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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 15:56

Voici un extrait d’une brochure des Editions La Brochure 82210 Angeville intitulée Voyage révolutionnaire, Impression d’un propagandiste (60 pages, 5 euros) et publiée en 1910 par Victor Griffuelhes, un natif de Nérac (1874-1922) qui fut un des premiers grands dirigeants de la CGT au moment de sa période anarcho-syndicaliste. Sa vision de Toulouse surprend dans le cadre d’un voyage, où il fait rarement appel aux considérations utilisées. Précision utile : il était cordonnier. Dessin ci-contre de Rosendo Li.

 

Toulouse : vie joyeuse, centre ingrat

 

Toulouse est cette ville remplie d’une vie bruyante, bourdonnante, qui passe son existence à chanter et à rire. Les faits les plus importants s'y déroulent au milieu d’une population avide de distractions. Les gens se fâchent souvent, très souvent. Leur colère est alors une forme du rire.

Toulouse n’est ni industrielle, ni commerciale, ni bourgeoise, ni ouvrière ; elle est un grand village. Rien - le caractère, les mœurs, le mode de vie, les rapports entre les classes et les hommes - ne contribuent à donner à la cité languedocienne une activité ouvrière constante et profonde. Il n'y a donc pas un mouvement ouvrier intense. Le recrutement syndical rencontre de grandes difficultés et l’action des syndicats s'exerce sans trouver de grands échos parmi le prolétariat toulousain. La besogne syndicale est en effet pour lui trop aride, trop monotone, elle est faite de petits incidents qui se succèdent et se précipitent parfois. Pour lui faire rendre efficacité et profit, il faut suivre chaque jour cette besogne, s'y attacher. Sans elle, il n'y a pas ces explosions de vie qui ont étonné, surpris, puis effrayé la bourgeoisie et qui mettent en relief le travail silencieux et quotidien.

Toulouse est une des rares villes qui n’ont pas connu dans le mouvement syndical les divisions politiques. C'est que la politique sectaire n'a pas grande prise sur le toulousain, car elle exige ténacité et obstination ; qualités ou défauts que ne possède pas l’habitant de Toulouse. Il se montre en toute chose un amateur, un dilettante, un homme heureux, à la recherche de sensations et d'impressions. Il est cependant capable de s'émouvoir, de s'intéresser, de se passionner.

Le terrain sur lequel il est chez lui, bien chez lui est celui de la lutte électorale. S’amuser du candidat, se battre pour lui sont des passe-temps. La vie en un mot est un théâtre où il est tantôt acteur, tantôt spectateur, jouant les rôles avec le même entrain et le même laisser-aller.

Ville et population étranges, complexes, sautillantes, pleines de charme séducteur dont on aime à s'approcher pour goûter le repos de l’esprit. Les militants ont une rude tâche à accomplir : lutte contre le milieu davantage que contre les hommes. Ils se dépensent de façon continue pour cet objet. Ils enregistrent des progrès, insuffisants à leur gré.

L'industrie qui domine dans Toulouse est celle de la chaussure ; elle comprend plus de trois mille ouvriers, le syndicat en compte une trentaine. Et cependant tout a été fait en vue d'amener cette catégorie de prolétaires à l’organisation. Le cordonnier reste indifférent, se bornant à vibrer sous le choc de fortes commotions ; il aime à faire de son réduit un « petit Capitole », et de cela il est fier. L'ouvrier d'usine, dont le nombre croît au détriment de celui qui travaille à domicile, est victime d’une situation qui ressemble en bien des points à celle du tisseur : l'organisation est venue après l’entrée du machinisme et son développement. Il n'a pu de ce fait s'en rendre en partie le maître. Puis le machinisme a déplacé peu à peu les centres de production ou les a affaiblis.

C’est ainsi que Limoges, Angers, Amiens, Lyon, Paris ont perdu de leur activité. A l’avantage de quel centre ? Je m’avoue impuissant à répondre de façon précise. Des petits centres se sont formés dont l'approche est difficile, de sorte qu'il n'y a plus, sauf Fougères, de localité comptant une population dans la chaussure fort importance. J’ajoute qu’il n’y a pas de région dans laquelle se trouvent agglomérées de grandes fabriques. Il y a éparpillement. De Toulouse il faut aller à Limoges pour rencontrer un centre comprenant plus de mille cordonniers.

Toulouse compte un arsenal relevant de la Guerre, une manufacture de tabacs, une poudrerie. Aux syndicats de ces catégories s'ajoutent ceux des corporations indispensables à la marche d’une ville de pareille importance.

Depuis quelques mois, les progrès s'accélèrent. Un réveil fort appréciable se constate. Aussi la vie ouvrière se fortifie et s'étend. Un mouvement syndical s'affirme d’une certaine précision dans l’idée et dans la forme. Les camarades feront bien de ne pas l’identifier avec la vie électorale locale, malgré les très grands services rendus par le Midi socialiste(1), journal quotidien.

1 – Note JP Damaggio : cette référence au positif à un journal politique est unique au cours du voyage.

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Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
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