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Parmi les premières publications des Editions La Brochure, une étude de ce parti en Tarn-et-Garonne en 2006. Les élections présidentielles de 2007 ont changé les données électorales mais le problème de fond reste le même. Le FN a démontré que « la démocratie » pouvait servir ses intérêts peu démocratiques. Cette démonstration n’est pas passée inaperçue pour d’autres. Hier, les républicains découvrirent que les monarchistes s’étaient faits républicains, aujourd’hui les démocrates découvrent Que les fascismes divers se font démocrates. D’où la reprise de cet article de début 2007 publié à ce moment là sur le site internet : Kinocks.
De la Fac de droit de Toulouse, aux honneurs frontistes
Le vendredi 15 décembre 2006, Louis Aliot, en bon secrétaire général du FN, a tenu à manifester sa colère par un communiqué de presse vengeur. « Le député UMP Jacques BRIAT du Tarn-et-Garonne, a déposé une proposition de loi visant à reconnaître les dates du 5 décembre et du 19 mars pour commémorer la fin de la guerre d’Algérie. Dans sa proposition cosignée par vingt-deux députés UMP, Jacques BRIAT entend «prendre en compte les fractures, les divergences et les polémiques qui continuent à agiter le monde des anciens combattants d’Algérie». En souvenir de toutes celles et ceux qui ont subi la barbarie du FLN, je tiens à exprimer ma plus vive indignation quant à cette proposition de loi tendant à commémorer le 19 mars 1962. Cette initiative vient salir, une fois de plus, de manière scandaleuse et consternante, la mémoire, des milliers de Pieds-Noirs et de Harkis assassinés par le FLN après cette date. […] Les élus UMP qui participent à cette manipulation visant à réécrire l’histoire ne devront s’attendre à aucune bienveillance lors des prochains scrutins électoraux de 2007 ! »
C’est en rentrant à fac de droit de Toulouse, en 1988 que Louis Aliot adhère au FN. Bien connu dans l’Ariège, où il a déjà été candidat huit fois depuis sa première cantonale de 1992, il a vite pris de la hauteur en arrivant dans la capitale régionale. La persévérance de ce jeune homme né en 1969 a de quoi impressionner. S’est-il donné comme mission de faire du FN un parti présentable, modéré, ouvert et jeune ? C’est à lui qu’on doit aujourd’hui le faux-débat autour de ce nouveau look : faute d’avoir des colleurs d’affiches, le FN se sert des médias pour en populariser quelques unes, et celle de la jeune fille d’origine étrangère, le pouce tourné vers le bas, veut jouer la carte novatrice.
Or ce Conseiller régional au parcours original témoigne toujours des mêmes haines. Fils d’une mère rapatriée de Bab-el-Oued, malgré son jeune âge il reste marqué par l’histoire de la guerre d’Algérie, constitutive de l’identité du FN. D’où le communiqué rageur contre un député UMP du Tarn-et-Garonne, pourtant aux idées très à droite. Quoi, la guerre se serait terminée après le 19 mars 1962 ? Louis Aliot a-t-il une date pour marquer cet événement ? Je crains que non !
D’une famille de gauche passée à l’extrême-droite, son combat en « terre de mission » l’a formé aux dures lois de la vie et lui a appris à donner des airs de gauche à tout son discours (un air pollué). Quand, en 2006, après un an d’activité de secrétaire général de son parti, on lui demande ses objectifs prioritaires, il répond : «Notre action politique se situe aux antipodes du racisme, de la xénophobie et de l’antisémitisme. Nous ne sommes pas non plus des nostalgiques des régimes totalitaires qui, à l’instar du fascisme, du national-socialisme ou du communisme, ont semé la misère, la terreur et la mort partout où ils ont sévi et avec quelles complicités ! ». De l’audace,il n’en manque donc pas !
Depuis 2001, sa destinée nationale le conduit sur les terrains électoraux les plus divers. Candidat à Perpignan 1, en 2002, il est vite revenu en Midi-Pyrénées en 2004 pour y remplacer Bernard Antony. Dans notre région, il a trouvé une autre personnalité dont le destin s’annonce peut-être aussi glorieux que le sien : la responsable tarnaise du FN, Marie-Christine Boutonnet membre à présent du Bureau politique de son parti. Cette couleur toulousaine devrait nous inciter à quelques réflexions.
Le FN a émergé en 1984 en se prononçant férocement contre le danger communiste présent aux commandes de l’Etat. Par la suite, il a été obligé d’ajuster son discours à chaque élection en stabilisant 15% de l’électorat autour de son projet. Cette évolution ne peut se lire comme un passage d’une période dure à une période plus tendre. La jeunesse de Louis Aliot, qui accompagne celle de Marine Le Pen, ne peut nous tromper sur le contenu du projet. Si le réalisme a obligé le FN à se replier sur les seuls moments électoraux (après plus de 20 ans de présence au Parlement européen, Le Pen y a-t-il joué un rôle quelconque ?), il n’en demeure pas moins que sa stratégie de pourrissement de la vie politique reste la même, et marque souvent l’ensemble des débats en France (et le souci de l’organisation européenne n’est pas à dédaigner). Le but du FN n’est pas d’arriver au pouvoir (sinon, il soignerait sa classe d’élus alors que celle-ci est le plus souvent remise à la base). Il préfère se contenter d’envenimer le contexte social pour bloquer toute invention de nouvelles formes d’émancipation. Il joue à être le boulet de la France et un boulet qui fatigue, qui pèse, qui ronge les rêves de dignité. Le boulet on peut le repeindre, il reste le boulet. On peut lui enlever ses couleurs tricolores, il reste national. On peut lui dessiner dessus un clown, il garde son poids.
Que peut-il se passer en 2007 ? Sarkozy peut-il espérer réduire le score de cet empoisonneur ? La gauche peut-elle passer encore une fois en dessous de son score ? Cette fois, Le Pen rêve d’affronter au second tour, Ségolène Royal. Il imagine un scénario catastrophe à droite, avec Chirac (ou un de ses amis) comme candidat et alors, face au PS, il pourrait semer le trouble, plus profondément que jamais, au sein de l’électorat de droite. Les conditions de la relève du chef seraient assurées et le FN deviendrait inévitable pour très longtemps. Que ce soit, en partie, dans la France du Sud-Ouest (après l’enracinement dans le Sud-Est) que naissent les conditions de cette relève, ça devrait interroger les stratèges socialistes qui y sont dominants depuis tant d’années (mais savent-ils ce que penser veut dire ?). 25-01-2007 Jean-Paul Damaggio
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