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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 14:58

Jeudi 19 juin

1 ) Une semaine après sa mort, voilà que ce journal de la grève ressuscite à cause de deux initiatives du modeste Collectif de grève, deux réunions qui complètent magnifiquement cette belle expérience. N’y voir aucune coïncidence avec tout autre événement !

 

2 ) Comment, en effet, ne pas raconter la dernière AG ? En fait, je devrais dire la première ! Oui, c’est ça, pour la première fois, une AG inter - professionnelle a été organisée à Montauban de manière sérieuse (les AG de fin de manif furent seulement une tribune pour les ténors). Environ 200 personnes assises dans la Maison du Peuple avaient deux heures pour engager la réflexion en ce dernier jour de grève inter-professionnelle en défense des retraites.

 

2 ) Les dirigeants de la CGT, FO et l’UNSA monopolisèrent la parole si bien que je crus un moment qu’elles étaient organisatrices de la rencontre. Par chance, le responsable de la FSU eut la bonne idée de renvoyer enfin les micros vers la salle. Pour résumer, cette parole officielle disons que « le futur nous appartient, que les luttes vont se poursuivre, que l’automne sera chaud ».  Et si, socialement, l’automne n’est pas chaud, il suffira de reprocher à la base son manque de dynamisme. Les directions sont sauves au point qu’elles sont indiscutables comme nous allons le voir. Un ami à côté de moi eut cette réflexion : « c’est comme après la défaite politique de la gauche, il ne faut pas tirer les leçons de l’expérience ! ». Les soirs de défaite, l’heure est à la revanche promise pour le prochain scrutin.

 

3 ) La base a bon dos, surtout qu’elle a du mal à comprendre. Par exemple, la première question porta sur la grève générale : «elle ne se décrète pas» ai-je entendu une fois de plus. Or personne n’a jamais dit qu’elle se décrétait ! La deuxième question porta sur l’abandon par la CGT de la référence aux 37,5 annuités. Pour la première fois, j’ai entendu le responsable de la CGT mentionner la formule maudite «37,5 annuités pour TOUS» en disant qu’il était d’accord mais qu’elle n’est plus la priorité. Il faut penser aux jeunes qui devront inclure les années d’études dans le calcul de la retraite … Bref, il faut penser autrement. Comment faire passer un alignement sur les positions du PS (les 40 ans pour tous) comme un façon sérieuse de penser ? Que le jeune commence tard, qu’il puisse racheter ses études est une réalité qui devrait pousser au maintien prioritaire des 37,5 pour tous, car avec 40 puis 41, je ne vois le progrès pour personne. Mais c’est vrai, j’ai mauvais esprit.

 

4 ) C’est mon mauvais esprit qui me poussa à demander la parole. J’avais prévu de me taire mais à la réponse, « la grève générale ne se décrète pas », je me suis senti obligé de dire ce que beaucoup pensent mais qu’ils gardent pour eux. Le calendrier de la lutte mis au point par la CGT, différent de celui de la lutte des enseignants, aurait pu être le bon, mais ça a foiré, aussi une discussion s’impose, sur les raisons de cet échec. Le 13 mai fut extraordinaire mais la poursuite de la grève fut reportée à plus tard, au 3 juin, car il fallait penser d’abord à la manif de Paris. Pour ne pas être en reste, j’ai ajouté que le débat du soir sur les retraites me paraissait très bien mais pourquoi si tard ?

 

5 ) Le responsable de la CGT a élevé la voix, le ton est monté et, de grâce, n’oublions pas que l’adversaire, c’est le gouvernement. La mobilisation continue et la défaite n’existe pas ! Ensuite, on entendra l’appel à militer dans les syndicats … pour y faire l’autruche ? Le responsable de la CGT avait été interpellé sur l’AGCS qu’il appela AGFF, peut-être sous le coup de l’émotion. Qui connaît l’AGFF à savoir l’Association de Gestion des Fonds de Financement ? Qui a oublié une manif de janvier 2001 qui rassembla à ce sujet 300 000 manifestants à Paris ? L’AGFF est une structure paritaire MEDEF-Syndicats pour gérer les fonds permettant de verser des retraites complémentaires aux travailleurs ayant entre 60 et 65 ans, vu que les complémentaires n’ont pas pris en compte le passage à la retraite à 60 ans après 1983. En janvier 2001 Seillière voulut cesser les versements patronaux mais il recula sous pression de la rue. L’AGFF est à la tête d’un excédent de 2 milliards d’euros et les deux grands régimes (AGIRC et ARRCO) ont des réserves pour tenir jusqu'en 2010, d’après les administrateurs syndicaux. Ces organismes paritaires sont au coeur de la réforme Fillon en passant de l’épargne salariale à l’épargne retraite.

 

6 ) Preuve que la lutte continue : les Poult étaient là ! Le responsable FO fut heureux de leur faire lever la main. Nous les avons applaudi. Ils étaient une quinzaine. FO tenta peut-être ainsi de se faire excuser pour sa présence modeste dans le conflit, pendant que nationalement Blondel mettait la pression. La poignée d’enseignants eut droit à des félicitations de la part de la personne qui expliqua que le 13 mai, elle tenta sans succès de faire mettre en grève les facteurs, avec un membre de SUD. Son témoignage répondait à mon intervention de manière plus intelligente que celle du dirigeant de son syndicat car de manière plus sincère. Il se trouve qu’en matière d’analyse une hirondelle ne fait pas le printemps. D’ailleurs, pourquoi la grève se déclencha chez les facteurs de Montauban suite à un piquet, quand les enseignants baissaient les bras d’épuisement ? Ce piquet n’aurait pas pu avoir lieu le 14 mai ? A ce moment-là, le responsable de la FSU expliquait qu’il fallait laisser chacun décider de sa forme d’engagement. Faut-il vraiment repasser le film des événements ?

7 ) La fameuse « base » qui n’a pas répondu chez les facteurs, elle commença la lutte par la grève reconductible des pions. Elle continua en poussant les directions syndicales de l’éducation à se battre. Elles le reconnurent implicitement puisqu’elles avaient au départ, le même discours que la CGT, « la grève générale ne se décrète pas ». Dans l’éducation elle a eu lieu plusieurs semaines. En conséquence, FO comme la CGT évitèrent la mise en place d’AG. Quand la CFDT a signé, quelqu’un le rappele aujourd’hui, il ne fallait pas montrer du doigt ce syndicat. On préfère dénigrer ceux qui contestent la direction de la révolte !

 

8 ) A côté de moi, un ami m’explique qu’à la DDE la direction avait programmé une très coûteuse campagne d’explication sur la loi des retraites. Voilà le genre d’infos qu’il faudrait échanger mais personne ne parlera pour la DDE. En fait, seule la dame de La Poste évoqua la réalité de son combat.

 

9 ) Ah ! qu’ils savent se serrer les coudes les dirigeants ! Je les admire. A la sortie, une personne m’a dit : « j’ai préféré me taire vu l’ambiance ». Puis une action fut programmée vers une réception que la Mairie accordait au MEDEF des Hauts de Seine pour son jumelage avec celui du Tarn-et-Garonne. L’après-midi, manifestation à partir de la Cité agricole. Le soir, action au péage etc… Combien y a-t-il de permanents syndicaux en TetG ? Tout d’un coup, je me suis posé la question. Dans l’éducation, ça doit tourner autour d’une dizaine de postes. Je ne me plains pas de cet effort en faveur des syndicats, d’autant que ceux qui assurent un brin de décharge font beaucoup plus que les heures qu’ils doivent. Je me plains de la coupure entre les directions et la base.

10 ) Je suis rentré chez moi avec la ferme intention de m’y reposer, délaissant la manif de l’après-midi où 1000 personnes traverseront une nouvelle fois la ville. Je voulais me préparer au débat du soir sur les retraites, proposé à l’initiative du Collectif de grève. Deux intervenants, dont j’avais pu noter la judicieuse argumentation plus d’un mois auparavant, prirent la parole avec modération, si bien que s’engagea un bon débat avec la salle. Le premier intervenant avait dans son lycée proposé cet exposé dès le mois de janvier mais les dirigeants syndicaux ne permirent cette information que bien plus tard, sur un piquet de grève. Est-ce encore mon mauvais esprit qui parle ?

11 ) A écouter son intervention chacun put vérifier que pour être convaincant, il ne suffit pas de dire « non au plan Fillon et oui à une réforme ». Une réflexion, soucieuse de la discussion, permettra seule de dénoncer sérieusement le néo-libéralisme. Pour commencer, M. Perrault proposa de réfléchir à l’originalité du néo-libéralisme. Pour lui, comme pour René Passet, une révolution interne au capitalisme transforma le face à face capital-travail, qui était doté d’une certaine complémentarité, en face à face profit-dividendes. Ford et son industrie automobile créèrent une société où l’acte de consommer permettait d’élever le taux moyen du profit. Pour consommer plus, il fallait augmenter les salaires et cette augmentation permettait un développement du profit qu’il fallait réinvestir pour poursuivre dans cette logique.

Avec le néo-libéralisme le « facteur travail » est devenu marginal. Les profits visent à payer des dividendes qui, pour augmenter, supposent de pressurer le « coût » du travail. D’où les délocalisations, les robots et les attaques contre les services publics, avec atteinte à la retraite.

La retraite, elle est toujours constituée par une part du gâteau produit dans la société. La question politique consiste à décider de la part qui est retenue. La retraite par répartition permet de traduire directement en acte la réalité économique car de toute façon, dans toute société, les actifs paient les pensions des retraités. Si j’épargne aujourd’hui pour avoir une retraite demain, sauf à mettre l’argent épargné dans un bas de laine, demain je n’aurai que l’argent que la société pourra débloquer à mon avantage. Abandonner le lien direct entre générations, pour confier le montant de ma retraite à une opération bancaire, c’est obliger le salarié à jouer contre lui-même (financièrement et en terme de solidarité). Dans ce nouveau cas de figure, le salarié se trouve pris dans une contradiction : ou il pense aux dividendes contre les salaires ou l’inverse !

Nous sommes face à une nouvelle logique économique qui écarte « le facteur travail », or la réforme de Fillon repose sur lui par l’allongement de la durée de travail et autres charges uniquement sur les salariés (la baisse des pensions). La supposée réforme va droit contre le mur. Elle ne peut rien résoudre.

 

12 ) Pour réagir, l’autre intervenant, M. Pellicer, se faisant l’écho des travaux de la Fondation Copernic, proposa de porter l’effort sur les salaires. Ce qui signifie inverser la logique de mise à l’écart du « facteur travail ». L’effort sur les salaires par un effort sur la formation et autres droits sociaux. Les charges des entreprises en matière de retraite pourraient être modulables de façon à privilégier celles qui évitent la spéculation au profit des salariés (c’est pour une bonne part la thèse des économistes de la CGT).

Ces simples éléments donnés brièvement montrent que la discussion est fondamentale pour permettre une argumentation en lien avec notre époque.

 

Il ne suffit plus de réduire les rapports économiques au calcul du taux moyen de profit. Encore faut-il chercher à savoir comment ce taux est obtenu et à quelles fins ! D’où le rejet, par les deux orateurs, du piège de l’épargne salariale comme de l’épargne retraite. Les fonds de pension à la française, c’est un leurre, mais comme les syndicats participent à leur gestion, ces fonds sont écartés le plus souvent de toute discussion.

Les deux orateurs furent aussi d’accord pour évoquer « le consensus » de toute la classe politique sur la question.

Le public a montré une qualité d’écoute exemplaire et une volonté de discuter qui a fait dire à un des intervenants que cette soif de connaître était une des inventions indispensables à la reconstruction d’une force sociale alternative. Comme autre invention, il proposa un travail d’élaboration de moyens d’actions internationaux.

13 ) J’ai alors donné l’exemple de Via Campesina, cette organisation internationale des luttes paysannes sans laquelle la Confédération Paysanne ne serait pas la même. J’en ai profité pour évoquer le cas de José Bové qui risquait une arrestation à tout moment. Comme autres luttes internationales, j’ai évoqué le cas des enseignants d’Equateur, du Pérou ou de Bolivie. Pourquoi, dans le monde enseignant, le lien avec l’international est si faible ?

 

14 ) Un dirigeant syndical crut indispensable d’indiquer qu’avant d’en arriver à des luttes internationales il faudrait agir chez nous. Le cas des paysans est pourtant exemplaire : sans être concurrencés par des multinationales, ils tissent des solidarités. Ils savent qu’avec la nouvelle Union Européenne, 6 millions de paysans sur 7 millions vont disparaître. Ils le savent d’expérience et cette crise va compléter les crises des autres paysanneries.

 

15 ) Tout en ayant une vision politique, le prof d’économie a surtout parlé en terme de logique économique d’où une intervention de la salle pour rappeler que l’Etat providence, les services publics, la protection sociale sont également le fruit d’une sensation bien connue des possédants : la peur d’une « révolu-tion ». Le socialisme créa une perspective politique qui alimenta les luttes sociales et si, en 1936, le PCF était bien petit, il n’était pas déconsidéré par les suites de l’histoire. Le recul social, voire la disparition de toute alternative politique, qui a mis toute la planète à la merci des critères néo-libéraux, nous impose d’accomplir notre propre « révolution ».

 

14 ) Il y eut aussi des questions sur la croissance, à partir de l’interrogation sur le développement durable ou la décroissance soutenable. En terme économique le développement des transports en commun entraîne moins de croissance que le développement de la voiture individuelle avec pourtant un bénéfice social plus grand. Il faut donc là aussi révolutionner les esprits : passer du quantitatif au qualitatif; du profit privé au profit social, de la vision à court terme à la vision à long terme, du national à l’international etc. La CGT table sur une croissance de 3% pour financer sa réforme des retraites. Un rêve dans une société ou le facteur travail décline jusqu’à entendre l’expression de « fin du travail ».

 

15 ) D’où cette autre question posée par un militant que j’avais découvert seulement deux jours auparavant : « Et si on réduisait notre consommation? » Cette réflexion m’intéresse, mais dans notre société, c’est le chemin majeur du néo-libéralisme comme le démontra toute l’argumentation de la soirée. La baisse de 20 à 30% des pensions c’est fondamentalement ne baisse de la consommation. Le fait que depuis 20 ans, la baisse de la part salariale dans le partage de la valeur ajoutée ait été de 10 % aussi. Notons que je comprends enfin pourquoi les retraites vont être indexée sur les prix et non sur les salaires : dans le public depuis longtemps les salaires augmentent moins que les prix mais dans le privé c’était l’inverse. Une autre preuve de la marginalisation des salaires. En clair, la question n’est pas celle de la baisse de la consommation mais celle de la baisse de la consommation pour qui ? Notons en passant que nous sommes déjà prisonniers : quand le logement est loin du travail comment réduire sa consommation d’automobile ?

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Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
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