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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 10:31

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Photo : Titre d’un long entretien avec Vargas Llosa publié dans El Pais du 15 avril 2012

 

En présentant l’écrivain néo-libéral Vargas Llosa à quelques jours d’une élection présidentielle n’avais-je pas mieux à faire ? A la Librairie Deloche à Montauban une question m’a été posée que je résume ainsi : la séduction de l’art de Vargas Llosa ne peut-elle conduire à soutenir ses idées ? Ou pour le dire autrement : comment être en désaccord politique avec un romancier que pourtant on apprécie ?

 

En guise de réponse je vais prendre un exemple. Comme l’indique le titre de cet entretien (voir photo) Vargas Llosa vient de publier un livre « la civilisation du spectacle » où il dénonce la politique comme corruption, l’art comme simple divertissement, le journalisme comme presse à sensation etc. Bref, nos sociétés mettraient à mal la culture, élément pourtant supérieur de tout humanisme. Que répondre ?

 

1 ) Première réponse pour quelqu’un qui veut combattre le capitalisme : Vargas Llosa ne va pas au bout de sa pensée car une telle critique devrait le conduire à rejeter le capitalisme qui est la cause du mal. Le lire pourrait donc permettre de puiser des arguments pour contester sa référence constante au philosophe Karl Popper. C’est là s’inscrire dans un partage des rôles voulu par l’idéologie dominante car nous vivons dans un univers où les maîtres savent offrir une place à leurs adversaires. Lui d’un côté, et nous de l’autre. Le but de ma présentation était justement d’aller contre cette première réponse qui a l’inconvénient de valider son constat et donc de lui donner raison en partie. Oui, je dis avec lui, la politique se fait corruption, mais cette analyse est partielle et donc partiale ! Et pourtant, ils sont, dans le camp de la gauche, des milliers à considérer, soit que la politique est corruption, soit que la question de la corruption est secondaire. OR LA QUESTION N’EST PAS CELLE DE LA CORRUPTION !

 

2 ) Quelle autre réponse ? Sur l’exemple donné, il suffit de lire Vazquez Montalban pour trouver l’explication : LA QUESTION EST CELLE DES CORRUPTEURS ! Sur ce point comme sur des tas d’autres, à lire Vargas Llosa le lecteur est incité à chercher une analyse qui aille au-delà du constat proposé, au-delà de l’œuvre proposé. Vargas Llosa, par son intelligence, OBLIGE un révolutionnaire à aller au-delà de lui-même. La position du révolutionnaire n’est pas une position donnée comme le voudrait l’idéologie dominante mais une invention permanente. Il n’y a de révolution que dans la révolution de la révolution car nous sommes face à un système capitaliste en perpétuel mouvement.

 

3 ) Pour expliquer que la politique se fait corruption Vargas Llosa prend un exemple ordinaire. Un chauffeur de taxi dit qu’il soutient Fujimori et à la question « pourquoi défendre un voleur ? » il répond : « Parce qu’il a volé juste le nécessaire. » ce qui sous-entend pour cet homme comme pour des milliers de citoyens, l’indifférence morale face au dirigeant politique. Le mauvais politique volerait trop, et le bon serait celui qui est raisonnable dans un système où ne pas voler pour un président, serait idiot !

Voici la réponse classique du révolutionnaire : par essence, dans le système, les dirigeants politiques volent les travailleurs par la plus-value extorquée, sauf que Marx a démontré que la propriété ce n’est pas le vol. Face à la corruption, il faut d’abord mentionner le corrupteur et ensuite chercher qui il est. Il faut donc déplacer les lignes de partage officielles pour éviter de pousser indirectement (ou directement) dans le sens d’une seule amélioration du système. La social-démocratie n’a jamais été pour moi une « trahison » mais la traduction pratique du fait que le système actuel peut s’améliorer, quand des tas d’autres systèmes précédents ne pouvaient pas s’amender (on n’amende pas le système Pinochet).

Quand Sarkozy a annoncé qu’il fallait « moraliser le système capitaliste » il n’a fait que jouer la carte social-démocrate en sachant qu’en effet le système peut s’amender. Il ne pouvait qu’échouer (malgré sa tactique de l’ouverture) non parce que la moralisation est impossible mais parce que ce « rôle » revient à son adversaire, dans le cadre du système, le PS. Vargas Llosa que des adversaires idiots traitent de fascistes, a soutenu Lula, Michelle Bachelet et aujourd’hui le gouvernement pro Lula du Pérou. Quand on analyse la politique de Lula il serait bon de penser à ce soutien de l’écrivain péruvien.

 

4 ) Bref, je me considère souvent en porte-à-faux, surtout quand je découvre chez quelqu’un comme Vargas Llosa une cohérence parfaite et donc convaincante, alors qu’en face, fréquemment, l’incohérence est de rigueur ! J’ai donc été très heureux d’avoir pu présenter Vargas Llosa et son cher Pérou.

A suivre. Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans littérature
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