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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 21:31

                          portal.jpg

  Le livre Théâtre 1 d’André Benedetto paru en 1976 chez P.J. Oswald contient la photo ci-dessus. Personnellement je l’ai toujours considéré comme une photo parmi d’autres même si elle m’intriguait pour deux raisons :

1 ) Pendant le travail sur la pièce Le siège de Montauban, que j’ai suivi de A à Z, jamais il n’a été fait référence à la rencontre Benedetto-Castan avec Portal, donc cette photo m’est apparue hors contexte.

2 ) Que pouvait représenter l’affaire Portal par rapport au travail sur le siège de Montauban ?

 C’est au cours de la rencontre autour de la mémoire de Guy Catusse que j’ai revu mon point de vue.

1 ) Cette photo ne pouvait pas être là par hasard. Elle est la seule à témoigner du travail de rencontres de Benedetto avec les habitants de Montauban, le socle de la pièce.

2 ) Au moment de la photo, en 1973, l’affaire n’avait pas pris la tournure qu’elle prendra d’où la légende de la photo : « Félix Castan et André Benedetto avec Jean-Louis Portal qui devait être tué lors de l’assaut de La Fumade. »

 En fait la photo pouvait en 1976 être un argument de vente du livre car c’est en 1975 que Jean-Louis Portal est tué par la police, l’affaire prenant une dimension nationale qu’on ne peut imaginer aujourd’hui.

 Sur l’affaire

La famille Portal habite le domaine de La Fumade commune de Saint-Nauphary (82) que le père, Léonce, a hérité en 1967 d'un oncle, Louis William, baron de Portal. Dans sa lignée il y a un ministre de Louis XVIII, Pierre-Barthélémy Portal. D'après Wikipédia.

La succession a été difficile à régler du fait qu'il y avait plusieurs héritiers. Ainsi Léonce a dû, pour équilibrer le partage, s'engager à verser une somme de 300 000 francs aux cohéritiers.

Premier point : il n’a pas d’argent et il n’est pas très fort pour en gagner donc il emprunte.

Deuxième point : En juin 1972, à la requête du principal créancier, La Fumade est mise en vente par voie de justice. Le domaine est acquis par un certain monsieur Rivière pour un prix très inférieur à sa valeur (autour de 20%). Dorénavant la famille est expulsable.

Troisième point : En 1950, à 66 ans, veuf et sans héritier, Léonce se remarie avec Anna, une jeune Polonaise de quarante ans sa cadette. Ils ont deux enfants : Marie-Agnès, née en 1951 et Jean-Louis, né en 1952.

 Si tout commence en 1973 c’est que cette année là, la justice suit son cours et le 22 février 1973, deux gendarmes apportent à La Fumade l'ordonnance d'expulsion. Jean-Louis les reçoit à coups de fusil, blesse l'un tandis que sa mère mord l'autre. Elle est aussitôt arrêtée. Et pour compliquer l’affaire, le vieux Léonce meurt le 27 mars 1983. Anna s'évade de l'hôpital où elle était gardée et revient à La Fumade. Avec ses enfants, elle refuse de laisser inhumer son mari et installe le cercueil de celui-ci, sur des tréteaux, dans la chambre à coucher. Il y restera vingt et un mois...

En effet, la ferme est assiégée et la famille s’enferme auprès du cadavre de l’ancêtre. Le temps passe.

Le 10 janvier 1975, Jean-Louis, découvre la présence d'ouvriers agricoles travaillant près de la maison pour le compte du nouveau propriétaire de La Fumade. Il tire dans leur direction six coups de fusil. Il n'atteint personne, mais il y a eu agression et la gendarmerie se rend sur les lieux. Marie-Agnès et Jean-Louis clouent portes et fenêtres et crient au capitaine de gendarmerie : « Si vous entrez, on vous abat et on fait tout sauter. »

En janvier 1975 Jean-Louis a 22 ans et tombe sous les balles des gendarmes. Sa mère et sa sœur sont envoyées à l’hôpital psychiatrique. Michel Poniatowski décide de mettre un terme à l’affaire, aussi dans la nuit du 10 janvier, le château est pris d’assaut par 70 gendarmes d’élite. Jean-Louis est mortellement blessé. Anna et sa fille Marie-Agnès sont internées dans des cellules carcérales de l’hôpital psychiatrique de la Grave à Toulouse et sont déclarées « démentes et dangereuses ». Les forces de l’ordre sortent du château le cercueil de Léonce, décédé deux ans plus tôt. Jean-Louis et Léonce sont enterrés de nuit et sans témoins dans le cimetière de Saint Nauphary, le 14 janvier 1975 sans qu’Anna et Marie-Agnès ne soient autorisées à se rendre aux obsèques.

Le 13 février 1975, à travers la fenêtre de sa cellule, et en cachette de ses surveillants, Marie-Agnès répond aux questions d’une équipe de journalistes de FR3 venue l’interviewer. Elle explique brièvement les conditions inhumaines dans lesquelles elle et sa mère sont incarcérées depuis un mois. Le reportage, diffusé au journal télévisé national de 20 heures sur Antenne 2, scandalise l’opinion publique et contraint ainsi le Garde des Sceaux à faire finalement libérer les deux femmes, le 22 février 1975.

Anna Portal décède le 7 novembre 1991. Sa fille, Marie-Agnès, vit toujours à Montauban.

 Un bizarre côté politique

Le journal royaliste L’Action française va se mobiliser en faveur de la famille Portal avec l’aide de Jean Dutourd dont voici un entretien :

"NAF. Il a fallu vingt ans de procès et la mort d'un garçon de vingt-deux ans pour que l'affaire de la Fumade éclate au grand jour. Au travers d'un embrouillamini de procédure, quel sens donnez-vous à cette affaire ?

JEAN DUTOURD : D'abord, j'ai cru que c'était une séquelle de la Révolution. L'affaire Portal me semblait baigner dans une espèce de complot paysan qui rappelait bizarrement les histoires de Biens nationaux de 1792. J'étais convaincu que si ces pauvres gens s'étaient appelés Latruelle ou Torcheboeuf au lieu de « de Portal », il y aurait eu aussitôt une formidable mobilisation de l'opinion, des grèves, des banderoles, des inscriptions sur les murs et sur les routes, des comités de soutien. Mais comme ils avaient une particule, comme on les réputait barons, personne ne se souciait d'eux. Des aristos, pensez donc ! Cela n'intéresse ni la C.G.T., ni la C.F.D.T., ni les signataires de manifestes, ni le gouvernement. Pourquoi ? Parce que les aristos, fussent-ils des gueux comme les Portal, qui sont bien plus pauvres que des manœuvres, n'appartiennent à aucune catégorie sociale organisée. Ce sont des individus. Or moi, j'ai un faible pour l'individu. Non que je me fiche des masses, mais je trouve qu'elles se défendent très bien toutes seules. Elles n'ont pas besoin de moi. Tandis que l'individu, en 1975, si personne n'est là pour se mettre entre lui et la société, cela ne rate jamais, il est écrabouillé.

 NAF. C'est la mort de Jean-Louis qui vous a déterminé à mener cette bataille ?

JEAN DUTOURD : Lorsque Jean-Louis de Portal a été abattu comme un lapin par ces admirables tireurs d'élite qui ratent si bien les bandits, mais qui sont véritablement fabuleux de précision quand il s'agit de tuer des honnêtes gens, lorsqu'on a enlevé Mme et Mlle de Portal pour les jeter en prison, oui, je l'avoue, j'ai été indigné. J'ai trouvé ce dénouement atroce. D'ailleurs tout s'est passé avec la précipitation et la confusion d'un crime. Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de louche, quelque chose de sordide dans l'enlèvement des deux femmes ? On les a attrapées comme deux bêtes. On les a jetées dans une voiture en peignoir, sans leur laisser le temps de s'habiller. Mlle de Portal était toute éclaboussée du sang de son frère. Franchement, est-ce que tout cela n'est pas crapuleux ? Et derrière ce guet-apens, il y a un préfet, un procureur, l'appareil répressif de la société.

 NAF. Que pensez-vous d'une société qui permet de pareilles injustices ?

 JEAN DUTOURD : Il n'y a pas de société juste. Cela n'existe pas. Cela n'a jamais existé et n'existera jamais. Dans toute société il y a des injustices. Il était révoltant d'écarteler Damiens parce qu'il avait donné un coup de canif à Louis XV, mais cela ne condamne pas le régime monarchique. A-t-on flanqué par terre le régime soviétique parce qu'il avait organisé les procès de Moscou ? Le met-on en question à cause des millions de malheureux qui pourrissent dans le Goulag ? Je me refuse à généraliser à partir de l'affaire Portal. C'est une injustice, et même une injustice horrible. J'ai fait ce que j'ai pu pour la combattre. Mon objet n'est pas de démolir la société française, mais de l'améliorer. Je vous dirai comme les patronnes d'autrefois qui hésitaient à renvoyer leur domestique : on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on trouve. 5 mars 1975"

 Retour à la photo

André Benedetto porte la veste en cuir qu’il avait en permanence à ce moment-là, il tient à la main une sacoche noire et regarde avec intérêt Jean-Louis Portal, un peu penché, des bottes. Félix Castan regarde la photographe. Il a ses longs cheveux sur le côté, le crâne déjà chauve. Il semble un peu ailleurs. La photo est en contre-plongée car ils sont sur la terrasse du « château ».

Après réflexion je persiste à penser qu’il n’y a là rien à voir avec la pièce qui surgira du travail de Benedetto sauf à penser que cette pièce, en ayant une suite plus actuelle (c’était prévu), l’actualité de la Fumade aurait pu servir de base à un drame. Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans Benedetto Castan Caubère Lubat
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commentaires

nana 21/03/2016 14:14

il y a des erreurs de dates, le 27 mars 1983???

éditions la brochure 06/04/2016 18:16

en effet c'est 1973

andre 15/03/2016 14:31

vraiment c et une injustice on tue les gens comme des lapins ah !!l argent les gouvernements et justices sont des ingrats des voyous se sont eux qui meritent la mort je suis tres touche par cette affaire

marie agnes portal 05/06/2016 15:51

monsiuer quelle honte cemanuel deun qui 40 ANS APRES se faits sponsoriser pa

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