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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 11:10

30 juillet 1914 dans le Midi socialiste

L'ultime moyen

Il est encore temps de parler de la Grève générale. Ses adversaires, qu'ils soient de nos amis ou de nos ennemis, n'ont pas fini d'en parler et la situation extérieure est telle qu'elle lui donne comme un regain d'actualité. La grève générale est destinée à empêcher la guerre et la guerre gronde pour le moment à nos pertes...

J'ai suivi avec attention les débats-du dernier congrès du Parti. J'ai écouté sans parti-pris, n'appartenant et ne voulant appartenir à aucune tendance, Guesde, Compère-Morel, Lucien Deslinières et tous les camarades qui ont combattu la grève générale que derrière Vaillant et Jaurès, nous soutenions.

Les arguments qu’ils nous ont opposés et que j'ai eu l'occasion dans mon dernier article du Midi de discuter ne m'ont pas convaincu, pas plus qu'ils n'ont convaincu la majorité du Congrès. Le seul qui ait une apparence de valeur est le suivant : « Si vous faites la grève générale en cas de guerre, vous livrez le pays le plus socialiste au pays le moins socialiste et vous faites le jeu des gouvernements d'autocratie. »

Cela serait exact s'il y avait action unilatérale et grève dans un seul pays.

Mais la motion Keir-Hardie-Vaillant, amendée par la commission des résolutions est formelle : la grève devra être déclenchée internationalement et simultanément.

Et qu'on ne vienne pas nous dire qu'il n'est pas possible d'affirmer qu'il y aura simultanéité de mouvement et identité- d’efforts. En douter, c'est douter de l'Internationale elle-même, c'est nier son esprit de discipline et son socialisme lui-même et si le bureau socialiste international ne parvient pas à faire exécuter des décisions prises solennellement en Congrès par toutes les sections je me demande à quoi il sert et je réclame sa suppression,

En admettant qu'il n'y ait pas, de part et d'autre - et cela ne dépendrait pas du bureau international mais de la force d'organisation des diverses sections - identité d'effort, cela ne prouve rien. Cette identité n'est pas nécessaire.

Il n'est pas nécessaire que la grève atteigne partout le même développement.

C'est à souhaiter, mais ce n'est pas indispensable. La grève dans un service public seulement paralyserait ou gênerait à tel point la mobilisa lion qu'il suffirait qu'elle se produisit dans les deux pays pour empêcher la guerre. Et peu importerait dans ce cas que la grève s'étendit, dans une nation, et d'autres services alors que, dans la nation voisine, elle se limiterait à se service seul. Le même résultat serait atteint dans les deux nations. Il y a là de quoi rassurer la conscience républicaine et un tant soit peu nationaliste de certains de nos camarades, ceux précisément - et ce n'est pas le côté le moins plaisant de la chose - ceux qui professent en temps ordinaire, pour la forme politique de gouvernement une indifférence proche du mépris et qui voient avec raison dans l'humanité non pas des patries mais des classes et des classes irréductiblement ennemies.

Car il faudrait bien aussi parler de ce point de vue. On nous dit : « Vous allez livrer la France à l'Allemagne ». O oublie qu'en Allemagne il n y a pas qu'un empereur, que des hobereaux, qu'une caste militaire et que des pangermanistes.

Il ya aussi des ouvriers et des paysans, des travailleurs comme nous, qui triment tout comme nous, qui souffrent tout comme nous ; des socialistes tout comme nous, ont assez d’être des miséreux et des esclaves et poursuivent la même transformation sociale, le même idéal de bien-être, de liberté, de fraternité et de justice. Il faudrait en parler de ceux-là et il ne faudrait pas cacher que c'est contre ceux-là, contre ces frères de souffrance et de lutte que la guerre nous dresserait et nous jetterait dans une effroyable crise d'aberration et de bestialité. Je me refuse pour ma part –et je prétends être dans la plus pure tradition socialiste - à commettre ce crime. La haute  trahison contre le socialisme, citoyen Deslinières, ne consiste pas à empêcher ce crime, même par la grève générale et l'insurrection si c'est nécessaire, mais à le commettre en refusant de recourir à ces moyens même s'ils sont reconnus indispensables. Car je pose ici la question que j'ai posé à Compère-Morel eu cours de mon intervention au Congrès National et à laquelle il n’a pas répondu : « Si tous les moyens légaux, si je puis dire, que vous préconisez pour empêcher la guerres que tous nous redoutons comme le pire des fléaux, sont de toute évidence, insuffisants; si, malgré les campagnes de presse et de réunion, les meetings, les manifestations, les discours et les obstructions parlementaires; si, malgré tout cela, la guerre est sur le point d'éclater, voulue à tout prix par les gouvernants, que ferez-vous ? »

Nous vous offrons le dernier moyen, l'ultime, le seul qui puisse détourner de nos têtes l'orage et prévenir la catastrophe. C'est la grève générale.

Il ne s'agit pas de savoir quel est son degré plus ou moins grand d'efficacité.

Vous n'avez -plus le choix. Vous avez tout épuisé. Il ne vous reste plus que cette arme. Allez-vous la repousser ou la dédaigner ? Alors c'est l'abattoir. Êtes-vous assez « moutons » pour vous y laisser conduire ? Vous le pouvez. Vous pouvez aller vous battre contre des camarades-de la veille, que vous aurez salués, avec qui vous aurez fraternisé dans un congrès, à Stuttgart, à Copenhague, à Bâle ou à Vienne et en compagnie desquels vous aurez décidé de vous opposer à la guerre r « par tous les moyens », quitte à ne pas utiliser le meilleur. Vous le pouvez, mais alors ne vous dites plus socialistes.

Vous êtes des nationalistes qui s'ignorent...

Vous placez l'idée de patrie au-dessus de l'idée de classe et, que vous le vouliez ou non, les intérêts nationaux, c'est-à-dire, en définitive, capitalistes, au-dessus des intérêts prolétariens. Pour nous, notre patrie, c'est l'internationale ouvrière.

Le hasard de la naissance nous a faits Français; le cœur et la raison nous ont fait socialistes. Nous ne commettrons pas ce crime monstrueux et « de haute trahison » contre le socialisme, celui-là, de porter les armes contre d'autres socialistes, de quelque nom qu'ils s'appellent.

Vous nous dites qu'on nous traitera de sans-patrie ? La belle affaire ! On nous traitait bien jadis de partageux et de pétroleurs. Ces calomnies ne nous ont pas empêchés de progresser, d'avoir cent élus à la Chambre et près de cent mille cotisants. La motion du Congrès de Paris, si elle est acceptée à Vienne par l'Internationale, au lieu de gêner notre recrutement le facilitera. Ce qui le gêne, ce recrutement, dans une certaine mesure, ce n'est pas notre prétendu verbalisme révolutionnaire : c'est, sur le terrain antimilitariste, l'attitude trop imprécise de la social-démocratie allemande. Si, une fois pour toutes, nos camarades allemands déclarent avec nous. catégoriquement cette fois, qu'ils ne marcheront pas en cas de guerre, on aura fini de nous opposer les uns aux autres et la grève générale, au lieu d'apparaître à de nombreux esprits timorés ou inquiets comme un épouvantail, apparaîtra comme l’ultime moyen de salut, accepté et utilisé par tous.

Il ne suffit pas de proclamer qu'on ne veut pas la guerre. Il faut prendre toutes les mesures propres à l'empêcher et tenter, dans ce but, les efforts les plus héroïques et les plus désespérés. Contre un tel fléau, tous les remèdes sont bons et doivent être employés.

Raoul VERFEUIL.

N. B. - A l'argumentation de notre camarade - dont l'opinion n'engage que lui. - nous répondions un seul mot : Verfeuil ne veut pas porter les armes contre d'autres socialistes, C'est donc que les autres socialistes marcheraient à la bataille ?.., Dans ces conditions, on se demande pourquoi nous n'irions pas nous-mêmes.

Par ailleurs, Verfeuil nous dit que dans une nation il y a deux classes et que, en luttant contre elle, on lutte contre la classe ouvrière. Mais notre ami sait bien que c'est la classe bourgeoise qui détient le pouvoir et qu'en nous inclinant devant un pays étranger c'est devant des capitalistes que nous capitulons. L. H.

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Published by éditions la brochure - dans raoul verfeuil
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