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Vendredi 13 juillet 2012 5 13 /07 /Juil /2012 15:13

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L’homme de la photo, qui brandit un beau bouquet de fleurs devant le théâtre des Carmes, c’est un nouveau Caubère doté d’une petite barbe et moustache peut-être pour se sentir encore mieux le personnage qu’il vient de jouer, à savoir André Suarès.

 

En 1990 mon été était paisible et j’ai pu me payer le luxe de lire une biographie au titre engageant :L’insurgé. Un journaliste sportif (Robert Parienté) présenta alors la vie d’André Suarès que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. J’ai alors découvert qu’on pouvait être de droite et s’insurger sans tomber dans l’extrême-droite. De quelle insurrection s’agit-il alors ?

Plus tard, le 6 janvier 1992, Jean-Pierre Léonardini présenta le livre sous ce titre : «Portrait d’un intraitable» dans l’Humanité, et peut-être est-ce ainsi que Caubère découvrit le Marseillais oublié ?

Et portant à la scène,Marsilho de Suarès, l’acteur Caubère a pris quelques risques. Suarès a surtout écrit sur Venise, Florence et Sienne car il fut surtout un amoureux de l’Italie. De l’Italie ai-je écrit ? Mais aussitôt s’impose cette question : de quelle Italie ? Car pour l’Italie comme pour Marseille, Suarès déteste autant qu’il aime ! Et il y a fort à craindre que certains n’aient entendu de Suarès qu’une branche et pas l’autre !

Pour comprendre, cette citation de Suarès reprise de Vues sur l’Europe :

« Il est une façon de penser, de sentir et parfois même d’agir qu’on peut appeler « miéterrane », c’est-à-dire propre à tous les peuples de la Méditerranée. Je trouve le mot dans Mistral, qui en est la conscience la plus ardente et l’interprète le plus admirable. En quoi, il est bien le génie de la Provence, et son poète. ? Car la Provence, quoiqu’on veuille en faire, au gré des systèmes et des partis, est grecque d’esprit bien plus que romaine ; çà et là, elle est d’oïl aussi, et sarrasine, et ligure et celte, et profondément chrétienne de sentiment. »

 

Dans le texte sur Marseille, le terme « miéterran » est également présent tout comme une présentation minutieuse du parler de la ville qui se distingue du parler provençal et cette distinction aurait pu éclairer Suarès sur l’écart entre Mistral et Gélu.

 

Le souci de ce mot doit nous ramener au principe essentiel de Suarès : « L’esprit aura raison du nombre. Et il faut que le nombre le sache, avant qu’il soit trop tard. Et si, d’aventure, le nombre avait raison de l’esprit, c’en serait fait de l’humanité. »

 

Pour un défenseur de la classe ouvrière, qui a le nombre pour elle, cette exaltation de l’individu a de quoi inquiéter, une exaltation qui n’est rien d’autre que celle de la poésie. Mais que peu la poésie contre l’argent, la guerre, les masses etc ?

 

Le Marseille détesté est celui de sa famille, celui de l’argent, de la Bourse, du commerce, de la Bourgeoisie qui a installé l’infâme lupanar dans les maisons qui hier étaient celle des aristocrates. L’aristocrate cher à Suarès n’est pas le seigneur exploitant les paysans mais l’homme de la distinction. Et pas étonnant si la classe ouvrière a été une classe visible tant qu’elle a eu son aristocratie pour la représenter.

 

Mais comment mettre en scène un texte de Suarès absolument pas fait par le théâtre où les images fusent au rythme d’une rafale de mitraillette ? J’ose imaginer que l’acteur Caubère a été pris par cette folie en lisant la présentation du mistral ! Il s’est aussitôt vu comme le mistral sur scène. Racontant sa vie, il avait déjà fait le mistral mais un mistral ordinaire or là ce vent devenait une épopée à la dimension de tout ce que Suarès ressentait pour la ville. Un vent qui soulage autant qu’il oppresse. Oui, un acteur faisant le vent sans autre outil que sa veste !

 

Le pari du spectacle sera gagné si les spectateurs sont renvoyés vers les textes de Suarès, un homme dont je n’ai pas encore compris les ressorts de l’amitié avec Bourdelle.

Pour joindre l’acte à la parole voici un des chapitres de Vues sur l’Europe. Il aide à comprendre Suarès. Sur ce point aussi sa position va d’un extrême à l’autre : « tantôt celui du héros viril, tantôt celui de la jeune fille». Jean-Paul Damaggio

 

Italie par André Suarès

"Que dirai-je encore de l'Italie? Je l'ai chérie comme une sœur merveilleuse, qu'on aime assez pour en faire une maîtresse. Je l'aime toujours. Ma nourrice était de Prato, et sa sœur a nourri mon frère. Un ancien prêtre de Lucques m'a initié au rudiment, et le bon vieil homme avait pour moi l'affection de l'oncle le plus indulgent et le plus tendre : il était de ces quatre ou cinq humanistes que j'ai connus dans mon enfance, qui m'ont entouré d'une admiration si douce et si charmante que toute autre depuis m'a paru bien vaine et bien peu sincère. Villanova, de Florence, fut ensuite mon précepteur pour le latin. J'ai toujours entendu parler italien, du temps que j'étais enfant. Mon père ne savait pas moins Dante que Virgile, et il en récitait bien des vers. Une de mes grand'mères était Marini en son nom, et sa famille venait de Venise. J'ai su que deux ou trois cousins éloignés ont conspiré pour la délivrance de L'Italie au temps du Risorgimento, et l'un d'eux au moins a payé son zèle de sa vie.

Dans mon premier voyage en Italie, quand je sortais à peine de la Sorbonne, j'ai vécu plus de dix mois, et j'ai couru l'Italie à pied, entre Gênes et Sélinonte, avec moins de quarante sous par jour, pour le vivre et le couvert. J'ai vécu en toute vérité d’amour, de vin pur et d’eau fraîche. Tant la passion de l'Italie, tant la joie d'y être, et la douleur d'y trop tendrement souffrir, m'ont servi de puissante nature.

Qu'on puisse aujourd'hui me travestir en ennemi de l'Italie me semble si lourd, si faux, si ridicule, que je ne veux pas m'en indigner; mais j'ai le droit d'en rire.

J'ai écrit sur l'Italie les livres de l'amour le plus ardent et le plus vrai, qui est tantôt celui du héros viril, tantôt celui de la jeune fille. Voyage du Condottiere, qu'on aime ou non cet ouvrage, est un grand poème en trois chants à la nature, à l'art, à l'éternelle beauté de l'Italie. Et j'y balaie avec ironie tout ce qui corrompt cette admirable image, tout ce qui l'abaisse, la rend vulgaire, et la ravale au goût mercenaire des sbires et de serfs avilis.

Des trois volumes, l'un est la sensation pure l’autre l'intelligence, et le dernier l'amour passionné : Venise, Florence et Sienne.

Voilà pourtant l'œuvre que les Italiens méconnaissent. N'importe quel centon de citations ou d'hymnes médiocres, d'opinions toutes faites, rencontre leur faveur et leur agrément. Mes livres, non. Bien plus, ils me font haïr, et de sauvages bouffons me menacent de mort assez souvent, avec un torrent d'injures, par lettres ou autrement.

Une sœur merveilleuse, disais-je? Mais quoi de plus funeste et de plus injuste qu'une sœur ennemie ?"

Par éditions la brochure - Publié dans : occitanie - Communauté : Le Sarmiento
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