Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 17:42

Ce journaliste a une rubrique hebdomadaire sur Le Soir d'Algérie, quotidien auquel vous pouvez accéder sur le net : il est gratuit, riche et varié. En France on dirait que c'est de l'islamophobie... Jean-Paul Damaggio

 

KIOSQUE ARABE Urgences funéraires et urgences médicales
Par Ahmed Halli                  halliahmed@hotmail.com


A Katia Bengana, rayée définitivement des listes électorales le 28 février 1994

pour avoir refusé de dire oui au voile islamiste.

 

Lorsque vous demandez aujourd'hui à un Algérien pourquoi il s'est empressé d'enterrer à 16h de l'après-midi son père, décédé dans la matinée, il vous répond en général que «c'est mieux ainsi». «C'est mieux ainsi» renvoie aussi bien à l'exiguïté des logements d'aujourd'hui, à leur taux d'occupation très élevé, qu'à d'autres considérations d'ordre pratique.
Sauf s'il est un «musulman engagé », selon l'expression en vogue, l'Algérien admettra rarement qu'il est sous influence. Au mieux, il vous récitera l'antienne suivant laquelle il faut se hâter d'enterrer les morts, conformément au Hadith, lequel Hadith, soit dit en passant, est battu en brèche par le sort réservé à la dépouille du Prophète lui-même. À l'époque du FIS, le Hadith sur les funérailles expéditives était appliqué de façon caricaturale, voire ridicule par des militants plus exaltés que conscients. Ainsi, c'est un groupe de fier-à-bras barbus qui s'emparait du catafalque et le portait au pas de course jusqu'au pied de la future demeure du de cujus [du quidam]. Ces «marathoniens» des cimetières pratiquaient aussi le volontariat mortuaire, et prenaient en charge, sans même en référer à la famille, l'inhumation de tous les défunts aux alentours. Sensibles, toutefois, aux critiques et aux sarcasmes des laïcs résiduels, les islamistes ont affiné la technique. Plus besoin de s'époumoner à courir avec un brancard, au risque de se démettre l'épaule et de distancer dangereusement le reste du peloton. L'application intelligente du Hadith consiste à éviter que le mort n'encombre trop les lieux en l'emmenant vite fait à sa dernière demeure. Ainsi est-il instamment recommandé aux bons musulmans d'avoir le tact de mourir à la bonne heure. Quitter la vie entre minuit et sept heures du matin n'est pas une obligation, mais ce serait le meilleur moment, selon les spécialistes, pour quitter ce monde de larmes sans trop faire couler celles des siens.

 

Une fois que toute la procession funèbre est au bord de la tombe, on peut se permettre de prendre son temps pour écouter le long sermon de circonstance, qui justifiera l'omission de l'invocation traditionnelle. Un détail à ne pas perdre de vue de nos jours : prévoir un lieu approprié, une mosquée ou une placette, pour la prière rituelle. Selon les nouveaux dogmes fondamentalistes, il est absolument interdit de faire ladite prière à l'intérieur du cimetière. Pour les justificatifs, on vous assènera toujours les témoignages oubliés de quelques «Compagnons», y compris si ces derniers avaient à peine l'âge de dix ans lors du décès du Prophète. Il y a des surdoués pour toutes les époques, et pour toutes les circonstances. On sait que l'authentification, ou «blanchiment», des Hadiths ne rebute plus personne, depuis que Muawya a installé à demeure le plus prolifique des «narrateurs », Abou Horreïra.

 

Avec le rituel de morts, est venu aussi le temps des pieux commerçants qui ferment leurs échoppes à toutes les prières du jour, et spécialement celle du vendredi.

 

Depuis, l'obligation de fermer boutique s'est aussi étendue à d'autres métiers, à d'autres monuments de piété. Il y a quelques semaines, le journal électronique de notre Farid Alilat, D.N.A ( Dernières nouvelles d'Algérie), rapportait la déconvenue d'une consœur qui voulait prendre le métro à Alger. Elle s'est donc adressée à la préposée au guichet, voilée comme tout le monde, pour acheter un ticket. La dame a refusé fermement, mais poliment, de délivrer le titre de passage, arguant que la prière du vendredi n'était pas encore terminée et que c'était «haram» pour elle de vendre des tickets. Seulement, la journaliste ne s'est pas laissé arrêter par cette curieuse explication, et a exigé son ticket, d'autant plus que le distributeur automatique était en panne, et que les rames continuaient de circuler. Finalement, la très pieuse guichetière a consenti à délivrer le fameux billet non sans ajouter que l'acheteuse devrait assumer les conséquences du péché que la fonctionnaire était obligée de commettre.

 

Voyez-vous, ce qui m'a le plus frappé dans cette histoire absurde, ce n'est pas tant qu'une guichetière observe le «sabbat» lors de la prière du vendredi, mais le fait qu'un distributeur automatique s'arrête aussi. Cela veut dire qu'avec l'argent du Qatar, les fatwas de Karadhaoui et l'imbécillité ambiante, même les machines peuvent s'arrêter au moment de la prière collective. De là à ce qu'ils nous programment l'arrêt complet des rames, il n'y a qu'une station, et je n'ai pas le ticket idoine.

 

Comme je n'ai pas l'habitude de vous vous faire broyer du noir, sans essayer d'en atténuer l'amertume, et même si, hors du football, le malheur des Égyptiens ne fait pas toujours le bonheur des Algériens. Sachez que nous ne sommes pas les seuls à subir des mésaventures comme celle qui est arrivée à notre consœur dans une station de métro. Mardi dernier, l'observateur lucide et engagé qu'est l'écrivain égyptien Ala Aswani nous a raconté l'histoire vécue par l'un de ses amis, une histoire comme il peut en arriver entre Alger et Tizi-Ouzou. Alors qu'il roulait vers Le Caire, la maman de cet ami qui voyageait avec lui a été prise d'un malaise. Comme elle était diabétique et qu'elle avait besoin d'une injection d'insuline, le fils s'est arrêté devant la pharmacie d'un village. Il a demandé au pharmacien, barbu, de lui injecter une dose d'insuline, mais à sa grande surprise, le praticien a refusé : «Désolé, a-t-il dit, je ne fais pas d'injections aux femmes, car c'est contraire à la Charia, cherche une doctoresse pour le faire.» L'homme a eu beau faire valoir que sa maman avait plus de soixante-dix ans et qu'elle était donc loin d'être une source de tentation et de discorde (fitna) mais le pharmacien n'a rien voulu entendre. Ala Aswani cite encore d'autres exemples de ce piétisme ostentatoire, comme celui, nuisible, de ces agents des urgences hospitalières qui ne rejoignent leurs services, en période de Ramadan, que deux heures après la rupture du jeûne. Le prétexte invoqué à ce retard est l'obligation, qui n'en est pas une en réalité, de s'acquitter de la prière des tarawihs. Comme quoi, chez les «muta'aslimine» ou «musulmanisants », pour reprendre l'expression de Saïd Achemaoui, on peut pratiquer l'urgence funéraire, et prendre son temps lorsqu'il s'agit de sauver des vies humaines. Selon une habitude établie, l'écrivain égyptien conclut sa chronique par cette phrase : «La démocratie, c'est la solution. » Mais il semble y croire de moins en moins, et nous avec lui, surtout depuis que les Américains, avec Hillary Clinton, nous délivrent des satisfecit et nous incitent à approfondir la démocratie. En attendant qu'ils aient fini de sonder les profondeurs de nos sous-sols. A. H.

Partager cet article

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans algérie
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche