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Les démocrates ont un mal fou pour dénoncer le fascisme surtout quand ils se définissent démocrates par les formes de la démocratie. Ils croient alors que le fascisme c’est les formes du fascisme donc sa violence très vite symbolisée par les camps de la mort. Quant aux démocrates qui conçoivent la démocratie comme une cohérence, ils imaginent dans le fascisme une cohérence contre laquelle ils argumentent. Bref, ils imaginent dans la plupart des cas que le fascisme est une dérive de la démocratie, quand il s’agit d’autre chose.
Michela Marzano[1] parlant du fascisme de Mussolini écrit : « Il renvoie à un mélange souvent incongru de nationalisme, d’anticapitalisme, de volontarisme, de modernisme et de traditionalisme et se développe pendant plus de vingt ans. » Et aussitôt, à lire ce constat, on pense à quelqu’un dans la France d’aujourd’hui … Mais avant d’en arriver à la France restons ailleurs.
Le fascisme et son étendard religieux
Dans le monde d’aujourd’hui le fascisme brandit les drapeaux religieux. Le plus visible est celui de l’islam mais les autres orthodoxies ne sont pas en reste. Je n’évoque pas ainsi les extrémismes des divers camps et leur violence qui n’est que la partie parfois visible de l’iceberg mais le retour au discours de « l’homme nouveau » qui en fait de nouveau n’est rien d’autre que celui de l’esclavage maximum. Latifa Ben Mansour[2] a démontré de façon magistrale, en comparant les discours des islamistes algériens et du nazisme, leur parenté inquiétante.
Cependant, cette étude minutieuse des discours ne signifie pas qu’il faut prêter une cohérence aux dires des auteurs. Giovanni Amendola, un libéral antifasciste attira l’attention en 1923 sur le fascisme se présentant comme une religion intégriste et intolérante : « Le fascisme a les prétentions d’une religion, les ambitions suprêmes et les intransigeances inhumaines d’une croisade religieuse. Il ne promet pas la félicité à qui refuse de se convertir, ni n’accorde le salut à qui ne se laisse pas baptiser. »[3] Le fascisme serait un totalitarisme un mot inventé par Giovanni Amendola ?
Une fois encore, la définition par la méthode (et pour un libéral pas surprenant s’il met l’accent sur le totalitarisme) ne peut pas suffire.
Voilà pourquoi le drapeau religieux n’est qu’un drapeau pour les fascistes d’Iran, de Tunisie ou d’ailleurs. La théocratie n’est que la méthode pour accéder à un pouvoir par le droit à l’amalgame, à l’incohérence, par la manipulation qui permet d’appeler « droit au débat » la propagande, et « droit au passé » l’insulte au passé. Toutes les références islamistes au passé ne sont que les références à un certain passé, jamais à celui de l’islam des lumières par exemple…
Le fascisme actuel comme religion de l’économique
« La fatalité qui apaise les sociétés, autrefois religieuse, est aujourd’hui économique. Le clocher à l’horizon fit des siècles de bons paysans – braves Vendéens dès que le tocsin vint à sonner ; il est bon aujourd’hui d’afficher le taux de change à l’entrée des bureaux. Ce n’est plus de toute éternité que le monde est immuable ; c’est que le monde est monde, comme l’économie. Et s’il n’y a qu’une réalité envisageable, ce n’est plus de toujours, c’est de partout. »
Jean-Philippe Domecq a écrit son récit[4], d’où je retiens cette citation, juste après le lundi noir du 19 octobre 1987. Qui se souvient de cette « crise » et de tant d’autres ? L’essentiel n’est plus l’histoire mais la géographie ce qui d’ailleurs nous permet de porter un regard décalé sur la campagne électorale que nous vivons. L’histoire de France, et la France sont au rendez-vous, alors qu’on nous répète en même temps que la crise venant d’ailleurs, d’une autre géographie, il faut faire avec ! Mais le point qui m’occupe n’est pas là mais sur ce glissement du religieux vers l’économique… qui fait le bonheur des religieux ! Si le marché est une religion alors les religions ont droit au festin surtout si comme la Catholique, son cœur battant en Europe est une banque !
Le fascisme est là pour détourner l’attention des vraies contradictions vers d’autres qui sont fantasmes et compagnie avec incohérences à la clef pour dire oui à tout le monde. Il s’agit de dire aux gens ce qu’ils veulent entendre ! Inversement, la droite tente d’affronter les contradictions du capitalisme à son profit quand le fascisme les balaie d’un revers de main. Une droite dépassée peut alors chercher la paix à l’ombre du fascisme.
Et le FN dans tout ça
Instinctivement le fascisme sait les difficultés que la démocratie a pour le combattre. Face à lui, les lâchetés pleuvent de tous côtés avec les plus cyniques qui espèrent en une récupération ! Et puisque économie-monde il y a, si bien qu’il y aurait une littérature-monde et que tout serait monde, le seul moyen de combattre le FN c’est de combattre le fascisme-monde. Non, l’islamisme n’est pas le fascisme qui menace la France mais tout refus de prendre en compte sa dimension mondiale, sa force de frappe financière, ses appuis populaires, c’est une première lâcheté qui en implique tant d’autres !
Et la première des lâchetés c’est de laisser croire qu’une victoire électorale du fascisme le rendrait présentable ! Qui peut être candidat en Iran ? Quels médias peuvent s’exprimer ?
La plupart des démocrates français ont refusé de soutenir les démocrates algériens pendant les années noires (et ça continue) et là se trouve une autre lâcheté qui fait la joie du fascisme local ! Toute comparaison entre le fascisme de la Ligue du Nord en Italie celui du FN en France permet de vérifier les origines nationales de chacun des fascismes ce qui ne peut pas nous faire oublier, à l’heure de la mondialisation, ses réseaux internationaux CONTRADICTOIRES. Un fascisme peut combattre un autre fascisme à son bénéfice !
Oui, le FN n’utilise plus la violence, il n’occupe plus les rues sauf sur la marge, il n’a pas réalisé les rassemblements du FdeG, et pourtant il est porteur d’un fascisme alimenté non par la société d’hier mais par la société d’aujourd’hui. Pour reprendre sans cesses les analyses indispensables, il me semble qu’il faut garder en mémoire, les distinctions politiques qui font qu’à côté du fascisme, il existe deux gauches, un centre et deux droites. Les ponts conduisant au fascisme ne sont pas seulement deux de la proximité de droite : bien des éléments de gauche ont apporté leur pierre à la mouvance sombre.
Et Sarkozy peut cautionner le FN, même lui, je ne le confonds pas avec le FN, sans prétendre que sa trajectoire politique soit terminée. Pour cette campagne, j’ai déjà donné mon sentiment sur les raisons de sa droitisation : se sachant battu, il prépare déjà la suite, ce que le PS devrait comprendre quant à ses responsabilités futures !
26 04 2012 J-P Damaggio
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