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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 10:15

porte-an-2000.jpg

 

Pour cet article indiquons que nous sommes à Montauban juste après l’élection de Brigitte Barèges comme maire. Suite à quelques hésitations elle portera plainte à son tour. Mais l’affaire sera, pénalement, sans suite faute de preuves. Les films qui ont été pris furent sans doute perdus… Imaginez une telle destruction par 100 jeunes, vous connaissez la suite… JPD



Point gauche ! n°57 janvier 2002
Un monument en miettes

 

Dès le mardi 11, le Petit Journal nous informe : « A l'heure où nous mettons sous presse, la manifestation n'a pas commencé, nous y reviendrons très largement dans notre édition de jeudi en espérant qu'elle se déroulera dans le calme. » Il s'agissait d'une manif annoncée de la FDSEA et du CNJA au sujet des éleveurs bovins.
En fait pendant que le journal était sous presse les manifestants décidaient de pousser plus loin la violence des « Nuits de l'ours » en détruisant des arbres et un monument (la Porte de l'an 2000 réalisée par Serhge Martin-Robin). Ce type d'action nocturne s'inscrit dans une démarche locale de pression sur les élus avec des défilés de tracteurs à minuit ici ou là. Après des actions diverses dans le département, il fallait taper fort au chef-lieu. Le mardi matin, le rond-point avait perdu la statue de Martin-Robin « la Porte de l'an 2000 », des blocs de pierre impressionnants, impossible à démonter avec une pince à épiler (ni avec un simple tracteur) (1). Le lendemain le sculpteur citoyen Christian-André Acquier réagissait par une lettre sans concession dirigée contre les casseurs (comparés à des talibans) et appelait à une réunion publique pour le samedi suivant. Le succès de cette initiative dépassa tous les espoirs et l'affaire prit une tournure politique le lundi suivant, quand, au conseil municipal, Roland Garrigues au nom des élus de l'opposition demanda, avant toute discussion, la démission de deux adjoints présents sur la manifestation (2). Nous étions déjà le 17 décembre. Nous allons à présent étudier deux choses : l'explication «officielle» sur la destruction, et la réaction de Christian-André Acquier.

L'explication officielle
Parce qu'il vaut mieux s'adresser à Dieu qu'à ses Saints, cherchons dans l'Action Agricole (voir notre précédent numéro pour connaître ce journal), sous la plume du président de la Chambre d'agriculture (Philippe de Vergnette), l'explication officielle.
« S'il est vrai que la manifestation du lundi 10 décembre a connu certains débordements, ceux-ci étaient somme toute prévisible.» La destruction devient un débordement et la phrase n'est pas gentille pour le Préfet qui aurait dû le prévoir et l'empêcher. «Débordement» un mot qui sera repris.
Il est dit également : «Monsieur Garrigues qui est intervenu à la Chambre des députés pour demander la condamnation des éleveurs du département ..." Après le préfet, le président de la Chambre d’agriculture veut enfoncer le député par un amalgame odieux : ce ne sont pas des éleveurs dont la condamnation est demandée, mais les casseurs, à moins que tous les éleveurs soient les casseurs. Cette pratique de l'amalgame fera école.
Monsieur le président de la Chambre d'Agriculture ne s'abaisse pas à attaquer un modeste sculpteur, il laisse cette tâche aux sous-fifres qu'il faut à présent consulter.

Le CDJA juge la réaction de Christian-André Acquier
Dans l'Action Agricole le président du Centre Départemental des Jeunes Agriculteurs (la branche jeune de la FDSEA) n'a même pas le mot de débordement : « Les agriculteurs n'avaient pas l'intention de dégrader des biens publics à tout prix mais voulaient alerter les pouvoirs publics sur la situation catastrophique des éleveurs (3).»
Au moment de la rédaction de l'article ce président n'avait pas conscience de l'ampleur de la riposte à la destruction, qu'il ne mentionne même pas. Ce n'est qu'ensuite qu'il rédigera un communiqué publié par le Petit Journal du 15 décembre qu’il en vient à la uestion de Christian-André Acquier.
« les agriculteurs ont été comparés à de vrais talibans. »
Dès la première ligne nous retrouvons le même principe de l'amalgame avec en plus l'adjectif « vrai » car imaginez, si les agriculteurs avaient été comparés à des faux ! Le communiqué est une réplique à la lettre du sculpteur où l'on attend le mot « débordement ». Il ne viendra même pas !
« Vous nous accusez de « négation de la pensée » mais nous pouvons vous accuser, à notre tour, de négation de l'agriculteur et donc de l'être humain (car l'agriculteur en est bien un malgré ce que vous semblez penser) ! »
Encore et toujours le même amalgame casseur- agriculteur. Par contre le mot débordement vient dans le communiqué de la FDSEA :
« Même s'il faut reconnaître que des débordements ont eu lieu il apparaît nécessaire de comprendre l'action de personnes plongées dans le plus profond désarroi.».
Or, juste avant, le communiqué justifie la démolition de la statue :
« Les manifestants qui ont abattu la porte de l'an 2000 ont voulu symboliquement ouvrir le 3e millénaire au monde paysan que M. Glavany semble lui refuser.»
Etrange explication !

Une autre présentation des faits
Retour à l'Action Agricole et aux propos de son directeur si l'on en croit les initiales de C.P au bas de l'article. (Paul Couronne).
« ... La nuit de l'ours s'est brusquement enflammée sans que les responsables n'aient donné de consigne. Pas plus pour l'initiative de quelques individus qui avaient décidé d'abattre un monument proche de la Préfecture et de s'en prendre aux platanes voisins. Le tout sous le regard impassible des forces de l'ordre qui n'avaient manifestement pas reçu l'ordre d'intervenir».
C’est une tentative de séparer responsables et coupables. Dans une manifestation la déontologie est connue : les organisateurs sont les responsables ! La Confédération paysanne en sait quelque chose. Dernièrement à Auch furent jugés des responsables d'associations qui avaient soutenu une action contre le transgénique, sans souci de savoir s’ils étaient présents sur l'action. Pour la FNSEA et ses associés la loi serait-elle différente ?

Un ancien député se mêle à la polémique
Dans le Petit Journal du 22 décembre, Jacques Briat vient au secours de ses amis avec un titre choc : « Les agriculteurs ne sont pas des talibans ». Il se scandalise qu’enfin le préfet et le président du Conseil général aient porté plainte contre la destruction de biens publics ! Après des propos à l’incohérence alarmante voici une belle conclusion :
« Quant à l'immense perte culturelle que représente la disparition de la « Porte de l'an 2000 » nous nous en consoleront (sic). Nous faisons confiance à Brigitte Barèges et son équipe pour remplacer avantageusement et a (sic) moindre (sic) frais cette œuvre dispendieusement étriquée. »
Totalement incroyable ! Détruisez, détruisez et les fonds publics, à moindres frais il est vrai, installeront un art officiel. Dans notre journal nous n'avons pas craint la polémique sur les goûts artistiques et j'avoue sans hésiter que je n'aime pas Médiaman et j'aimais peu « La porte de l’an 2000 ». A Castelsarrasin j'ai horreur d’une sculpture placée devant la mairie, mais toute destruction volontaire d'une œuvre d'art est intolérable. En conséquence nous reprenons avec plaisir la conclusion de la lettre de Christian-André Acquier :
« En tant qu'artiste-auteur, mais aussi et surtout en tant que citoyen d'un monde que je sais vacillant et incertain, je suis profondément choqué et douloureusement bouleversé. Toute violence volontaire faite à une œuvre d'art est une blessure infligée à la conscience humaine. Ontologiquement accordé au fond commun, le respect des œuvres de l'esprit se conjugue avec la liberté de conscience individuelle. Au-delà de quoi, il n'y a plus d'humanité sinon que de sauvagerie. Détruire une œuvre d'art, c'est la voie ouverte à toutes les barbaries, c'est atteindre au plus profond, à la quintessence du génie humain. C'est l'esprit que l'on mutile, c'est la pensée que l'on tue ! C'est désespérant et intolérable ! »
Il faut que justice soit faite et nous suivrons le dossier de près (4).
Jean-Paul Damaggio janvier 2002

(1)    Le monument représentait onze blocs de pierre calcaire.
(2)    Interrogé sur sa présence au sein des manifestants, l’adjoint municipal Didier Padié, agriculteur de métier, a reconnu « ne pas être tout à fait d'accord avec ça », faisant référence aux agissements de certains manifestants.
(3)    « En 8 ans, prés de 200.000 agriculteurs ont disparu et les pouvoirs publics ne font rien pour stopper cette hémorragie. » déclare une personne qui soutient les pouvoirs publics depuis des années !
(4)    La DRAC avait indiqué : « Il m'appartient d'attirer votre attention sur la nécessité de respecter le droit moral de l'auteur de la sculpture et de veiller à ce titre, à ce qu'elle soit restaurée si cela est encore possible, ou remplacée par une œuvre du même artiste et que ce dernier soit dédommagé du préjudice subi». Bilan, dix ans après ?

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