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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:11

L’identité du Tarn-et-Garonne après le bicentenaire

 

Même après les multiples expositions, débats, publications autour du Bicentenaire, Guy Astoul, qui se sent plus géographe qu’historien, reste un passionné de l’étude de la création du Tarn-et-Garonne, comme il l’a montré au débat du 13 janvier. Intervenant presque 20 ans après les autres, la naissance du département est en effet un cas d’école pour réfléchir à une question éternelle : comment s’opère le découpage des territoires ? Question souvent présentée seulement sous l’angle des pays colonisés mal découpés, or elle est de tous les temps et de tous les lieux.

En 1808, les intérêts de Napoléon voulant réconcilier la France avec les catholiques et les protestants ont rencontré les désirs anciens des diverses autorités de Montauban qui souhaitaient en faire un chef-lieu. En 1790, par la logique de la création des départements - 1790 - tenir compte des limites des provinces (ici le Quercy) et placer le chef-lieu au centre, donc Cahors- Montauban a été disqualifiée. Par l’intervention de Napoléon, un territoire a été construit ensuite autour de la ville rose avec deux conséquences, une diversité et une petite taille, deux éléments qui ont démontré qu’ils n’étaient pas un obstacle au développement du département.

Quelles autorités locales ? Tout d’abord les autorités religieuses et en particulier les protestants qui souhaitaient obtenir la création d’une faculté de théologie protestante (pour former les pasteurs), dans le cadre de la réconciliation adoptée par Napoléon. Pour Guy Astoul, entre Nîmes et La Rochelle, Montauban s’est trouvée cette fois à la bonne place, d’autant que les protestants y étaient moins remuants qu’à Nîmes, mais fallait-il encore que la ville devienne chef-lieu de département ! La création d’un diocèse catholique était un souhait de la religion dominante. Côté autorités politiques et administratives, le souhait de remettre Montauban à sa juste place, est évident. Et tout ceci ne pouvait qu’enthousiasmer les forces économiques locales. Il n’y a donc pas eu UN inventeur particulier, mais un faisceaux de conditions favorables que chacun a su mettre à profit.

Ensuite, il y a eu le découpage. Il est frappant de remarquer que les principes qui avaient présidés à la naissance des départements, dans des buts de rationalisation du territoire, furent encore appliqués : le département du Tarn n’a rien donné au nouveau Tarn-et-Garonne car, le souci étant d’équilibrer les populations, il ne fallait pas trop déshabiller Pierre, pour habiller Paul.

Je prétends que ces conditions de naissance du département entraînèrent un fossé plus grand qu’ailleurs entre le peuple et les élites (sauf bien sûr à Montauban). Depuis presque 20 ans les habitants avaient constaté les bienfaits des départements, donc pour eux la naissance du Tarn-et-Garonne s’apparente seulement à un changement de repère : de sous-préfecture, Montauban passe préfecture, et quant à ceux qui étaient du Gers, du Lot-et-Garonne ou de la Haute-Garonne (comme Castelsarrasin) inutile de leur demander leur avis, ils auraient refusé. Cet écart entre les élites et le peuple a été renforcé par la petite taille du département. Bref, avec le Tarn-et-Garonne, la cuisine du découpage est un élément passionnant.

 

En 1908, le centenaire, époque de grande contestation des départements ce qui a fait dire à Antonin Perbosc que le Tarn-et-Garonne ne fêtera pas son bicentenaire. Preuve que déjà la réflexion sur la création du Tarn-et-Garonne permettait d’aborder les grands faits de société.

Et en 2008 ? Comme découpage, on parle encore de Paris face à la Province, la « Province » étant un concept pourtant vide, un mythe que Guy Astoul aimerait bien étudier, mythe renforcé par le nom des habitants de l’Ile-de-France, les Franciliens, mythe qui renvoie à la question du centralisme. Il est évident que l’attraction actuelle de la ville de Toulouse influe et influera beaucoup sur le devenir du Tarn-et-Garonne. Dans les nouveaux découpages actuels, avec les intercommunalités, on voit revenir les anciens noms de provinces surtout en Tarn-et-Garonne. Quant aux Editions La Brochure, organisatrices du débat, elles ont contribué au bicentenaire par un livre de J-P Damaggio en direction de la jeunesse, où, à partir de documents, on découvre les 15 ans de personnalités comme Cladel, Mary-Lafon, Athénaïs Mialaret, Raoul Verfeuil, Marcelle Davet (une écrivain de Saint-Antonin méconnue alors qu’elle a écrit chez les plus grands éditeurs de très nombreux libres) ; ou les 15 ans de personnes ayant marqué leur milieu comme le paysan Gérard Tartanac, la reine des chapeaux Mme Cantecor fille, ou le musicien Tony Meler.

Le mot de la fin au grand philosophe natif de Miramont de Quercy Jean Izoulet, qui expliquait pourquoi, en 1894, en tant que représentant à Montauban des Tarn-et-Garonnais de Paris, il adorait le Tarn-et-Garonne :

« D’abord, leur dirais-je, le département de Tarn-et-Garonne est le dernier-né de la France nouvelle. Il n’a été formé que bien des années après les autres. C’est un enfant tardif de la Révolution. C’est le Benjamin des départements. C’est ce que nous appellerions dans notre dialecte espiègle et câlin un catchoniou ! »

Plus loin il continua ainsi après avoir parlé de la diversité de la France :

« Eh bien ! Messieurs, toute proportion gardée, le département de Tarn-et-Garonne me paraît être aussi divers que la France elle-même. N’est-il pas fait à la fois de Rouergue, de Quercy, d’Agenais, d’Armagnac [nous dirions aujourd’hui Gascogne] et de Languedoc ? Et n’est-ce pas ce qui lui a permis d’avoir tour à tour des héros de guerre et d’amour, comme ce comte de Guibert, apprécié des Frédéric et adoré des Lespinasse ; des héros politiques, comme l’énergique conventionnel Jean Bon St-André, qui, délégué aux escales, vit, d’un œil fixe, sombrer le vaisseau « Le Vengeur »; des héros d’art, comme Ingres, qui, vous le savez, a surpris immortellement la nymphe des sources ? Enfin, Messieurs, notre département a pour nous un dernier attrait : c’est qu’il est petit, tout petit. Vous savez ce que Musset disait de Hassan, que la nature l’avait fait tout petit... afin de le mieux faire ».

Sans adorer le Tarn-et-Garonne, je reconnais que j’aime bien ce qui est petit.

14-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
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