (une leçon de l’histoire vu qu’il est toujours là).

 

Le PS veut encore rêver

Les dirigeants du PS ne le disent pas mais ils continuent de rêver. En 2009, même dans la région très socialiste qu’est le Grand Sud-Ouest, Kader Arif faisait 17,7% soit presque 10% de moins que l’UMP, et aujourd’hui, avec 15,7% il est à moins de 3% de la même UMP ! Or après l’échec de 2009… ce fut le succès de 2012 ! Preuve supplémentaire qu’il ne faut jamais tirer des leçons trop rapides d’une élection européenne.

Le résultat du PS de 2009 ne doit pas faire oublier que dans le même temps un de ses alliés classiques, le candidat José Bové, avait fait 15,8% et qu’il est tombé à 11,4% (perdant ainsi un élu). Une chute cependant faible pour ce parti qui n’a que de faibles relais dans les municipalités et qui aurait pu payer sa participation gouvernementale. Quand on met face à face l’appareil politique du PS-PRG et celui d’EELV c’est bien Goliath face à David.

Bref, si l’UMP a de la réserve avec l’alliance au centre, le PS est pris en tenaille. Après 202 j’avais cru à une refondation de ce parti, style Congrès d’Epinay en unissant radicaux, une frange des Verts, une frange du PCF dans une nouvelle organisation. Puis la vie a continué comme avant…

 

Le Front de Gauche à la traîne

Le PS a perdu, les Verts ont perdu et le Front de Gauche aussi. On va me répondre que Mélenchon passe de 8,1 à 8,5% ce qui est loin d’un K.O. Sauf qu’en 2009 le FdeG faisait ses premiers pas et depuis, Mélenchon, puisque dans notre région il est en tête de liste, a été sur tous les fronts… pour en arriver à stagner. De plus, ce tableau serait injuste sans un coup d’œil au score du NPA. En 2009, Myriam Martin, alors tête de liste ce parti, avait passé la barre des 5,% en talonnant le FN : 5,6 contre 5,9. Depuis elle a rejoint le FdeG ,et le NPA dans la région tombe à 0,5% (faute de moyens il n’a pas pu envoyer bulletins et profession de foi) sans que Mélenchon ne récupère une voix ! Pire, Myriam Martin, envoyée dans la région Est pour y conduire la liste FdeG, fait un score inférieur à celui qu’elle avait obtenu pour le seul NPA en 2009  Bref le PS n’a pas d’alliance possible sur sa gauche et le FdeG de même vu la disparition de l’extrême-gauche !

Par l’élargissement du FdeG depuis 2009, Mélenchon pouvait espérer (et espérait) récupérer au moins 4% pour arriver à frôler ou même dépasser nationalement, le score du PS. Echec.

Le score d’un parti n’a aucun sens, sans le relier à celui des autres partis. Déjà pendant la campagne, Mélenchon, en réponse à des journalistes lui disant « Mais pourquoi le FdeG ne récupère-t-il pas les déçus de François Hollande ? » a répondu deux choses : nous avons faits des erreurs et de plus notre message est plus complexe que celui du FN.

Les erreurs viendraient-elles seulement de l’allié PCF qui a fait des alliances dès le premier tour des municipales avec le PS ? Ou du même Mélenchon parti se battre aux législatives loin du Sud-Ouest qu’il représentait au parlement européen ? Les erreurs sont multiples… mais qui veut les éclaircir ? Sur ce point aussi, le problème n’est pas circonstanciel. Comment faire comprendre que le nationalisme du FN est contre la France ?

Pour le FN, la nouveauté réelle est apparue aux élections cantonales de 2011 quand, au deuxième tour, en se maintenant contre un candidat de droite, il rassemblait autant de voix nouvelles que quand il se maintenait contre un candidat de gauche ! Beaucoup croyait que seul l’électorat de droite pouvait se rallier au FN, contre la gauche. En fait, une partie non négligeable de l’électorat de gauche (environ 30% en se basant sur quelques exemples étudiés dont celui de Moissac), s’est mis lui aussi à préférer le FN, que le candidat PRG ou PS au second tour ! Et Hollande n’était pas au pouvoir !

Le FN est un parti où tout le monde marche d’un même pas, et le FdeG une coalition où les crocs en jambes sont monnaie courante car chacune des composantes pense détenir la bonne clef pour gagner ! Je ne dis pas qu’il faut en passer par le pouvoir personnel conforme au style FN mais qu’il faut démontrer une capacité à s’organiser autrement, quand on veut défendre un idéal de progrès humain.

En lot de consolation il y a le succès grec de Syrisa sauf que là aussi PCF et PG préfèrent ne pas être clairs. Il existe en Grèce un parti communiste le KKE qui avait deux députés au parlement européen et qui n’en aura qu’un, pendant que Syrisa passe de 1 à 6. Pour le KKE, Syrisa n’est qu’un masque adroit du capitalisme, même si ensuite au parlement européen les deux partis siègent dans le même groupe ! Quand on compare au sujet de Syrisa Wikipédia en français, espagnol et italien on comprend pourquoi Tsipras est là-bas une vraie vedette alors qu’en France il n’est évoqué que du bout des lèvres.

 

Bref, partout, sous mille formes, nous sommes face à l’émiettement du politique (en Espagne ça va jusqu’à l’émiettement du pays qui provoque un émiettement à la gauche du PSOE) et le FN apparaît comme une référence solide. Une référence qui, pour le moment, est dans le sens de l’histoire. La crise actuelle va se poursuivre, ne faisant qu’apporter de l’eau à moulin à broyer l’authentique démocratie. Personne ne peut prédire la suite et il n’y a de toute façon pas besoin de prédiction pour comprendre que la crise politique de la France a besoin d’être prise à bras de corps pour sortir des impasses. J-P Damaggio

P.S. Je me suis dispensé du mot Europe et c’est involontaire…

 

Point de vue du KKE (le parti communiste grec) sur Syrisa lisible sur son site en français : Parti communiste grec

 

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