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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 11:44

Le 30 janvier 2013 R. Aída Hernández

Voici un article du journal La Jornada pour mieux comprendre le Mexique. JPD

 

Le 30 janvier 2013 R. Aída Hernández

 Cassez, les paramilitaires d’Acteal et les femmes de Atlacholoaya

 La décision de la Cour suprême de Justice de la nation de révoquer la peine à 60 ans de prison pour l'enlèvement et participation au crime organisé, de la Française Florence Cassez, et ordonnant son immédiate libération, a polarisé l'opinion publique mexicaine et française.

Les images de cette citoyenne française reçue comme une héroïne nationale par le président François Hollande, contrastent avec les images de pleurs et d'indignation des familles des personnes enlevées. Si cette affaire a permis de nous rappellent une fois de plus les inefficacités et corruptions qui caractérisent notre système de justice, nous ne pouvons oublier que la libération de Florence Cassez a été effectuée suite aux irrégularités du procès et non pas parce que son innocence a été prouvée.

La Cour suprême a répété les arguments utilisés pour libérer en février de l'année dernière 20 paramilitaires accusés du massacre de 45 femmes, enfants et personnes âgées, qui a eu lieu en décembre 1997 dans le village d'Acteal, au Chiapas. A cette occasion, l'évêque Raúl Vera, défenseur des droits de l'homme, a fait observer: « C’est ça le rôle si minable d’une Cour suprême ? Réviser un procès, sans résultat probant pour le rétablissement de la Justice ? Et pire encore : Pourquoi on exonère des criminels de toute responsabilité ? Pour alimenter  le chaos dans ce pays bouleversé par la violence, parce que les crimes de toutes sortes auront l'impunité ?"

Dans les deux cas, la décision du Tribunal a été prise en se basant sur l'examen des procédures légales en termes de forme, et en mettant de côté les exigences de la justice pour les victimes.

Si les mêmes critères sont suivis pour consulter les dossiers judiciaires des 222 330 prisonniers qui sont au Mexique, probablement on devrait vider les prisons du pays pour « irrégularités de procédures » !

Quand prend-t-on la décision de reconnaître l'inefficacité de notre système pour libérer l'accusé ? De toute évidence lorsqu'il y a des intérêts politiques et de l'argent derrière. C’est quand l'affaire d'Acteal a été portée devant la justice internationale, accusant l'ancien président Ernesto Zedillo pour sa complicité dans le massacre, que les intellectuels et avocats liés à des groupes de pouvoir ont décidé de « réécrire l'histoire » en effectuant un « litige stratégique » pour libérer les paramilitaires.

De même, maintenant que Enrique Peña Nieto assume le pouvoir dans le cadre d'une dénonciation populaire de fraude électorale et a besoin de se légitimer devant la communauté internationale, il est décidé à nouveau d’examiner le cas de Florence Cassez et d’utiliser sa libération pour améliorer les relations avec le gouvernement français.

Pendant les cinq années que j'ai travaillé sur l'accès à la justice pour les femmes autochtones et que j'ai coordonné un atelier d'écriture au Cercle féminin de Atlacholoaya, Morelos, j'ai découvert de multiples façons d'huiler les engrenages de notre justice, avec de l'argent. Les prisons au Mexique sont remplies de pauvres, et un pays raciste et racialisé comme le nôtre, fait qu’ils ont la peau sombre ou sont d’origines autochtones (même s’ils ne sont pas toujours reconnus comme tels). Les visages clairs de la classe moyenne que l'on retrouve dans les prisons sont là parce qu'ils ont trouvé un ennemi plus puissant qu’eux, qui a décidé de les retirer de leur chemin.

Les histoires de femmes détenues sont aux prises avec des violations de leurs droits humains : femmes torturées et violées au moment de leur arrestation et contraintes de signer des aveux qui les incriminent ; des autochtones sans traducteur, et qui ne savent pas pourquoi elles sont là ; des femmes avec des procès dans cinq ou sept ans qui les maintiennent dans l'incertitude.

Quand je vois la façon de célébrer la libération de Florence Cassez je ne peux pas m’empêcher de penser à Doña Honoria Morelos, nahua de 75 ans, qui a été sept ans en prison, parce que de la drogue a été trouvée dans l'autobus où elle était, et qui se dirigeait vers la ville du Mexico. Les agents fédéraux qui l’ont arrêtée, l’accusèrent sans qu'elle ait compris de quoi elle était inculpée. Elle a passé sept ans en prison et a été ensuite libérée « faute de preuves. » Elle mourut à six mois après sa mise en liberté d’un ulcère gastrique qu’elle a développé pendant sa captivité. Je pense aussi à Florina Cantu Cano et à Caroline Tessier Cantu, mixtèques qui sont prisonnières à Atlacholoaya, à cause de “troción,” m’ont-elles dit, mais je ne sais pas ce que c’est, ni elles non plus ! Elles m'expliquent, avec leur pauvre espagnol, qu’elles ont été arrêtées pour avoir conseillé à une fille de refuser le mariage avec un homme plus âgé, ce à quoi voulaient la forcer leurs parents. Le cas de Marisol Hernandez, poétesse et conteuse également derrière les barreaux, vient aussi à mon esprit. Elle a été emprisonné par son mari après un long chemin de croix de violences à laquelle elle a tenté de mettre fin sans succès. Les officiers de police judiciaire qui l’arrêtèrent étaient des amis de son mari aussi ils la lui «offrirent » pour des violences en plus, avant de rejoindre la prison de Atlacholoaya. Marisol purge une peine de 10 ans pour tentative de meurtre. Son mari n’est accusé de rien. Je peux remplir ces lignes de multiples cas d’irrégularités dans le procès sans qui ne sont pas arrivées jusqu’à la Cour Suprême de Justice. Il faut un refonte générale du système pour qu’il fasse justice. 

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