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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 21:55

C’est sans doute la première fois qu’un tel débat avait lieu à Montauban et je remercie d’autant plus la dizaine de personnes présentes.

La présentation a été brièvement faite en quatre points :

- l’intérêt de l’histoire locale confrontée à l’histoire nationale : quand on sait que l’actuel Musée Ingres était l’évêché, c’est une manière concrète de comprendre la puissance de l’église et comme il a été indiqué dans le débat quand on sait que l’évêque de choc Tonnelier de Breteuil a en plus fait construire un château considérable, cette puissance s’ajoutant à tant d’autres était énorme.

- les événements du 10 mai : après une élection municipale qui voit l’élection d’un marquis (je suis preneur d’autres exemples équivalent en France) la nouvelle municipalité royaliste souhaite s’emparer de la garde nationale. Elle y réussit le 10 mai grâce à une émeute populaire ! Comment les révolutionnaires allaient-ils réagir ? Finalement l’Assemblée nationale destitue la municipalité le 31 juillet après le passage d’un médiateur qui calme les esprits mais surtout après des affrontements considérables dans la presse.

- les explications : la sociologie de Montauban fait que les patrons protestants qui sont du côté de la République (et qui contrôlent la garde nationale) n’emportent pas l’adhésion des ouvriers à la dite République, ouvriers qui sont catholiques sincères et qui vont donc appuyer l’aristocratie au nom de la défense du catholicisme comme religion d’Etat. Cet événement va convaincre le pasteur Jeanbon Saint-André (comme beaucoup d’autres) d’entrer dans la lutte politique. Les événements du 10 l’obligent, comme des centaines d’autres Montalbanais, à se replier d’abord à Toulouse puis à Bordeaux.

- cet événement sera fondateur de l’identité du Montauban moderne où un courant légitimiste sera toujours très fort et face à lui les « républicains » au sens large seront toujours obligés de s’unir pour ne pas subir la loi de la réaction. Cette situation, en obligeant chacun à se positionner, va influer également sur l’identité des villes voisines : Toulouse, Castelsarrasin, Moissac.

Dans le débat plusieurs questions ont permis de cerner ces quelques pistes.

 D’abord quelques questions techniques : pourquoi la municipalité tient absolument à s’emparer de la direction de la garde nationale ?

- cette force armée bourgeoise car il fallait être assez riche pour se payer l’équipement, pouvait devenir un obstacle pour des hommes ayant en vue la contre-révolution.

- la municipalité avait déjà obtenue d’avoir seule les clefs des arsenaux pour déjà contrôler l’activité de la garde nationale. Il existait d’autre « forces de l’ordre » mais les régiments de l’armée, présent à Montauban, étaient-ils fiables pour les révolutionnaires ? N’étaient-ils pas surtout les héritiers de l’Ancien régime ?

Bref l’enjeu consistant à contrôler les hommes en arme était fondamental.

 Le 10 mai, une guerre de religion ?

Les questions religieuses qui ont toujours marqué l’histoire de la ville avant, pendant et après la révolution, presque jusqu’à nos jours, ont été en effet au cœur des événements mais ne furent pas à mon sens l’enjeu même des événements.

D’une part les catholiques ne formaient pas une communauté d’opinions : ce sont les maîtres de cette contre-révolution qui auraient aimé masquer l’enjeu global sous le seul aspect religieux. En choisissant le 10 mai pour aller devant les églises faire l’inventaire, en mobilisant les femmes, l’intention était d’alimenter la guerre religieuse : mais comment faire oublier que le président de la garde nationale était un catholique ? Pourquoi le peuple sincèrement catholique de Montauban aurait-il oublié la signification du luxe de l’évêque ?

Côté protestant les divisions ne sont pas et ne seront pas moindres. Dès le départ le protestantisme est habité par des intérêts différents entre ceux de la noblesse militaires, ceux de la bourgeoisie, ceux du peuple croyant et ceux du clergé. Mary-Lafon en fait une belle démonstration pour la ville de Montauban. Entre le patron protestant et l’ouvrier protestant les intérêts religieux ne pouvaient pas totalement supplanter les intérêts sociaux. D’ailleurs les ouvriers protestants devaient être plus rares que les paysans protestants.

 Le 10 mai émeute spontanée ou dirigée ?

L’un n’empêche pas l’autre et l’un ne peut effacer l’autre.

Pour certaines interprétations, la municipalité aurait été débordée. Il y aurait eu cette émeute, elle aurait donné les clefs des arsenaux sous la pression populaire, et elle prétend même qu’ensuite elle aurait réussi à rétablir l’ordre.

Si j’ai publié les documents de l’époque c’est pour que chacun se fasse son idée à la lecture des arguments des deux camps sans donner ma propre interprétation. Mais aujourd’hui à la lumière de mes lectures et réflexions, je n’ai aucun doute : il y a eu un complot qui, sans la réaction des Bordelais, aurait pu gagner d’autres villes afin de faire céder l’Assemblée nationale dans sa marche en avant, révolutionnaire. Le document que la municipalité publie le 11 mai vise à masquer la réalité du nouveau pouvoir en place : elle ne dit pas que Dupuy-Monbrun a été obligé de fuir ! Comment le commandant de la garde nationale peut-il fuir alors qu’en principe il dirige les forces de  l’ordre ? La municipalité parle d’une ville devenue tranquille sans dire qu’elle s’est vidée de tous les éléments révolutionnaires. La mayonnaise aurait pu ne pas prendre ou prendre un peu moins mais du début à la fin il s’en est trouvé quelques-uns à battre les œufs !

 Le 10 mai clarificateur des débats régionaux ?

La compétition constante entre Toulouse et Montauban a fait que le 10 mai la garde nationale de Toulouse s’est bien gardée de passer à l’action pour défendre le Montauban républicain. Inversement celle de Moissac a voté tout de suite le soutien à Montauban. A Castelsarrasin l’hésitation fut grande et c’est là qu’on mesure l’importance de la décision bordelaise : elle fait pencher la balance du côté des patriotes.

 Le 10 mai et Jeanbon Saint-André

Deux lettres du pasteur protestant, trouvées par Guy Astoul, montrent les violences dont sa femme a été victime. Il va alors devenir comme bien d’autres, un homme engagé dans la défense de la cause publique. Il gardera toute sa vie le souvenir de ce moment crucial et à chaque contre-révolution qu’il affrontera il aura la même explication quez pour le 10 mai : la population a été achetée, trompée et manipulée. Ce qui est vrai mais pas totalement.

 L’identité de Montauban

C’est une question qui mériterait une étude spécifique mais les quelques connaissances accumulées sur l’histoire de la ville montrent que périodiquement, au moment des crises, le royalisme prenant ensuite les formes du légitimisme relèvera la tête. Le Ralliement, journal royaliste durera en Tarn-et-Garonne jusqu’au début des années 1920 et tant qu’il vivra le célèbre historien Edouard Forestié en sera une cheville ouvrière.

 Révolution/ contre-révolution

Mon point de vue : c’est la mise en marche d’une contre-révolution qui prouve la nature même de la révolution et inversement la dite révolution, suivant les intelligences qui l’animent, va donner sa forme à la contre-révolution.

Quelqu’un propose de parler plutôt d’action et de réaction car parfois le mot de révolution n’a pas un sens très clair.

Et en effet la discussion sur le sens ne pouvait se régler à la conclusion de ce débat, mais l’exemple du 10 mai à Montauban nous rappelle concrètement qu’il y a bien révolution et qu’en face les contre-révolutionnaires ne restent pas l’arme au pied… c’est le cas de le dire. Toute tentative - au nom de la juste discussion sur le sens - de masquer l’existence même de la révolution, est une des dimensions classiques de la contre-révolution… le jour où elle finit par l’emporter. D’ailleurs l’ère des révolutions ne serait-elle pas révolue même si dans quelques pays elle fait l’actualité quotidienne ? Marx, en pensant un projet révolutionnaire, avait jugé indispensable de penser le projet contre-révolutionnaire à qui il n’était possible de s’opposer que par l’usage de la dictature du prolétariat. Mais Marx… Jean-Paul Damaggio

 

P.S. : De retour à la maison je tombe sur LCP sur une documentaire présentant l’époque de l’unité populaire au Chili… avec à la clef la contre-révolution que l’on sait. Dans le débat quelqu’un a fait observer qu’avec Cuba on a l’exemple d’une révolution sans contre-révolution. L’assassinat d’Allende visait plus que le Chili...

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