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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 16:49

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Nombreuses photos et l'article du Petit Journal du 1 juillet qui évoque le verniassage de l'expo sur la grève.

 

Les manifestations organisées à Castelsarrasin autour de la grève de 1914 par l’Institut d’Histoire sociale de la CGT ont permis de vérifier l’injustice de cet oubli dans la conscience locale (voir articles sur ce blog).

Mais de quel oubli parler ?

Alain Raynal interpellant le militant Roger Couderc, celui-ci reconnaît que son grand-père lui en a parlé de cette grève, et le travail, à partir des photos, réalisé par Bernard Ouardes, avait amené ce même constat : les habitants se souviennent de tel ou tel et un peu comme une toile de fond, la grève a été là à travers l’histoire. Donc un oubli pour dire que la mémoire sociale n'est pas devenue une figure de l’histoire sociale.

Pourquoi ?

1 ) Car l’histoire sociale, comme il a été rappelé, n’est pas à la Une de l’histoire dans le discours dominant ?

Exact mais cependant il existe des figures, et Rémy Pech rappelle celle des vignerons en 1907, une mémoire qui, pour lui, a pu perdurer grâce à la persistance de cette activité.

Si persistance il y a eu, c’est tout autant le cas de l’usine de Castelsarrasin, avec bien d’autres grèves qui la secouèrent ! Ce n'est pas que l'histoire de la grève qui est effacée mais l'histoire de l'usine elle-même.

2 ) Bernard Ouardes a avancé ses propres hypothèses : une grève sans grand leader, une grève où les violences n’ont pas conduit à un décès, deux raisons qui  font que la grande actualité n’a pas projeté ses lumières sur l’événement.

Mais justement, pourquoi en deux mois de grève, Jean Jaurès n’a-t-il rien eu à dire sur le sujet dans La Dépêche du Midi ? Et pas davantage dans l’Humanité où la grève passe inaperçu ? Or faut-il le rappeler, la durée de cette grève est totalement exceptionnelle ! Mais le Tarn-et-Garonne est plutôt invisible...

3 ) Car l’approche de la guerre occupait tant les esprits qu’elle effaçait le reste ?

Sauf que le courant socialiste avait élaboré comme principe, pour arrêter la guerre, celui de la grève générale, conduisant ainsi les politiques à se tourner vers les syndicalistes, et quoi de plus considérable à célébrer qu’une grève dans une usine d’armement ?

 S’interroger sur le sens de l’oubli – et ce fut la raison de mon intervention dans le débat – peut permettre de mieux comprendre y compris le présent de Castelsarrasin et au-delà de l’histoire de notre pays.

Pointer du doigt l’oubli ne signifie pas, se lamenter ou chercher des coupables, mais désigner un point aveugle ou quand on conduit une voiture, un angle mort. Sans la conscience de ce fait, l’accident est toujours risqué !

 Il s’agit donc de conduire deux travaux : prouver que l’oubli est injuste historiquement et qu’il était inévitable historiquement !

 Voici vingt ans, j’ai été sidéré quand j’ai découvert qu’en juin-juillet 1914 la ville de Castelsarrasin avait été occupé militairement pour lutter contre la grève.

Voici un peu plus de dix ans, le travail de Bernard Ouardes avait confirmé l’importance de la grève.

Et en ce mois de juin 2014, le fait est encore plus établi : la grève fut magnifique.

Sur ce point il reste encore des travaux à poursuivre mais personne ne peut plus contester, comme l'exposition en a apporté la preuve, la dimension phénoménale de ce moment d'histoire.

 

Mais sur l’oubli il en reste plus encore à chercher.

1 ) Pour moi il permet de remettre en cause une vision agricole du Tarn-et-Garonne et une vision passéiste des paysans. Etudier l'oubli de cette grève est un outil pour dénoncer une vision sociologique de nos sociétés : dire « classe ouvrière » n’implique pas « socialisme puis communisme » ; dire « paysans » n’implique pas « radicalisme » ou « réactionnaires ». Un Institut d’Histoire sociale en Tarn-et-Garonne n’est pas un non sens et il faut donc saluer l’effort accompli.

 2 ) Certes, en Tarn-et-Garonne, le mouvement syndical comme le mouvement socialiste puis le mouvement communiste eurent un temps de retard. Ce retard ne vaut pas disqualification ! Au contraire, ce retard comme cet oubli peut jouer le rôle d’un révélateur !

Alain Raynal a eu la bonne idée de confronter l’état du parti socialiste naissant à Castelsarrasin et ce puissant mouvement de grève. Autant dire que les 33 électeurs de la commune qui ont soutenu le candidat socialiste Raoul Verfeuil ne pouvait pas être au cœur de la grève, d’autant qu’ils étaient sans doute peu ouvriers ! Donc les grévistes étaient fondamentalement des électeurs radicaux. Belle occasion de revoir l’image complexe du courant radical en France ! (je renvoie à un travail sur le Castelsarrasinois Pierre Flamens)

 3 ) En Tarn-et-Garonne et Raoul Verfeuil le savait très bien, puisque lui aussi venait de ce courant, les radicaux étaient hégémoniques. Cette puissance tenait à leur capacité électorale à s’unir soit sur leur gauche, soit sur leur droite. A Montauban, face à une droite combattive, les radicaux s’alliaient sur leur gauche, tandis qu’à Castelsarrasin, la droite étant absente, ils pouvaient se dispenser de cette stratégie, usant de l’image de l’engagement très à gauche de radicaux du passé comme Pierre Flamens pour conduire une politique de droite. Face à une telle hégémonie, le socialisme départemental a eu du mal à naître ! Avec ce paradoxe qui durera : les radicaux de Montauban ayant besoin d’aider des militants sur leur gauche, ce sont eux qui viennent ensuite porter la « bonne » parole sur le secteur de Castelsarrasin où ils ont des soutiens mais pas de leader ! Raoul Verfeuil sera donc continué par Marcel Guerret premier et rare député socialiste du Tarn et Garonne.

 4 ) L’effet domino en politique

La politique a horreur du vide donc les places sont toujours occupées. En Lot-et-Garonne, pendant l’entre-deux-guerres, le courant communiste est si puissant que le courant socialiste n’a pas d’espace, pris en tenaille entre les radicaux et le PCF. En Haute-Garonne ce sont les radicaux qui sont pris en tenaille entre la puissance des socialistes et la présence de la droite, ce qui incitera les radicaux à prendre des positions de droite pour contrer les socialistes.

En Tarn et Garonne les radicaux peuvent dominer TOUTE la vie politique donc au sein de ce parti vivent des courants parfois contraires.

 5 ) Une hégémonie alimentant le cliché rural de notre département

Et c’est ici qu’on en revient à l’oubli. Cette hégémonie radicale a une telle force qu'elle peut véhiculer des clichés. Comme son vecteur majeur n'est pas parmi la classe ouvrière, il marginalise ce secteur et comme il n’a pas le conflit comme référence, mais la négociation, les grèves sont effacées. Pour cette fameuse grève une étude comparative de la presse (La Dépêche, le Midi Socialiste, le Ralliement) permet de vérifier les contradictions qui traversent les trois courants.

Le Ralliement de droite ne tire pas à boulets rouges sur la grève. Comme toujours, il veut différencier la lutte sociale et son éventuelle politisation qui elle, par contre, est la bête noire.

La Dépêche radicale cherche une position équilibrée entre les patrons et les ouvriers et s’appuie sur le député Pottevin pour tenter de jouer un rôle conciliateur d’autant que le gouvernement radical à Paris est sous pression puisque l’usine travaille pour le dit gouvernement.

Le Midi socialiste n’en profite pas pour appeler au renforcement de son parti.

 Conclusion

L'oubli, comme l'a rappelé Bernard Ouardes, n'est pas un accident de parcours. Du côté patronal, il est systématique (une photo refusée pour une expo). Du côté ouvrier la grève ne fait pas histoire malheureusement (une anecdote de grand-père).

Surtout quand on considère que Castelsarrasin est une ville périphérique sans enjeu propre.

 

Je n'ai aucune passion pour les oubliés de l'histoire mais il se trouve que je les croise souvent : dans le mouvement occitan, avec l'incroyable Mary-Lafon, dans le mouvement communiste avec l'incroyable Renaud Jean, dans le mouvement ouvrier avec cette incroyable grève. Dans le mouvement anti fasciste j'ajoute Elie Cayla et au total l'enjeu consiste à redessiner une vision plus équitable de la vie locale, une vision capable de démontrer que la vie citoyenne est parmi nous et qu'en conséquence, il nous appartient aussi de faire l'histoire. JPD

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Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
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