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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 08:58

Voici un article du journal VVAP (Volem Viure Al Pais) sans doute du début 1981, article qu’après lecture du livre j’ai pu partager totalement aussi bien sur le plan de la description, que sur celui des observations de son auteur, Claude Sicre. Un peu difficile à suivre mais le travail de Clouscard reste cependant d’une grande actualité. JPD

 

LE CAPITALISME DE LA SÉDUCTION

Le Capitalisme de la séduction par Michel Clouscard, Editions Sociales, Automne 1981.

Le dernier livre du Gaillacois Clouscard prof de socio à Poitiers qui, dans la filière de ses autres ouvrages, L’Etre et le Code (1972), Néo-Fascisme et Idéologie du désir (Denoël 1973), Le Frivole et le Sérieux (Editions libres Hallier, 1978), poursuit ici le même objectif, dénoncer la stratégie de ce qu'il appelle la « social-démocratie libertaire" et proposer une stratégie et une éthique authentiquement socialiste.

Résumons sa thèse : le passage, dans les années 50-60, du Capitalisme Concurrentiel Libéral au capitalisme monopoliste d'Etat a comme corollaire la naissance d'une nouvelle idéologie sociale qui doit briser les anciennes valeurs liées à une économie de la rareté de la marchandise pour y substituer de nouvelles valeurs correspondant à une économie de la consommation.

L'élaboration de cette idéologie revient à l'avant-garde, née peu ou prou autour de 68 : écologisme, gauchisme, féminisme, freudo- marxisme, marginalisme. C'est celle de la jouissance, de la "consommation libidinale, ludique", comme l'appelle Clouscard, et dont l'envers, qu'elle occulte, est la surextorsion de la plus value.

La mise en place de cette idéologie se fait en plusieurs temps d'abord, habituer la jeunesse à la consommation des marchandises-signes (grâce aux surplus de l'impérialisme, et en commençant anodin, pour arriver au plus dur, du flipper à la drogue en passant par les disques, vêtements, etc.), les élever donc au rang de classe de consommateur, les fixer dans ce rôle par l'intermédiaire de la lutte des générations (qui occulte la lutte des classes) et par la revendication de permissivité (sorties, sexe, etc.) puis théoriser tous ces acquis comme "révolutionnaires", rôle des penseurs mondains (Deleuze, Guattari, Foucault, Lacan, Althusser) relayés par Libération, Actuel, Charlie-Hebdo, etc., enfin étendre ce modèle à la société toute entière (en commençant par les parents des contestataires, que les rejetons initient à la fumette).

Bien sûr, les seuls bénéficiaires de cette transformation des mœurs sont la grande et moyenne bourgeoisie, ainsi que la petite bourgeoisie moderniste née dans la production, la diffusion et la valorisation (financière et intellectuelle) des nouvelles marchandises. Y sont perdants les prolétaires, les petites bourgeoisies provinciales liées aux activités en décadence et les intellectuels organiques du Capitalisme monopoliste d’Etat.

 

Mais le discours de la « social-démocratie-libertaire » brouille les cartes pour faire croire que tout le monde est gagnant : Vitalisme et rousseauisme (mythe du bon sauvage), idéalisme et mythe de la nature (la campagne sans le travail des hommes concrets qui y peinent), valorisation de l’intuition contre l’intellectualisme chiant (c’est-à-dire contre le sérieux et les progrès de la connaissance), mythe des prolétaires "intégrés" (Marx, c'est dépassé) fleurissent un peu partout pour aboutir à ce paradoxe : ce sont les producteurs, les pères, qui sont réacs, l'adolescent consommateur et irresponsable est le martyr, le "colonisé".

 

Ecoutez autour de vous et vous y entendrez que "c'est bien vrai, les prolos sont réacs, les usines polluantes et pas bandantes, le PCF est le gardien de l'ordre moral", etc, etc... S'appuyer sur des vérités et les infléchir jusqu'à leur faire justifier des positions contraires, voilà le principe de cette idéologie, nous dit Clouscard, qui nous montre aussitôt que si les prolétaires ont effectivement accès aux biens d'équipement (qu'ils ont eux-mêmes produit) ils ne participent jamais au festin que la bourgeoisie se partage sur son dos.

 

Car il n'y a festin et jouissance d'un côté, que s'il y a, de l'autre, surextorsion de la plus value. Cadences, chômage, exil sont bien l'envers nécessaire ce festin. Les résistances aux nouveaux modèles culturels en sont aussi une preuve. Et lorsque, par malheur, cette idéologie de la jouissance pénètre les rangs du prolétariat, zone, prison, prostitution, avortements, overdose sont l'inéluctable.

Clouscard s'emploie avec talent à démonter tous les rouages de la machinerie social-démocrate en a bordant tous ses aspects (le passage sur la résidence secondaire, l'artisanat et la communauté comme corollaire à la désertification des campagnes intéressera particulièrement nos lecteurs) puis saute, un peu brusquement au plan politicien pour nous expliquer sa vision de l’avenir politique : union du centre droit et de la social-démocratie, isolement du PCF sont, d’après lui, les éléments nécessaires au triomphe de cette stratégie ; au contraire union du PCF, des classes en décadence, (petites bourgeoisies provinciales du capitalisme concurrentiel libéral) et des intellectuels révolutionnaires sont la chance du socialisme.

 

Ce livre, comme tous ceux de Clouscard, a le grand mérite d’une pensée qui sait où elle va et y va sans ambages (mais souvent sans nuances). Le travail le plus important me semble moins dans la critique de l’idéologie de la consommation libertaire que dans la Construction de ce discours, qui ne se présente jamais comme tel dans son ensemble, qui occulte ses conséquences, et qui n’apparait au grand jour que par bribes sous des formes ou des masques divers, sans convergences apparentes.

Par contre on peut reprocher à Clouscard une recherche systématique de provocation, servie par un ton bien plus polémique que théorique, et qui cache aussi mal un manque de maitrise de tous les arguments, (par exemple le féminisme ou la libération sexuelle), qu'un désir de faire scandale, c'est-à-dire de s'inscrire en fait dans cette modernité dénoncée ; lui reprocher aussi de n'avoir pas vu les derniers avatars de cette idéologie (disons depuis 75 ; Giscard a échoué dans la mise en place de cette nouvelle idéologie, et le programme de Mitterrand a bien reculé par rapport aux mêmes objectifs : la raison en est à chercher dans la dureté de la crise et au-delà, ce dont Clouscard ne parle pas, dans la position de la France dans l'échiquier politique mondial (luttes de libération dans le tiers-monde, recul des américains, etc). La social-démocratie libertaire, idéologie d'une époque de croissance et de triomphe néocolonial, n'a plus les moyens de sa politique) mais d'un autre côté il avait prévu bien des choses, cf. les ex-gauchistes dans les ministères) ; d'avoir une vue trop simpliste du politique, (oubli des luttes nationalitaires et réduction des autres combats d'après 68 à l'unique recherche du pouvoir mondain), de trop toucher à tout sans posséder tous les sujets (contre-sens sur le jazz, par exemple) ; et surtout de ne pas nous faire confiance en ne nous montrant pas les outils de son travail et en nous assenant quelques vérités bien trop générales.

Ceci dit, ce livre reste un grand moment de la critique idéologique française, que les penseurs mondains auront du mal à contourner. Quant aux occitanistes (à remarquer que l'occitan Clouscard n'aborde jamais directement le sujet des autonomismes ou des régionalismes) je leur en recommande la lecture : car il traverse toutes les contradictions de l'occitanisme d'hier et d'aujourd'hui populisme/modernisme ; Europe des autonomies/lutte anti-impérialisme ; écologisme, tourisme/indianité, etc, etc.

S.C.

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