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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 13:25

Gallica propose beaucoup de numéros de ce "journal républicain du matin" pour la période 1912-1942. Nous y trouvons trois référence à Albert Camus. D'abord un écho rappelant l'existence de ce journal surprenant Alger-Etudiant sur lequel je reviendrai. Ensuite on découvre Camus à la tribune d'un grand meeting en 1937 contre le racisme et l'antisémitisme et pour la défense du projet "violette" qui devait donner un petit droit de vote aux indigènes mais comme le droit de vote des femmes il n'a pas pu aboutir. J'ai ajouté un article sur le même numéro du journal, où les fascistes fidèles à eux-mêmes, prônent des droits sociaux contre le droit de vote. Et enfin un article de 1941 où Camus se retrouve un moment à Alger (en 1942 il se retrouve définitivement en France) dans le cade d'une initiative de l'organisation de la collaboration "Jeune France". Comme tout document il faut le saisir dans son contexte et ne pas tirer d'enseignements trop rapides. J-P Damaggio

 

L'Echo d'Alger 27 janvier 1934

Bibliographie : ALGER-ETUDIANT

Le moins cher des magazines nord-africains

De plus en plus nombreux sont ceux qui attendent avec impatience la parution magazine à robe violette. C'est qu'en effet "Alger-Etudiant" offre chaque quinzaine, à ses lecteurs un sommaire de plus en plus intéressant et copieux. Qu'on en juge plutôt par le numéro du 25 janvier :

« Sur un grand navire ». nouvelle du célèbre romancier José Germain;

« Mirage », nouvelle d'Evenou-Norves ;

« Impressions d'Allemagne », reportage de Jacques Belleteste ;

« Conférence et interview de Léon Daudet », par Pierre Charousset

« Situation présente », par Gaston Richier, président de l'A.G.E.A. ;

« Le plus grand poète nord-africain : Marius Scalesi ». vu par l'éminent écrivain Pierre Mille.

De plus, « Alger-Etudiant » présente dans ce numéro sa nouvelle page du cinéma : images, avec la brillante critique des films de Gaston Martin et des illustrations inédites. La page « Entr'acte » groupe les chroniques du théâtre (P. Gougenheim). Des disques (Léon Reymond), du jazz hot (Henri Rossoti) et de la musique, avec une interview du célèbre guitariste Segovia. par Jean Albertini. On lira, par ailleurs, dans les pages : « L'Université et les étudiants », « Cinq dans ton oeil ». littérature, sport universitaire et, de nombreux articles signés: Al- Camus, B. Desportès, Marcel Urbani Georges Becker, H. Cordier, etc.. etc. Ce numéro, bien qu'édité sur 16 pages au lieu de 12, est vendu au prix habituel de 0 fr. 50. La période des abonnements de propagande étant expirée, le prix de l'abonnement est porté à quinze francs « Alger-Etudiant », le journal des; jeunes et de ceux qui veulent le rester, est Incontestablement le plus moderne, le plus vivant et le moins cher des magazines nord-africains.

 

L'Echo d'Alger 24 mai 1937

Un meeting Franco-musulman contre l'antisémitisme et le racisme

Plusieurs milliers d'auditeurs, parmi lesquels un grand nombre de musulmans, ont assisté au meeting organisé hier matin, dans le hall de l'automobile par la Fédération algérienne de la L.I.C.A., en présence de M. Bernard Lecache.

Après la constitution du bureau de séance composé de MM. Pinaud, président de la Fédération d'Alger ; Sadia Lévy et Kessous, d'Oran, Fauré, de Marrakech, et Melki, de Constantine, M. Pinaud, dans une courte allocution d'ouverture, plaça la réunion sous les auspices et la mémoire de ceux qui luttent pour une plus grande fraternité humaine et évoqua les grandes ombres de Jaurès et de Severine. Puis successivement MM.Escoute, au nom du comité du Rassemblement populaire ; Dalloni, président de l'Union républicaine et socialiste ; Sarramégna, au nom du parti radical-socialiste ; Chatanay, secrétaire général du parti SF.I.O. ; Ali Boukhort, au nom du parti communiste; le professeur Wuschendorff, président de l'« Union franco-musulmane » ; Scelles-Millie, président de la Jeune République ; Benhoura, au nom du comité exécutif du congrès musulman ; Albert Camus, au nom de la Maison de la culture ; Kessous, au nom du Comité oranais du congrès musulman apportèrent leur adhésion totale de la L.I.C.A.vers un idéal de fraternité humaine, hors de tout racisme. Ce sont les mêmes sentiments qu'exprima le cheikh Taïeb EI-Okbi, au nom de l'Association des Oulema, dans un discours  que traduisit M. Benhoura. La plupart des orateurs d'ailleurs donnèrent en même temps leur adhésion à la doctrine de la L.I.C.A., leur adhésion au principe du projet Viollette. Ce fut également le thème du discours de Bernard Lecache : un acte de foi dans l'action du gouvernement de Front populaire en faveur des musulmans de l'Afrique du Nord. Il résuma ensuite la doctrine de la L.I.C.A. à cet égard en donnant lecture de la motion adoptée à l'unanimité et qui constitue tout un programme d'action sociale, économique et politique en faveur des populations indigènes. Après le vote d'une motion de solidarité envers le congrès musulman qui tenait hier ses assises à Perrégaux, présentée par M. Kessous, la réunion prit fin vers midi, après une allocution de clôture.

Le P.P.F. et la politique coloniale

Auditoire restreint, hier matin, à la réunion organisée par le P.P.F. Cinq cents personnes environ. Au premier rang se trouvait M. Rozis. maire d'Alger, entouré de quelques conseillers.

M. Bayard ouvrit la séance et fut suivi à la tribune par MM. Fossati et Arrighi.

Se plaçant sur le plan politique impérial les trois orateurs prirent comme « leitmotiv » cette phrase: « on ne doit pas mourir de faim là où flotte le drapeau français » et se déclarèrent partisans d'une action sociale neuve, susceptible de donner satisfaction aux masses indigènes. Mieux vaut pour tous les indigènes le pain, la maison et l'école, affirmèrent-ils, qu'un bulletin de vote pour une minorité.

Ils demandèrent, également en chœur que des mesures soient prises rapidement pour soulager la misère des masses indigènes. Le service d'ordre organisé alentour l'Empire n'eut pas à intervenir.

 

L'Echo d'Alger 27 novembre 1941

Tradition et Jeunesse : les Invités de « Jeune France» écoutent à Tipasa, les leçons du passé.

 

Il est des lieux où l'on mûrit, dit Barrès. Ce sont ceux qui portent l'esprit, par un particulier ébranlement, vers la rêverie, la méditation, l'approfondissement de soi, de la vie, du monde. Ce sont lieux de grâce où l'âme, délivrée soudain, se donne à ce qui la requiert.

D'où vient cette grâce? D'une harmonie, d'une certaine douceur, d'un faste intime ou d'un somptueux dépouillement, et parfois même de peu : de la courbe d'une colline, d'arbres sur le ciel, de vestiges vivants, mais d'où s'élèvent de miraculeux appels des invites auxquelles ne pas répondre serait trahir le meilleur de soi.

On sait, après une longue journée sur l'Acropole d'Athènes, ce qu'elle doit au dessin de l'Hymette. Il en va de même pour Tipasa : parmi les absinthes sauvages, les ruines s'intègrent à un paysage d'un merveilleux équilibre.

On ne peut rester insensible à l'inclinaison de ses collines vers la mer, dominées par le Chenoua triangulaire tel un fronton, aux teintes de ses pierres, parmi les lentisques, aux transparences de ses criques, aux proportions de l'ensemble.

C'est bien là qu'il fallait convier des écrivains, des poètes, des musiciens, des peintres, des sculpteurs, des architectes, des artistes et des intellectuels. Nul autre endroit n'aurait été plus digne de leurs entretiens.

On ne saurait donc trop féliciter l'Association « Jeune France» d'avoir choisi Tipasa pour cadre de ces journées d'une rare qualité, d'une grande portée, d'autant qu'elle a été la première à prendre, en Algérie, l'initiative de réunir une élite indiscutable, de mettre en contact les personnes et les œuvres, de provoquer entre les plus riches de nos esprits, une amitié dont bénéficiera la vie intellectuelle de nos trois départements.

La place nous manque pour relater dans le détail ces journées qui coïncidèrent avec le séjour parmi nous de M. Roger Leenhardt, délégué général de « Jeune France. Mieux vaut d'ailleurs en dégager les enseignements. Aussi bien furent-elles d'une très noble simplicité : c'était un signe éloquent de la primauté de l'esprit que de voir M. le recteur Hardy deviser avec un jeune intellectuel musulman, ou M. Raymond Coche chaudement disputer de la condition de l'artiste. Le ton, d'ailleurs, avait été donné par M. Louis Leschi, qui accompagna de commentaires vivants et attachants une magistrale visite aux ruines.

Et ce climat d'absolue sympathie rien ne sut mieux l'exprimer que les entretiens du dimanche où, sur la question des rapports de l'artiste avec la masse, se croisèrent tant d'avis passionnés et passionnants, tous d'une chaleur, d'une tenue, d'un intérêt tels que le seul reproche fait à ces heures d'élite fut d'être trop brèves.

La soirée du samedi prouva, s'il en était besoin, la qualité des œuvres de nos musiciens et de nos écrivains. Après que Sylvain Dhomme eût proclamé, en lisant un leader d'Armand Guibert, l'excellence de la poésie et que Mylène Arden eût interprété un poème de Patrice de la Tour du Pin, président honoraire de « Jeune France », on put entendre une très belle « Sarabande» de Frank Turner, un fragment du remarquable « Trio» de Mme Marcelle Schweitzer, de subtils « Croquis de Medéa » de Léo-Louis Barbès, deux pièces de Charles Simian d'un excellent dessin mélodique.

Des lectures firent connaître des poèmes et des textes de François BonJean, de R.-J. Clot, de Jules Roy, de Gabriel Audisio, de Max-Pol Fouchet, de Jean Grenier, d'Albert Camus, d'Edmond Brua. Puis Loudolf Child conclut cette soirée par plusieurs danses d'un style remarquable.

Mais on manquerait gravement à la pensée des animateurs si l'on omettait la part faite aux intellectuels et aux artistes musulmans. C'est ainsi que des musiciens arabes interprétèrent des chansons populaires de la région d'Alger et que M. Bencheneb présenta le poète Mohammed El Aïd. "Jeune France", en effet, veut s'employer à resserrer les liens entre les cultures musulmanes et françaises. Les journées de Tipasa prouvent cette volonté. Faire tomber les barrières entre les civilisations, il n'est peut-être pas, aujourd'hui, de tâche plus souhaitable.

Il va sans dire que le but premier de cette rencontre était de grouper autour de « Jeune France» quelques-uns des meilleurs esprits d'Algérie et leur faire connaître le programme qu'elle se propose de réaliser sur la terre africaine. Le magistral exposé de M. Roger Leenhardt, plein d'aperçus, aurait suffi, à lui seul, à convier tous les hôtes de Tipasa à des taches communes.

Comment ne pas soutenir, en effet, une telle association, qui se propose de servir les artistes en s'interdisant d'amoindrir la liberté nécessaire à leur vocation et à leurs recherches ?

La « part de Marthe», pour reprendre une expression de M.-P. Fouchet, il n'en est pas de plus exaltante que des intellectuels désintéresses la revendiquent, c'est un signe de renouveau.

Servir les arts sans les asservir, telle pourrait être la devise de « Jeune France ». Après les journées de Tipasa, si admirables de plénitude spirituelle, une chose nouvelle est née sur notre sol.

 [ parmi les trois photos illustrant l'article nous avions : M. M.-P. Fouchet, directeur de la revue « Fontaine », réfléchit à l'action que « Jeune France » va entreprendre en Algérie tandis que médite M. Roger Leenhardt, délégué général de « Jeune France »]

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