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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 17:16

                                        couv garcia

Nous reprenons ici un chapitre du livre ci-dessus que nous venons de publier. JPD

HOMMAGE

à  Joaquín  Arasanz Raso «VILLACAMPA »

par  Claude  MARTI, (chanteur, poète et romancier)

(Article dans  la Dépêche du Midi).

 

« Adíos, guerrillero !

 Joaquin, j’avais le sentiment que la mort ne te concernait pas, qu’elle t’ignorait après t’avoir classé irrécupérable : trop vif, trop rapide, trop imprévisible pour sa faux…Sûr que tu lui avais mené une vie impossible, à la mort ! Elle  avait, des années durant, perdu le souffle à te poursuivre dans les hameaux du bout du monde; elle s’était abîmée à crapahuter derrière toi par les sentiers coupants réservés aux transhumances et aux guérillas. Le Languedoc, pour commencer, et l’Aragon, ensuite, elle les avait pris en haine : ces mas, ces bordes, ces casals, ces caserios perdus où vous abritiez vos nuits lui sortaient littéralement par les orbites !

       Elle s’en était donné du mal pour t’avoir ! Elle avait tout essayé: embuscades et longues traques. Vital pour elle, car elle avait reconnu en toi, en vous, les maquisards, ses ennemis fondamentaux : en cette année glaciaire 1944, l’intelligence de l’humanité se réchauffait peu à peu à votre jeunesse, la conscience de notre espèce « que l’on disait moribonde »  avait, parmi vous, établi sa base de reconquête. Tout ça, elle le savait, la camarde, et ça lui ternissait le rictus. Elle venait de vivre des moments fastes, elle avait bellement et longuement tué : magnifique temporada que la saison 1936-44, sous l’œil connaisseur des seigneurs de la guerre, croisés de la croix gammée ou ordinaire.

La solution finale du problème humain était en vue…et puis vous voilà !

         Au début, on n’aurait pas misé une peseta franquiste ou un franc de Vichy sur vos maigres cohortes. Sales, mal rasés, grotesquement fargués et armés. « Excellentes dégaines de terroristes ! », s’esclaffait la France rance, son maréchal gâteux et ses milices. La mort ne riait pas, elle. Votre existence lui engluait le sabre, il lui fallait redoubler d’efforts. Elle mit en œuvre ses meilleures recettes : délation, torture, cages, camps, pelotons, pendaisons. Peine perdue. Malgré les mille douleurs, c’est que vous aviez fini par lui briser les os et shooté à suivre dans son ballon de crâne vide : sous le soleil ressuscité d’août 1944, le Languedoc définitivement libéré. Et vous, les Espades, les maquisards guérilleros, il ne vous restait plus qu’à libérer  l’Espagne.

       Cap au Sud ! Franco allait tomber comme une vieille figue flasque, sous le vent formidable de l’Histoire.

       Erreur : en automne 1944, l’Histoire n’avait prévu aucun rendez-vous  officiel avec le haut Aragon. Elle avait trop à faire du côté du Rhin. Guérilleros, vous camperiez seuls sur quelques villages libérés, sur quelques kilomètres-carrés de victoire. Seuls et oubliés : cette nouvelle aventure de vos vies n’avait pas de futur immédiat.

       Joaquin, tu te racontais sans amertume : neuf ans de guerre et de guérilla, dix sept ans de prison  ! Ce jour là, nous savourions un « fino » dans la salle à manger de ton HLM, Barbastro, banlieue Nord, un dernier étage choisi pour son panorama : le proche horizon des oliviers et l’immense décor de la sierra Ferrera… La sierra Ferrera où la raison des Etats se partageant le monde vous avait, jadis, laissés pour compte : « Claudio, tu sais, là-haut, j’ai souvent vu s’ouvrir la bouche de la mort. Elle me crachait un morceau de ferraille, mais toujours trop tard. Je n’en ai jamais eu peur : pour mourir vraiment, faudrait savoir qu’on est mort…et ça n’arrive jamais ! »

       Joaquin, elle a quand même fini par t’avoir, miss orbites creuses ! Elle a dû te poignarder le dos, pendant que tu dégustais un vin  blanc andalou tout en contemplant les oliviers du Somontano.

Je ne me fais aucun souci pour toi, Joaquin : tu ne peux être mort, puisque tu ne le sais pas.

       Mais nous, nous voilà d’un seul coup plus fragiles et plus pauvres.

       Un saludo, guérillero !

                                                                        Claude MARTI

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