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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 17:51

Jeudi 15 mai : Voyage à Rodez

 

1 ) En guise de réveil, la radio annonce la persistance des grèves d’enseignants accompagnées d’autres plus dramatiques, les grèves des transports. Pour qui l’aurait oublié, l’économie commande ! Une perte de chiffre d’affaires sur une journée, c’est une catastrophe. Dans une autre société, ça pourrait au contraire être la joie d’une moment sans travail !

 

2 ) Etant un des grévistes, je pars vers Rodez participer au comité d’accueil prévu pour Luc Ferry, pendant que ma compagne ira discuter avec les collègues de son lycée occupé. Voyage agréable qui me fait rencontrer à Rodez, un ami du Tarn avec qui nous partons en quête d’un sandwich.

 

3 ) Le rassemblement est coloré et le pique-nique donne un air de convivialité. Toujours l’occasion de discussions fructueuses car le temps de grève c’est comme un temps gagné deux fois : des heures en moins données au travail, et des heures en plus données au plaisir de la vie. Mais, c’est vrai, il y a un coût !

 

4 ) La manif s’engage vers la cathédrale de Rodez. Là les organisateurs veulent faire allonger tout le monde sur la place mais sans succès. Devant, des manifestants tarnais venus en vélo donnent un rythme rapide. Les banderoles artisanales ou professionnelles flottent très nombreuses devant le lieu ultime de la manif, la mairie, où arrive Luc Ferry. La télé montre ce qu’elle veut (et parfois mieux que le témoin) tandis que moi j’observe ce qui me chante. Les enfants aiment beaucoup le dessin que je promène.

 

5 ) Le critère d’observation c’est le nombre et la détermination. La chorale du Tarn-et-Garonne se distingue par ses chansons bien rodées. La manif devient comme une habitude, comme une façon d’exister, mais il me faut déjà rentrer car une autre réunion m’attend à Montauban.

 

6 ) Après la réunion du journal Point Gauche ! avec ma compagne nous devions aller à un débat sur l’Algérie mais, elle m’informe qu’il y a AG des grévistes à Montauban. Heureusement, elle l’avait notée sur Internet car, n’ayant pas fait le voyage en bus à Rodez, je n’en savais rien.

 

7 ) Même à prendre un repas rapide, nous sommes en retard à l’AG réunie dans la salle Sellier archi pleine (à la Maison du Peuple). Ayant participé à toutes les AG,  j’avais juste envie aujourd’hui d’écouter pour connaître la suite du mouvement. Non que je doute un seul instant du résultat : dans une réunion de personnes motivées, le vote sera toujours la reconduction de la grève. Ne confondons pas une AG de cheminots rassemblant TOUT le personnel et où le vote à une autre dimension et les AG de grévistes. Dans un précédent mouvement de grève, je me souviens, de la dernière AG : 25 personnes votèrent la reconduite de la grève. Un vote sans suite.

 

8 ) Deux interventions me réveillèrent un peu. D’abord, celle d’un ami précisant que la question n’est pas l’argent que l’on perd dans la grève, mais de mener la bagarre. Il m’apprend alors que la CFDT vient de signer sur les retraites et il précise que se battre, et avoir des syndicats qui signent par derrière …. Cet instant sera une image à jamais gravée dans ma tête. Un peu comme un éclair. Non que la nouvelle m’ait surpris (je l’ai annoncée dès janvier) mais l’apprendre ainsi !

 

9 ) Puis intervention d’une instit qui, en sachant qu’elle risquait de choquer, indiqua que pour gagner, il fallait insister sur les retraites. Elle précisa même : « Si je fais grève c’est pour les retraites ». Pour elle, faire céder le pouvoir, ça passe par le lien à établir avec les autres professions. Elle voulait connaître la nature des contacts avec les autres confédérations. Son intervention nous fit sortir du débat épineux sur les piquets de grève, pour un débat sur le fond, un débat que j’attendais depuis le début.

Un intervenant, donnant son expérience de la Seine Saint-Denis, indiqua que les dirigeants firent ce que la base demandait. Un autre précisa que dans les rapports avec les parents « il n’était absolument pas question de parler des retraites » et pour mettre tout le monde d’accord il proposa 38,5 pour tous, le public et le privé faisant chacun un effort vers l’autre.

 

10 ) Dans ces conditions j’ai souhaité apporter de l’eau au moulin en indiquant que les questions techniques peuvent se régler dans les collectifs de base et par téléphone, pour permettre en AG, la discussion sur les objectifs généraux. Une grève reconductible suppose des motifs plus précis qu’une grève de 24 h surtout si on veut que, de la base, ils remontent vers le sommet : en Seine-St-Denis c’était un nombre de postes, les toubibs c’était 20 Euros la consultation... Pour nous, ça pourrait être par exemple 37,5 ans pour tous, la réintégration des MI-SE, le rétablissement des emplois-jeunes. Simple cas de figure, l’essentiel étant de se positionner.

 

11 ) Le « président » de séance indiqua que le Collectif de grève avait donné les objectifs. Je traduis de mémoire : la décentralisation, et la défense des retraites ce qui, ajouta-t-il, « dans l’esprit du collectif signifie les 37,5 annuités pour tous ». Je préfère parfois la lettre à l’esprit surtout dans une grève dure. Résultat, la question est renvoyée à une commission et un débat pour le lundi. Quand on évoque des questions de piquet de grève, c’est pas une commission, mais définir les objectifs oui, d’autant que quelqu’un indiqua : « Mais nous savons bien pourquoi nous nous battons ! ». Quelqu’un d’autre précisa qu’on pourrait ajouter l’assurance-maladie, l’emploi etc. Et que des contacts existaient avec les impôts, les hospitaliers et les PTT.

12 ) L’AG fut si riche, même si nous l’avons quitté après le vote sur la reconduction (je me suis abstenu car reconduire, oui, mais jusqu’à l’obtention de quelle satisfaction ?) que je vais dépasser les 12 points ordinaires de ce journal quotidien. Un autre problème a été soulevé visible dans le vocabulaire de ce journal : le collectif de la grève est-il un comité de grève ? Ce collectif que j’ai vu fonctionner une seule fois, pour cause d’emploi du temps, est auto-désigné suivant les disponibilités, et est surtout instit, ce qui peut se lire avec les entêtes d’organisations syndicales pour s’informer : SE et SNUipp. Il devrait plutôt y avoir le sigle FSU. C’est logique car les grévistes des lycées et collèges ont souvent beaucoup à faire sur leur établissement. Ce collectif est différent d’un comité où il pourrait y avoir des représentants de chaque secteur. Un tel comité n’étant pas contradictoire avec son ouverture à ceux qui le souhaitent. Ce collectif a le mérite de convoquer des AG quotidiennes et permet la diffusion d’infos et d’actions.

 

13 ) Ce qui me conduit à une autre intervention d’une prof rappelant que nous étions les plus motivés et qu’il fallait penser aussi aux absents. Vieux débat, celui-ci aussi, auquel la réponse : « les absents ont toujours torts » permet de laisser pour compte leur torts. J’aurai pu ne pas être à cette AG, ne le sachant pas, ayant un enfant à garder, ou des doutes sur son efficacité. L’intervenante évoqua ce problème au sujet des examens : comment ne pas penser à ceux qui vont les faire passer ? J’ai été invité à voter pour ou contre le passage des examens alors que je ne suis pas directement concerné. Et qui plus est, la question ne se posera plus si le 12 juin tout le monde est en classe !

 

14 ) Mais ne soyons pas pessimistes. Et pensons à cette personne qui lança le débat car, à envoyer les convocations pour le bac, elle est directement concernée dès à présent. Dans un tel débat, chacun se trouvant à des places différentes, on est obligé de sortir des sentiers battus. C’est ainsi que l’employée de l’IA indiqua en direction du responsable du SE qu’elle n’apprécia pas qu’il vienne dans la manif  lui demander la disquette du mouvement ! Voilà qu’était enfin expliqué les rapides capacités d’interventions pratiques du SE. Le SNUipp n’osa jamais demander une telle disquette. Mais laissons ces questions pour la suivante plus phénoménale.

 

15 ) Et les parents ? Un débat devient permanent : il faut le soutien des parents pour gagner. Je ne connais pas les parents en général. Je vais donc vous conter une histoire de ma campagne. Un chauffeur de bus de 30 ans environ ramenait les élèves de Beaumont vers Lavit. Après la descente des gamins il découvrit un des fauteuils saccagés. Le lendemain, il déclara, je ne vais démarrer qu’avoir avoir appris le nom du coupable. Au bout d’un moment, des élèves sont venus dire que le coupable était absent. Le chauffeur put en déduire à qui il devrait s’adresser le lendemain. Par avance le coupable est venu s’excuser et le chauffeur lui demanda alors de pouvoir rencontrer ses parents. Le soir même, ils se rencontrèrent et la mère demanda au chauffeur ! « comment avez-vous appris que mon fils était le coupable ? » Le chauffeur répondit : par les autres élèves et alors la mère se tourna vers eux en disant : « Bravo, vous ne savez donc pas qu’il n’est pas beau de dénoncer son copain ? ».

 

16 ) Cette histoire est secondaire pour le sujet qui nous occupe : quelle place pour les parents dans l’école ? Pourquoi faut-il leur répéter, comme je l’ai encore entendu à l’AG : mais nos revendications ne sont pas corporatives ? Pour dire, nous ne demandons rien pour nous. J’ai découvert que quelqu’un pensait que sur les retraites nous nous battions pour NOS retraites. Bref, les confusions sont multiples. Cette question des parents étaient en lien avec la question des examens. J’ai bien aimé l’observation du représentant de Moissac : « On vote quelque chose sans le discuter d’abord ». Bref l’assemblée se détermine en faveur du passage des examens.

 

17 ) Un lycéen est intervenu : il demandait l’aide d’adultes pour un piquet de grève pour le lendemain. Il n’aura pas de réponse.

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Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
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