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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 12:30

Clovis et Jeanne Hugues

Clovis Hugues

Ci-dessus deux liens parmi d’autres, sur le site de René Merle, où uk revient sur le cas de Clovis Hugues que j’ai croisé comme ami de Léon Cladel. J’en profite pour apporter ma contribution à la connaissance de ce poète. JPD

 

Clovis Hugues par René Lacôte

Lettres Françaises 1953

Clovis Hugues poète politique et félibre

QUAND les livres coulants se vendaient trois francs, on trouvait, partout pour six sous des Poésies choisies de Clovis Hugues, dont l'éditeur était la « Librairie des publications à 5 centimes » : j'en garde un exemplaire qu'un lecteur fervent fit relier. Clovis Hugues eut même le privilège de voir inaugurer de son vivant (et il mourut à 55 ans) la rue qui porte son nom, dans le XIXe arrondissement, pour honorer avec le poète du Droit au bonheur le combattant de la Commune de Marseille et le premier élu du Parti Ouvrier Français. Quel poète, après Victor Hugo qui venait de mourir, connut à cette époque une telle popularité ?

Il avait fait ses débuts poétiques au fort Saint-Nicolas, Communard de dix-neuf ans détenu pour quatre ans. Il restait le même homme à la Chambre et dans ses vers, dont la conception s'exprimait en cette formule : « La poésie n'est grande que si elle complète le rêve par l'idée, l'idée par l'action ». Ce qu'on aimait dans son œuvre était l'accent des Châtiments, mis sur-des thèmes actuels qui en renouvelaient le besoin. Comme il n'avait pas tout le génie de son Maitre, qu'importait qu'il chantât ce que tout le monde pensait ! Le critique se tire d'affaire en décrétant qu'il « délavait en vers le programme de son Parti ›, ce qui le condamna sans appel, à la faveur du mallarmisme régnant. Gustave Khan, un raffiné, ne cessait pourtant de défendre la poésie de Clovis Hugues. Il la définissait par « un mélange de talent vigoureux, d'exquise simplicité, de bonté profonde et, on peut prononcer le mot puisqu'il fut tribun, de solidarité profonde avec tout ce qui frémit de beauté au souffre d'inquiétude ou de misère ».

Clovis Hugues reste l'un des meilleurs parmi nos poètes politiques. Encore faut-il qu’on le lise, et nous en reparlerons, Il demeure à notre portée, malgré le silence dont on l'entoure encore. Lemerre a notamment une édition de Poésies choisies qui parut il y a vingt ans, assez différente d'ailleurs de son édition à six sous, établie par l'auteur afin, disait-il, que le peuple « suspende la lyre au faisceau des outils. »

On sait bien de quoi l'art pour l'art entendit triompher, et comment il y parvint quelque temps. Qui pensait à célébrer le centenaire de Clovis Hugues, que nous signalions ici, il y a un peu plus d'un an ? A peine quelques félibres, car il a laissé, dispersée et introuvable, une œuvre provençale de tout premier plan. Les raisons des félibres ne sont pas toujours bonnes, mais celles de l'Ecole des Alpillcs étaient excellentes si j'en crois la conférence admirablement documentée que fit M. Marcel Bonnet devant ce groupement. M. Bonnet est un homme patient et prudent, qui s'est mis en quête des textes les plus oubliés à seule fin d'en donner lecture. La leçon de ces textes ne peut manquer de remettre en cause, parmi les félibres abusés, l'orientation même du Félibrige depuis si longtemps faussée.

Après Mistral qui n'en est pas innocent, on a fait du Félibrige une machine de guerre fasciste. Mistral, qui supportait Clovis Hugues, ne l'aimait guère ; il transmit en héritage aux grognards de son Empire la besogne frauduleuse à faire des anthologies de l'histoire. Selon Marius André, bon apôtre, lorsque Clovis Hugues écrivait- en provençal, « le naturel de la race, -tout ce - qui fait le fond immortel de tout homme bien né reprenait le dessus et il envoyait au diable ses théories sociales et politiques françaises. ». A-t-on suffisamment colporté cette fable sans pouvoir recourir aux textes !

La poésie provençale n'est qu'une partie de l'œuvre de Clovis Hugues, mais fort importante dans ce mouvement. Il y a dans ces chants de Provence un réalisme que Mistral n'a pas. Clovis Hugues n'est pas toujours clairvoyant, mais il est aussi loin de l'idéalisme provençal de Mistral que de l'Intellectualisme occitan d'aujourd'hui. Il n'y a pas, chez lui, qu'un repos aux sources de sa vie, puisque celles-ci sont prises dans tout leur contexte social et national (et point seulement paysan selon l'Evangile de la secte) et puisque, enfin, Clovis Hugues a su donner à la poésie provençale ses plus beaux chants révolutionnaires, en occupant dans sa lutte tout le terrain du Félibrige et bien au-delà.

Dans la langue nationale, il a repris aux faussaires et remis dans sa vraie lumière l'épopée nationale de Jeanne d'Arc. Félibre, il rend leur pleine réalité aux valeurs du Félibrige, en n'abandonnant pas même à leur vanité les totems régionaux qu'il recharge d'aspirations populaires. L'olivier, puisqu'il faut bien ici un exemple, l'Olivier, l'arbre sacré de Mistral et le symbole de la terre provençale, est un symbole aussi, pour unir les hommes, au-delà de la provence.

Et peréu cantaras, troulaire, Diras la nature e per ti fraire, Qu'ensigno à la terra avuglado Dins lou sang rouge dis armodo. La Pas, la Forço e leu Travai !

(Et tu chanteras aussi, poète, —Dans la nature et pour tes frères, — L'olivier rayonnant — Qui enseigne à la terre aveuglée —Dans le sang rouge des aimées — La Paix, la Force et le Travail).

Cette conception du Félibrige était alors assez commune pour qu'avant de pouvoir l'étouffer Mistral se plaignit d'être entouré de « rouges ». C'est si vrai que, lorsque aux côtés de Clovis Hugues les Marseillais envoyèrent un deuxième socialiste révolutionnaire à la Chambre (qui n'en comptait qu'une douzaine), c'est encore un félibre qu'ils choisirent, Antide Boyer,

Est-ce donc encore un hasard si le Félibrige, utilisant à sa propre gloire un nom et quelques poèmes choisis, ne nous a jamais donné l'édition complète de l’œuvre provençale, à laquelle Clovis Hugues songeait à la veille; de sa mort sous le titre Lis Oulivado ! On sait comment tout le socialisme, et même toute idée républicaine, ont été rayés de l'histoire du Félibrige. Ils reparaissent aujourd'hui dans les travaux objectifs des chercheurs, ils reparaissent même chez quelques poètes et conteurs, et le travail de M. Bonnet n'aura pas été vain s'il aboutit à l'édition de Lis Oulivado, prévue depuis quarante-cinq ans, et qui peut si puissamment contribuer à balayer l'édifice maurrassien.

(1)        Marce Bonnet : Le citoyen Clovis Hugues, poète provençal. Eole des Alpilles. à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône).

 

 

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