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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 16:15

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Après le débat de 11 h avec les Québécois il était indispensable, pour entendre un autre son de cloche, d’aller écouter à 15 h 30, l’écrivain Dany Laferrière, invité pour parler d’Haïti face à El Aswany invité à parler de l’Egypte. Comme Stanley Péan, Laferrière est un Haïtien vivant depuis longtemps au Québec donc pas question d’espérer entendre l’accent québécois. Mais l’impasse sur le printemps de Montréal était impossible.

Et le premier mot de Laferrière sera très instructif. Le présentateur insista sur la notion « tout bouge autour de nous » mais quand Laferrière aura la parole aussitôt il rectifiera en rappelant le titre de son livre : « Tout bouge autour de Moi ». Ce passage du « nous » au « je » n’est pas anecdotique comme nous allons le vérifier. D’ailleurs il insiste : « le Moi se méfie ». Le Moi est au-dessus.

 

L’écrivain continuera en effet à expliquer sa position sur le printemps québécois en disant que pour lui, ce qui l’intéresse c’est le temps long et non le temps court de l’événement. Et l’animateur, qui lui tendra la perche en précisant que comme lui les marcheurs firent beaucoup appel à leurs pieds, il fera rire la salle en disant que si, dans son art, les pieds comptent, les fesses comptent beaucoup plus, non pour les histoires de fesses, mais par le fait que l’écrivain doit rester assis. A trop marcher, qu’est-ce qu’on embrasse ? Mais à trop être observateur qu’est-ce qu’on embrasse ? Le livre « Tout bouge autour de moi » relate le séisme qu’il y a eu en Haïti, et pendant le séisme l’écrivain se met à écrire alors qu’il y a tant de choses à faire. Et il écrit les simples choses de la vie, que le journaliste ou l’analyste ne peut voir. Il est le témoin indispensable.

 

El Aswany répondra indirectement que, dans une manifestation, le « je » s’efface au profit du « nous » (jusqu’au risque de se faire tuer au Caire), et que dans cette mutation, le « je » lui-même est profondément changé (il donnera des exemples de faits qui l’ont changé).

 

En fait Laferrière, mais là aussi sans répondre directement (c’est moi qui rapproche ici des moments différents du débat), précisera que dans sa famille le mot révolution était en permanence à l’ordre du jour, et qu’en se souvenant en plus que « révolution » c’était le mot cher au dictateur Duvalier, il a conservé pour ce mot une certaine méfiance.

Et il fera alors une déclaration enflammée en faveur de la Révolution tranquille québécoise, en faveur de SA compréhension de la Révolution tranquille : tout d’un coup il a compris que ce sont les femmes de tout bord, de tout milieu social, de tous les âges qui ont construit le mur imposant cette révolution, quand elles ont décidé qu’elles ne feraient plus seize enfants pour le prétexte de la « grandeur » de la langue française, nécessitant une forte démographie face à la puissance anglo-saxonne. Et les droits des femmes passaient par une éducation échappant à l’Eglise. Une déclaration enflammée devant El Aswany qui en Egypte sait que les femmes risquent d’être sacrifiées sur l’autel de la réal-politique ?

 

Les deux écrivains se complètent sur mille points, mais en même temps se distinguent tant et plus. El Aswany est par essence l’écrivain de la démocratie ! Non que ce soit un objectif, un message voulu (tous les écrivains sur le Marathon des mots affirment la même chose : c’est l’écriture qui mène l’écrivain, plus que l’inverse) mais un constat. Autant le MOI de Laferrière est au centre de ses romans, autant le MOI de El Aswany est absent de son œuvre. Sauf que justement le MOI d’El Aswany c’est de dresser un tableau global du monde, de faire parler toutes les tendances car à la fin « la démocratie c’est la solution ». El Aswany qui vient de publier ses chroniques se terminant toutes par cette déclaration « la démocratie c’est la solution » a expliqué que c’est une réponse à la devise des Frères musulmans : « l’Islam c’est la solution ». Or l’Islam est une religion, et ne peut donc être une solution à un problème politique, sauf à promouvoir un islam politique, qui devient partout un grave problème.

 

Pour Laferrière qui a fui une dictature, la démocratie c’est de laisser seul le dictateur, mais pour lui comme pour l’animateur, la démocratie, vu ses limites en Europe et aux USA (n’est-ce pas la France qui a accueilli le dictateur Duvalier ?) est-elle vraiment la solution ?

 

Nous sommes face à deux conceptions de la démocratie : celle qui en fait un objet fixe, et celle qui fait de la démocratie, un combat permanent pour la démocratie. Tout comme le cas de l’indépendance québécoise où la question n’est pas indépendance ou pas indépendance, mais quelle indépendance ? (surtout dans le monde interdépendant que nous connaissons), on ne finira jamais de se poser la question de : quelle démocratie ?

 

Laferrière qui fait référence à un article qu’il a publié dans la Presse (Le Figaro de chez nous) a visiblement préféré ne pas se mêler de l’événement. C’est la démocratie malade qui lui permet de mettre le Moi à la place du Nous, et quand il dit, pour Haïti, que le peuple n’a jamais demandé l’aide de personne, car il sait que cette aide va de toute façon dans la poche des corrupteurs, il évacue là aussi la question politique. Il est facile de dire que « le dictateur meurt et pas le peuple » quand, faute d’avoir une vision du Nous (le peuple), on parle aisément à sa place. Ce n’est pas un reproche à l’adresse du « désengagement » qui a autant de raison d’être que l’engagement, mais un constat. JPD

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