Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 00:18

Vendémiaire 12 juin 1935

Deux lettres inédites de Bourdelle à Léon Cladel

 

C’était le 15 mars le centenaire de la naissance de Léon Cladel. Ce sera le 18 juin la célébration de cette grande date à Montauban où une plaque sera apposée sur la maison natale de l’auteur de « Montauban-Tu-Ne-Le-Sauras. »

Partagé entre l’avant-printemps et l’avant-été (Dieu que ces mots sont désagréables à l’oreille !) l’occasion est belle de sortir des cartons de Melle Judith Cladel, présidente du jury du prix « Femina » pour 1935, deux lettres inédites de Bourdelle.

Ce faisant nous croyons servir la mémoire et de l’auteur d’Ompdrailles et du sculpteur. Léon Cladel avait dans la personne de Bourdelle un compatriote. Et un admirateur. Témoin cette lettre en date de novembre 1886, rédigée à Paris par Bourdelle :*

« Au cher compatriote Léon Cladel, grand cœur et grand artiste,

Saisi du plus profond respect je me découvre devant « le bouscassié » que vous m’avez fait connaître ; j’ai pleuré avec le pauvre Inot naïvement sublime. Mon cœur a battu au battement de son cœur et de celui de Janille.

Je suis fier qu’il m’ait été donné, à moi indigne, de voir s’apitoyer l’âme ardente du grand Cladel au souvenir des tortures subies par ces deux méconnus, l’incomparable Baudelaire et Jean-François Millet, le malheureux, l’héroïque, le génial peintre paysan.

Car c’est avec des cris et des sanglots dans la voix que vous m’avez conté leur long martyre et si Millet est vengé un jour, il le sera par vous, je le pressens, car celui qui a écrit « l’Angélus » ne peut être complètement senti que par celui qui a peint « le bouscassié ».

« Les Va-nu-pieds » et « le Bouscassié », je les veux savoir par cœur ; ces deux œuvres auraient travaillé Michel-Ange, Decamps, Millet, Daubigny, Delacroix et Longus et qui seraient devenues vivantes sous le souffle puissant de votre âme : »

Votre jeune serviteur

Emile Bourdelle »

 

Il n’est point besoin, pensons-nous, d’insister sur la beauté de la lettre qu’on vient de lire. Elle respire la manière propre au génie de l’artiste : noble dans l’inspiration, évocatrice par la forme. On aura remarqué le passage où Emile Bourdelle, les confond dans une égale ferveur, dit du peintre qu’il a « écrit » « l’Angélus » et de l’écrivain qu’il a peint « Le bouscassié ».

Le nom de Delacroix, plus loin, voisine avec le nom de Longus. Précisément Melle Judith Cladel habite rue de Furstenberg dans le 6éme arrondissement, la maison où Delacroix avait son atelier – depuis quelque temps accessible au public. Au demeurant le voisinage des artistes est familier à Melle Judith Cladel qui a vécu dans la vénération de Rodin, à qui elle va consacrer un maître-livre ; qui a pour frère M. Marius Cladel, l’auteur du monument Léon Cladel que connaissent tous les habitués du jardin du Luxembourg.

 

L’autre lettre d’Emile Bourdelle n’est pas datée. Aussi la donnons-nous en second. Mais sans doute fut-elle écrite antérieurement. Elle intéresse moins l’œuvre de Léon Cladel que l’art de Bourdelle. On notera le passage : « … dans ce pauvre siècle il ne faut pas montrer que l’on souffre », qui se passe de date. La souffrance est de tous les temps chez les artistes. Voici cette lettre :

« Monsieur Léon Cladel,

Veuillez m’excuser si je n’ai pu venir terminer votre portrait ; je suis tenu par un portrait d’enfant en pied, et de plus mes parents sont arrivés ces jours-ci de Montauban, ils vont habiter Paris, avec moi. Nous nous en trouverons tous mieux, je le crois.

M. Edinger a depuis quelques jours votre frontispice et son associé M. Didier m’a dit que vous en étiez assez satisfait.

Mais j’avais dit à M. Lampre de m’envoyer un exemplaire de « Par devant notaire » et je n’ai pas encore de ses nouvelles. Il me semble pourtant que ces dessins étaient assez pressés. J’aimerais mieux en tout cas lire, un peu avant, votre œuvre afin de ne pas traduire en dessin certains passages trop hâtivement, et en n’employant que du métier : avec vous inutile d’insister, en matière d’art, vous en comprenez.

Avez-vous vu le salon ? je serais heureux d’avoir votre avis sur mon buste de Marais. Quant à ma statue de « l’Amour agonise » elle meurt bien : la pauvrette a été placée dans un vrai cimetière, il faut bien connaître les aitres pour trouver sa tombe.

Elle est bien moins mauvaise que celle que j’avais l’année passée, mais le sujet ne plait pas aux jolies dames et aux jolis messieurs : dans ce pauvre siècle, il ne faut pas montrer que l’on souffre, il faut du gai et toujours du gai, du rococo, du jolie.

Je ne partirais au pays que dans trois ou quatre lois. D’ici là je puis faire les dessins de « Par-devant notaire » à la condition de n’être pas trop retardé.

Veuillez donc, je vous prie, mon bon et illustre compatriote, présenter mes plus respectueux hommages à Madame Cladel et me croire votre dévoué.

Emile Bourdelle 16, impasse du Maine.

 

Lors des fêtes régionales de Montauban, le 16 juin est-ce qu’il ne serait pas opportun de donner lecture, devant le buste de Léon Cladel, œuvre de Bourdelle, qui orne le jardin de la préfecture, de l’une au moins des deux lettres que « Vendémiraire » doit à l’obligeance de Melle Judith Cladel de publier aujourd’hui ?

Avis au comité d’organisation.

Gaston Picard

Partager cet article

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure
  • Le blog des Editions la Brochure
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche