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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 09:43

Christa Wolf née Ihlenfeld

Pologne-Allemagne, 1929-…….. 2011

 

- J’ai écrit ce texte voici quelques jours sur cette femme qui vient de mourir, m’apprend mon journal mexicain, La Jornada. JPD

 

Au cours des années 60, je recevais gratuitement un mensuel venant de RDA, ce qui donnait un lien concret avec cette démocratie populaire : L’Echo d’Allemagne. Pas besoin d’être savant pour deviner qu’il s’agissait d’un journal de propagande qui montrait le pire de la RFA (les agitations de groupes néo-nazis…) et le meilleur de la RDA (la santé, l’éducation le sport…).

 

La propagande, comme la publicité, est un hallucinogène aux mérites bien connus. Quoi de plus agréable que de sentir la perfection du monde ! Donc, très tôt, j’ai cherché à vérifier les merveilles de la RDA chez les écrivains de ce pays, à commencer par ton Ciel partagé, chère Christa. Au même moment j’ai découvert Volker Braum, et à reprendre aujourd’hui son livre de poèmes traduit en 1970, Provocations pour moi et d’autres, j’ai le plaisir de découvrir que les phrases que j’avais souligné à 20 ans seraient celles que je soulignerais à 60 !

« Car vous aussi vous portez en vous le feu de la révolution et le vent contradiction : le feu réclame le vent pour faire de belles flammes. »

 

A lire ces écrivains, j’ai ainsi vérifié que les douceurs de la propagande fondaient plus vite que le chocolat.

Depuis cette époque ancienne, l’Allemagne est redevenue unie, suite à un vent plus fort et moins contrôlé que les autres. L’incendie a révélé que tu avais servi la police secrète de 1959 à 1962. Or, cinq ans plus tard tu fais entendre une voie dissidente au comité central, et ton Ciel partagé te vaudra les premières insultes qui seront un torrent de boues, déversé par d’autres, après 1989, quand on découvrira cette fonction d’informatrice de la Stasi. Pourtant en 1976 tu avais signé la pétition en faveur de Wolf Biermann dont j’ai pu acheter en version italienne, une part de ses œuvres.

 

Chère Christa, tu as décidé de te défendre en donnant une nouvelle version de Médée, la première femme connue pour son infanticide, un infanticide que tu as décidé de nier. Tu as toujours lutté contre l’histoire écrite le plus souvent par les vainqueurs, Médée ayant été victime de leur machination. Tu expliques : « Je donne l’occasion à Médée de s’affirmer en tant que femme, de révéler comment elle a été victime des besoins et des valeurs des hommes. » Pas question d’inverser les rôles et d’en faire une perdante. « Cette classification sous les rubriques de succès et d’échec domine notre vie sociale, et je pense qu’il faut s’y opposer. Est-ce qu’on échoue parce qu’on meurt ? »

 

Chère Christa, j’imagine une réécriture commune avec Volker Braum, du Roman de Hinze et Kunze, de Hinze-et-Kunze. A tous les deux, vous construiriez le temps des mythes nouveaux, à partir d’un dialogue, quant tous les mythes n’ont été que le monologue producteur de toutes les toxiques.

 

La présentation en septembre 1997, dans le Nouvel Observateur, par Ruth Valentini, de ton texte sur Médée, un poème en prose, rappelle qu’il s’agit de onze monologues pour interroger la place des femmes dans l’histoire. Juste à côté de l’article, une publicité des Editions Mille et une nuits où, en surimpression sur un corps nu de femme à la poitrine élégante, nous lisons : «Des livres pour le temps d’une attente, d’un voyage, d’une insomnie… » Preuve qu’il était urgent d’interroger la place des femmes dans l’histoire ! Le critique termine ainsi :

« A la fin du dernier monologue, brisée, bannie, tapie dans une caverne, Médée n’a plus rien. Ni amour, ni douleur, ni désir. Elle est libre. « Y a-t-il un monde, une époque où j’aurais ma place ? Personne, ici, à qui le demander», se désespère Médée. Et avec elle, Christa Wolf. »

 

Et si tu demandais à Volker ? Souvent, entre écrivains les querelles l’emportent parfois sur les nécessités, mais avec ou sans haine, avec ou sans ironie, avec ou sans passion, un dialogue entre vous deux, ça serait la renaissance de la fécondité. Et je ne l’écris pas car il s’agit d’un homme et d’une femme mais à cause de vos vies si parallèles et si différentes ! Le roman de Hinze et Kunze tu aurais pu tout aussi bien l’écrire avec Anna Seghers(1) et ce serait une nouvelle version de sa nouvelle : la rencontre insolite. Le point de départ pourrait être ta réflexion, chère Christa : « Anna Seghers prétendait que ce qui est racontable, c’est ce qu’on a surmonté. Mon expérience est différente : je ne surmonte les conflits qu’à partir du moment où s’enclenche l’écriture. »

Vous partiriez de points de vue opposés et le premier de tous c’est qu’en étant morte en 1983, Anna n’a pas vu la chute du communisme ! Dans L’Humanité, c’est Claude Prévost qui écrivit son éloge en mars 1983 et le clin d’œil lancé à l’adresse des Pyrénées, une montage qu’il aimait tant, m’incite à imaginer ta rencontre avec Anna dans la bibliothèque de Pamiers, Ariège, là où l’immigrée d’hier se lança dans la lecture de tout Balzac, avant de reprendre le chemin de l’exil vers le Mexique. Vous pourriez discuter de cette affirmation de Claude Prévost: « Anna était devenue communiste la même année qu’Aragon, et comme lui, elle avait fait de cette décision de jeunesse une démarche irréversible ; pour elle aussi, la fidélité aux engagements était une valeur. » Le communisme en question, vu son fonctionnement, n’était-il pas condamné de manière irréversible vers sa fin ? Alors qu’il devait être le futur…

« Des groupes de recherche calculent froidement le futur immédiat. »

2-12-2011 Jean-Paul Damaggio

 

(1)   Quand Vladimir Pozner se souvient de 26 personnes de sa vie (en 1989), deux femmes seulement dans la liste, dont Anna Seghers qui mériterait une place dans ce livre ! Comme Anna Akhmatova l’autre figure de Pozner.

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Published by éditions la brochure - dans littérature
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