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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:21

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Sur la photo, dans le jardin du Théâtre des Halles, une heure après la première de son dernier spectacle, en robe blanche, Darina Al Joundi qui discute avec des amis, se cache le visage, peut-être à cause d’un fou rire. Elle s’avancera vers nous, Marie-France la félicitera, moi aussi, et en réponse à notre question, elle nous indique que sa pièce sera sans doute publiée comme la précédente chez Actes sud mais sous la forme théâtrale.

 

Nous étions à la première en 2007. Nous y étions encore à la première en 2012. Cinq ans déjà. Pour une histoire presque toujours la même : la comédienne libanaise raconte sa vie et en cinq ans en effet, il s’en est passé des choses.

Seule sur scène, ce n’est pas pour autant une one women show : l’histoire est celle d’un rêve très fortement partagé. Elle mêle cette fois une double vie : celle d’hier au Liban et celle d’aujourd’hui en France pour obtenir des papiers.

L’histoire d’hier ? Une femme qui part faire un film sur les autres femmes et en découvre les souffrances, souffrances qui paradoxalement lui permettront de tenir, d’espérer et de se battre. Au Liban son comportement a été classé dans le genre folie car elle refuse les principes de la religion, se voulant une femme libre.

Conséquence tragique : elle doit fuir, mais témoignage réel où inventé, cette fuite n’est pas pour partir n’importe où. Elle cherche un pays où elle pourra échapper à ses « bourreaux ». Au Québec, le premier pays qui lui est conseillé, c'est trop froid. Aux USA ? Elle y va et découvre que si vous devez entrer à l’hôpital, sans 2000 dollars à payer de suite, vous êtes rejetés. Elle se décide pour la France.

Là avec son compagnon, elle comprend qu’il serait bien qu’elle devienne française. C’est le parcours pour obtenir la naturalisation. Terme dont elle fait sonner la dimension paradoxale. Un enfant naturel est le fait d’un enfant né de la nature. La naturalisation est le contraire du fait naturel puisque c’est un fait politique. Sur le dictionnaire d’Alain Rey je lis : naturaliser dérivé savant du latin naturalis sans son sens juridique « rendre légalement citoyen d’une nation ». Le terme est le même en anglais, italien et espagnol. Mais pour empailler où nous utilisons aussi naturalisation les espagnols ont disecacion.

 

Bref, l’affiche montre une carte d’identité de Darina ou on la voit tapant au carreau. Si certains pensent que des étrangers ne sont pas dignes d’êtres Français car ils ne veulent pas adopter nos coutumes, les exigences de Darina sont inverses : elle voudrait être plus Française que les Français, et demande la naturalisation à condition qu’on lui garantisse que la France restera un pays laïque.

Son théâtre est le plus politique que je connaisse en ces temps ci, puisqu’elle affichera avec rage, avec détermination son étonnement à voir le voile gagner du terrain en France, jusqu’à l’apparition de la Burka. La question n’est pas pour elle « oui ou non à une loi » mais comment des femmes peuvent-elles se laisser mettre ainsi en prison, que cette servitude soit volontaire ou pas ?

JPD

 

Point de vue de Jack Dion de Marianne

Elle est seule en scène, vêtue d’une robe dont le bleu rappelle le drapeau tricolore. Elle s’appelle Darina Al Joundi, mais on la surnomme Noun. Signes particuliers ? Née au Liban d’un père syrien, candidate à l’émigration en France pour cause de chasse aux sorcières féministes dans son propre pays.

Noun est l’une de ces voix arabes qui n’ont de cesse de dénoncer ceux qui réinterprètent l’islam pour en faire une machine à transformer les femmes en animaux de compagnie. Longtemps, elle a résisté comme elle a pu, ravalant son honneur face à ceux qui la traitaient de « putain » pour son sens intransigeant de la liberté. Puis elle a craqué. Elle a décidé d’émigrer, jetant son dévolu sur la France, pays des droits de l’homme et d’un climat aussi tempéré que la démocratie. Elle raconte cette marche vers la liberté devenue le chemin de croix que connaît tout candidat à la naturalisation.

Sur scène, six panneaux à fond blanc permettent de simuler les différentes situations évoquées. Noun multiplie les allers et venues entre les souffrances avérées d’hier et les espoirs frustrés d’aujourd’hui. Aux yeux de l’administration, en effet, toute personne qui n’est pas en mesure de prouver, documents officiels à l’appui, qu’elle est descendante d’un gaulois ayant combattu avec Vercingétorix, est forcément suspecte.

Tel est le cas de Noun. Femme, arabe, musulmane, et artiste, c’est la quadruple peine. Elle a beau expliquer, se justifier, revenir à la charge avec la patience d’une nageuse traversant l’océan, il lui manque toujours quelque chose pour obtenir le sésame qui lui permettra d’obtenir «les papiers».

Pourtant, elle ne lésine pas sur les moyens. « La Marseillaise », elle la connaît par cœur, mieux que n’importe quel « Français Français », comme elle dit non sans humour. L’hymne national forme d’ailleurs le fil bleu-blanc-rouge du spectacle, au point qu’elle en chante des extraits à foison. Les droits et devoirs du citoyen, elle sait ce que c’est. Elle s’étonne même qu’au pays des Lumières, on soit si complaisant avec les adeptes d’un voile islamique dont elle connaît la symbolique pour en avoir subi les conséquences dans sa propre chair. Car Noun est d’un bloc. Elle veut les « papiers » et les principes qui vont avec.

Mais rien n’y fait. Et la coupe de la colère débordera lorsqu’on lui dira qu’elle ne peut obtenir la naturalisation tant espérée qu’à condition de renier ses origines et donc de tuer symboliquement son propre père. Alors, de rage, Noun déchirera un à un les six panneaux blancs à traverse lesquels elle se faufile depuis le début d’un spectacle mis en scène avec sobriété et efficacité par Alain Timar. Envers et contre tout, elle continuera à chanter « La Marseillaise » à défaut de pouvoir dire « Ma Marseillaise ».

 

Aux armes, citoyens dont je ne suis pas !

LE MONDE | 20.07.2012 à 12h58 • Mis à jour le 20.07.2012 à 12h58

Par Nathaniel Herzberg (Avignon, envoyé spécial)

Darina Al-Joundi est de retour à Avignon. Cinq ans après son entrée dans la Cité des papes, avec Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, la comédienne libanaise présente Ma Marseillaise. Une pièce parmi plus d'un millier offertes dans le "off", pourront penser ceux qui n'ont pas vécu le premier épisode de la saga. Les autres, qui cinq ans après s'en souviennent encore, auront nécessairement coché l'événement sur leur programme.

En 2007, Le jour où Nina Simone a cessé de chanter avait créé la stupeur. Débarquée du Liban où elle menait, loin de la scène française, une belle carrière de comédienne, Darina Al-Joundi lâchait sur la ville une bombe à fragmentation. Un texte autobiographique et terriblement impudique dans lequel elle racontait, seule en scène, les démêlés d'une femme libre, grandie dans la guerre, avec les hommes, tous les hommes, père, frères, amis, amants. Le poids des préjugés, le carcan de la religion, le poison de l'hypocrisie ne trouvaient comme antidote que l'extraordinaire appétit de vivre de l'héroïne.

Presque vide le premier jour, la salle se remplit en une semaine, par la grâce d'un bouche-à-oreille exceptionnel et de deux articles louangeurs. "Nous avons fini à guichets fermés. C'est pour ça que j'ai décidé de reprendre le spectacle l'année suivante. Rendre au public ce qu'il m'avait donné." En 2008, quatre semaines durant, les 150 fauteuils de la grande salle ne désempliront pas.

La comédienne aurait pu continuer encore un ou deux ans. Le loto avignonnais permet aux gagnants de rejouer ad vitam. "Mais je ne suis pas une vache que l'on vient traire", sourit-elle. Elle précise toutefois que, pendant quatre ans, le spectacle n'a cessé de tourner en France et dans le monde. Darina Al-Joundi en a aussi conçu un livre, traduit dans six langues.

Le voile de toutes les discordes

Il fallait tourner la page, voici donc Ma Marseillaise. Sur scène, encore et toujours Darina, ou plutôt son double, Noun. Eternelle combattante, passée par les coups, la drogue, l'hôpital psychiatrique, tête haute, verbe inoxydable face à l'intolérance masculine. Dernière-née d'une grande lignée de féministes arabes, luttant pour l'entrée des femmes à l'université, l'abolition du code de la famille, la suppression du voile, Noun livre bataille.

Sauf qu'entre-temps la résistante est devenue résidante. Elle a quitté le Liban et gagné la France. Son objectif se réduit désormais à un mot : naturalisation. Vocable qu'elle interroge avec acidité, on ne se refait pas : "Pourquoi choisir ce mot, "naturalisation", qu'est-ce que ça veut dire "naturalisation" ? Acclimatation naturelle des plantes et des animaux dans un lieu éloigné de leur région d'origine. Je dois donc bourgeonner ici comme une plante pour être naturalisée ?"

Avant le dernier entretien, Noun fait défiler son passé, on l'a compris, mais aussi son présent. Sage, elle a parfaitement appris tous les couplets de La Marseillaise, qu'elle interprète par bribes, de sa voix grave et éraillée, pendant une heure quinze de représentation. Elle s'étonne de leur contenu grégaire mais s'incline de bonne grâce. " Je suis l'immigration choisie", clame-t-elle.

Elle ne supporte pas, en revanche, les menaces qui pèsent sur la laïcité dans son nouveau pays. A commencer par le voile de toutes les discordes. "Dans mon pays on s'est battu pour s'en libérer, et ici elles se battent pour pouvoir le porter, et être la 3e ou la 4e épouse d'un homme." Raisonnement archaïque ? Elle balaie l'argument par une question : être moderne, est-ce "pouvoir répudier une femme par SMS" ?

Noun aime la France, marcher, voyager, ce qui est plus facile avec un passeport français. Noun, ou plutôt Darina, aime aussi Avignon, la ville où sa seconde vie professionnelle a commencé. "Mon lieu porte-bonheur." Pour son second spectacle, elle ne pouvait que revenir ici. A raison de dix jours de travail par mois, elle a appris à aimer l'hiver avignonnais, le mistral qui hurle dans les ruelles, le bar où elle a pris ses quartiers, les vieux habitués qui la reconnaissent.

Elle espère ainsi rééditer l'extraordinaire succès du précédent opus. Extraordinaire mais insuffisant. Le 28 juin, Darina a reçu la réponse de l'administration française à sa demande de naturalisation : négative. Motif : "Insertion professionnelle incomplète." Elle a accusé le coup. Puis elle a modifié la fin de son spectacle.

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