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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 13:47

Pour le centenaire de la mort de Mary-Lafon

La dépêche du Midi 21 juillet 1984

 

Il y a cent ans, mourait Mary-Lafon. -Deux ans avant, il bouclait sa vie. Pour cela, deux livres : l’un était l’aboutissement de sa vie et l’autre cette vie même. Mais avant de tourner ces deux clefs, interrogeons ce nom qui se trouve sur la porte. A la fin de 1829, Jean-Bernard Marie Lafon quitte Lafrançaise, sa ville natale, et Montauban pour la bonne ville de Paris. Il avait décidé de devenir homme de lettres. Avec cette seconde naissance, il se donne un nouveau nom. Et il devient l’homme sans prénom. Il ne pouvait écrire Marie Lafon car passer pour une femme, au moment ou Amantine-Aurore-Lucile Dupin se décide pour Georges Sand, n’était pas une garantie de succès. Pourtant, il tenait sans nul doute à ce prénom de Marie qui était celui de deux êtres chers : sa mère morte à sa naissance et sa grand-mère qui l’éleva.

Alors, il installa le Y, ajouta un trait d'union et le tour était joué. Mary-Lafon venait de naître. Pendant cinquante ans, il restera fidèle à cet engagement de jeunesse : il sera homme de lettres.

Un siècle après sa mort, que reste-t-il ?

Une cinquantaine de livres couverts de poussière. Lui qui passa sa vie à dépoussiérer… Il n'admettait pas, en effet, le sort qui était fait à la littérature occitane. En 1850, dans une introduction aux poèmes de Castela Mous Farinals, il rappelait, une fois de plus : « Telle est notre langue, une des plus riches qui soient sorties des lèvres de l’homme et l’une des plus anciennes car en sa qualité de fille aînée des Romains, elle prime toutes les langues d'Europe. Cela n'empêche pas les sots de la flétrir du nom de patois... Quelle rougeur leur monterait au front s'ils connaissaient ses titres de gloire ! ». Alors, sa vie durant, il fit oeuvre de réparation c'est son mot. Une des clefs qui boucle sa vie, c'est donc son histoire littéraire du midi de la France. Il a tout sacrifié au Midi, nous dit-il, et pour cela il a commencé par se faire historien.

A une histoire qui mettait la France au point de départ, il oppose une histoire où la France est en construction.

Il lui fallut quatre volumes pour écrire son histoire politique, religieuse et littéraire du midi de la France. Nous étions en 1844 et il avait 34 ans.

A accomplir cette tâche, il fit d'agréables rencontres. La vie des rois n’était plus, en effet, le centre des événements mais la périphérie et c'est le peuple qui prit le premier rôle.

Cette histoire politique est une histoire de la liberté. Tout comme l’histoire religieuse ! Mais attention, ici, la liberté n’est pas fantôme.

Ce n’est pas celle que l’on invoque chaque fois que l’on veut asservir. Elle est constituée de la chair et des os du peuple. Et pour préciser qui est ce peuple, voici comment il apparaît au moment de la guerre entre protestants et catholiques, à Montauban.

« Dans ce triple assassinat, empreint de toute la rudesse de ce siècle de fer (XVe siècle), se révélaient violemment les trois intérêts qui divisaient la réforme : l’intérêt religieux passionnant le peuple et les ministres, l’intérêt de la noblesse des soldats qui vivaient de la guerre civile et l'intérêt des cités municipales dont la bourgeoisie s'était enrichie des biens clergé et affranchie de tout contrôle sous l’autorité nominale du roi. »

Comme quoi la guerre catholiques-protestants n’est pas une guerre simple…(1)

Cette histoire du Midi sera complétée par une Histoire d'Espagne, une Histoire de Rome et même une Histoire de France.

Mais concernant le Midi, il fallait mettre en lumière un aspect central : l’histoire littéraire.

Le Toulousain Goudouli est l’idole de Mary-Lafon concernant le début du XVII° siècle mais son étude remonte, bien sûr, aux troubadours. Pour répondre au départ à une commande ministérielle, il va se lancer dans des traductions d'oeuvres littéraires de langue d’oc : la célèbre guerre contre les albigeois, Gérard de Roussillon, dame de Bourbon qu'il attribue à Marcabru, Fierabras, le Roman Jauffre et la vie de Saint-Honorat.

On a là des paradoxes de cet homme : il défendit toute sa vie la langue d'oc mais n'écrivit jamais une seule ligne en cette langue si ce n’est pour citer des écrivains.

Parmi les autres paradoxes, on peut évoquer un article récent (2) qui en fait un protestant alors qu'il était catholique... mais il est vrai quel catholique ! Comme promis à Mazzini, célèbre démocrate italien, il écrivit deux livres contre le pouvoir temporel des papes : de quoi s'instruire...

Mais pour revenir à la culture occitane, que disait-il de son XIX° siècle ?

Il affronte d'abord le célèbre coiffeur d'Agen Jasmin. Sa réputation était telle qu'il alla même à Londres porter la bonne parole du Midi. Pour Mary-Lafon, il était le contraire du bon auteur littéraire du Midi : flatteur pour les notables et ignorant la langue.

Quant à Mistral, il envoya à Mary-Lafon « Mireille » avec une dédicace. Mais à la fondation du félibrige, Mary-Lafon devient plutôt que félibre, président de l’Athénée de Provence. Il choisit les ouvriers de Marseille contre la campagne de Mistral. Ce choix continue celui en faveur de son ami Peyrottes, potier à Clermont-l’Hérault, qu’il glorifie parmi les poètes ouvriers de 1840-1850. Ce choix sera continué par une participation au banquet de l’alliance latine (le cœur du félibrige rouge) le 26 mai 1878. Il termina ainsi le discours qu’il improvisa à cette occasion : « S’ils répondent (les pays latins) comme tout porte à l’espérer, à notre appel, une magnifique fédération se formera et alors, messieurs,on verra deux bannières dans le monde, l’une sombre, sanglante et portant en lettres de fer la devise du despotisme : « La Force prime le droit ! » l’autre éclatante, pure comme l’azur des cieux et laissant flotter dans ses plis superbes, écrite en lettres d'or, la devise de l’avenir « Le droit vaincra la force ! » »

N'allez pas imaginer pour autant un rouge en politique.

Il était de ces républicains sincères qui, par leurs actes et leurs idées, participeront à la fondation de l'idéologie radicale qui marquera la troisième République.

Au départ, deux clefs étaient au rendez-vous. Après la défense du Midi, il est temps de passer à la seconde. Avec le livre autobiographique : « 50 ans de vie littéraire », il nous fait part de son action dans l’ensemble de la vie littéraire française. Il publia des poèmes, des romans, des oeuvres théâtrales. Admirateur de Lamennais, de Georges Sand, et d'autres, il est avant tout écrivain français, même s’il passa peu de temps à Paris. On est d'ailleurs étonne de le voir si souvent voyager d'un bout à l’autre de l’Europe du Sud. S'il est écrivain parisien, c'est que pour lui les académies de province se complaisent trop dans la médiocrité et il refusera toujours une vision du Midi qui l’enfermerait en lui-même. (3)

Il défend le Midi. Pas pour en faire un territoire à part, mais comme moyen d'enrichir la France toute entière.

Cette rapide visite terminée, peut-on considérer que la poussière qui le recouvre aujourd'hui est justifiée ?

En 1829, il fit un voyage à dos de cheval à travers tout le Midi pour rencontrer l’authentique langue d'oc, celle qu'il aimait en concurrence avec le latin et aussi en cachette.

S'il refaisait ce voyage aujourd'hui, il pleurerait à chaque pas une langue perdue. Pourtant, il ne baisserait pas les bras. Je ne sais pas s'il passerait bien aux émissions occitanes de la télévision, mais de toute façon, il trouverait cela largement insuffisant.

C'est vrai, il s'est parfois enseveli sous la poussière qu'il remuait mais comment aurait-il pu faire autrement ?

Nous, nous pouvons faire autrement ! Et alors, Mary-Lafon ne sera ni le grand écrivain oublié ni le précurseur méconnu, mais un des outils parmi d'autres qui feront que le passé ne pesant plus trop lourdement sur le présent; nous inventerons un avenir à la culture occitane. -
J.-P. DAMAGGIO.

 

 

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Published by éditions la brochure - dans mary-lafon
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