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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 17:33

Personne, pas même moi, ne pourra vous dire qui lança cette idée mais la mission ayant été confiée à Candide elle ne pouvait que réussir !

Dès le 14 juillet, sur son vélo blanc tout terrain, le mythe voltairien par excellence s’en alla à travers les rues pour inviter les mythes et légendes du théâtre à devenir spectateurs ou spectatrices, dans la Cour d’Honneur du Palais des papes d’Avignon, d’un spectacle imprévu, le 21 juillet. Le mythe qu’il croisa en premier, ce fut peut-être sa chance, n’était autre que l’Avare qui, rassuré quand il apprit que l’entrée était gratuite se chargea de relayer le projet. Le bouche à oreille fonctionna si bien qu’il arriva un moment où Candide, un noir doté d’une petite barbe, commença à enregistrer des réclamations qu’il n’avait pas prévu de gérer ! La plus sérieuse lui est venue d’un petit homme barbu prétendant que certains étaient plus une légende par leur vie que par leur œuvre et qu’à ce titre, ils devaient pouvoir entrer au même titre que le Misanthrope ou Scapin. Dans un lieu aux 2000 places, les mythes et légendes pouvaient s’entendre au sens large, donc Jaurès ou Louise Michel seraient aussi bien acceptés que la Mégère apprivoisée ou Marie Tudor.

D’autres revendications surgirent dont celle d’Olympe de Gouges qui voulait savoir si en fait de Mégère, l’invitée était plutôt celle à apprivoiser ou celle apprivoisée ? Candide, prenant de plus en plus sa mission au sérieux répondit sans hésiter :

- Bien sûr, le Mégère à apprivoiser car les légendes et mythes ne pouvaient se déplacer qu’en leur naissance non en leur finition ! Comment le cadavre de Dorian Gray irait-il jusqu’à la Cour d’Honneur ?

Olympe en fut rassurée tout autant que Simone de Beauvoir, les deux présentant de la même manière, un autre cas de figure : une légende par la vie autant que par l’œuvre !

Le 21 juillet arriva vite et la foule attendue commença à monter les marches du Palais des papes sous l’immense affiche très colorée annonçant une exposition sur les… Papesses !

 Personne, pas même moi, ne pourra vous dire qui décida d’organiser cette foule, non suivant les travées comme d’habitude, mais suivant les fonctions des mythes et légendes.

Les spectateurs groupés sur la place du Palais des Papes purent ainsi observer mythes et légendes montant paisiblement de la Place de l’Horloge.

 Tout commença par la musique, compagne inévitable de tout spectacle. Beethoven aux côtés de Jean-Sébastien s’élancèrent les premiers avec dans leurs pas Pablo Cazals. Dans un coin certains suivaient l’événement avec de petites jumelles et tentaient de lire sur les lèvres ce qui faisait les conversations de personnages ayant peu d’occasions de se rencontrer en de telles circonstances solennelles. Pau Cazals semblait plaider en faveur de la mélodie, en faveur de la provocation qui soit une continuation de la mélodie. Tous étant artistes ou mythes créés par la vie ou les artistes, ils gravissaient les marches et partaient s’installer sur les fauteuils, avec la même inquiétude : n’allaient-ils pas assister à une provocation pour la provocation qui a toujours été l’assassinat de l’art par l’art ? ou inversement n’allaient-ils pas assister à la normalité pour la normalité, qui a toujours été la conformation de l’art par l’art ? Ils avaient fait confiance à un Candide noir sur un vélo blanc mais entre le meilleur des mondes philosophiques et les malheurs du monde réel, qui fondra en émotions nouvelles ?

 Quelqu’un s’exclama : Même Benedetto est là ? Conformément aux dires de Candide il s’agissait d’un Benedetto tout jeune, doté de l’inévitable guitare des années 60. A ses côtés, Robespierre mais pas Marx qui cette année n’était pas en Avignon, pas plus d’ailleurs que l’immense Pirandello ! Dans un autre coin, des applaudissements jaillirent à l’arrivée des femmes qui se serraient les coudes car parmi les mythes elles avaient peu de place, plus souvent destinées aux enfers qu’au paradis. Juliette était là sans son Roméo, et la Belle sans sa bête ! Marie Tudor avait une magnifique robe rouge et les Précieuses semblaient d’un ridicule à toute épreuve. Plusieurs sorcières du voyage ne se sentaient pas méprisées.

 

Le plus fou se produit quand ce public de choc découvre sur scène de la Cour d’Honneur, un grand lit appelé king size, anglais oblige. Les plus documentés comprennent aussitôt qu’on leur offre l’Opéra-Théâtre de Christoph Marthaler au succès tel que le public a exprimé sa joie par une ovation debout, pour une pas dire une standing ovation !

 Tout d’abord, le metteur en scène apparaît sur la scène et précise dans six langues en finissant par le japonais, qu’il est recommandé de laisser son téléphone portable allumé, de froisser le papier de ses bonbons et de tousser sur tous les tons. Le ton de la provocation est là. La plaisanterie dure dix bonnes minutes, une éternité pour un spectateur peu familier avec le culte de l’ennui cher à Marthaler ! Mais contrairement aux prévisions, les 2000 mythes et légendes présents sur les gradins décident alors de faire sonner, en appuyant sur la touche répète, leurs portables, et donc, dans une cacophonie sans nom, chacun se met à regarder sans intérêt une femme allant et venant sur la scène, jusqu’à ce que Eva Peron, la Eva Peron chère à Copi, ne s’écrie en s’installant sur la scène, dans une pose impériale : « Cette femme avec le cabas, c’est un clin d’œil à la femme assise de Copi ! »

 Alors l’homme endormi dans le lit king size se lève, prend sa douche, puis s’habille. Il s’avère être le pianiste mais contrairement aux attentes de Marthaler le délire ne s’empare pas de la scène musicale qu’il a eu tant de mal à mettre au point, mais bien de la salle, sous la conduite d’un Pablo Cazals fou de rage et de douleur. Bach face à Tout, tout pour ma chérie de Michel Polnareff ? Pour le burlesque, le loufoque ? Pour le massacre, hurle Pablo, pour le massacre de tout message, de tout émotion, et pour produire un rire ni jaune ni franc mais de complaisance. Halte à la complaisance envers le non sens !

Dans les travées, les hurlements s’enchaînent ni au nom de la tradition, ni au nom de la provocation, mais au nom de la joie de vivre, malgré tout ! Tout l’art de combat est dans ce « malgré tout ».

 Bien sûr, les acteurs de Marthaler qui découvrent leur scène occupée pacifiquement, n’en continuent pas moins leur culte de l’ennui et l’absurde. Qu’est-ce qui pourrait les déranger ?

Marthaler n’a rien à dire et il le fait très bien, aussi il sort de son bonnet une citation de Pasolini, extraite du Manifeste pour un nouveau théâtre :

« Le théâtre facile est objectivement bourgeois ;

Le théâtre difficile est fait pour les élites bourgeoises cultivées ;

Le théâtre très difficile est le seul théâtre démocratique. »

On se pose comme on peut…

  

Pas à pas la Cour d’Honneur se vide. Candide n’est pas là pour enregistrer les réactions. Il a compris : on l’a pris pour un candide et c’est sûr, ça ne se reproduira pas ! Quant à Marthaler il finira un jour par inventer le fil à couper le beurre et en fera enfin le chef d’œuvre tant attendu !

 

Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans littérature
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