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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 11:44

Sept ans avant sa mort, les combats de Léon Cladel apparaissent clairement exprimés dans cette lettre à un de ses amis montalbanais, Augustin Quercy, poète occitan et, au même moment, conseiller municipal de la ville de Montauban où il défendait l’idée d’une république authentique.

Cette lettre publiée par l’autre ami, Perbosc, pour le centenaire du département du Tarn-et-Garonne, a également été publiée dans une petite anthologie, Quatre Hommes une terre, préfacée par Jean Guilhem, délégué culturel de la préfecture. Un paradoxe que cette publication officielle, pour un Cladel radicalement anti-préfectoral, paradoxe qui tient à l’humanisme culturel de Jean Guilhem à qui je rends ainsi hommage en cette année de bicentenaire du département du TetG. 23-12-2008 Jean-Paul Damaggio

 

LETTRE AU POETE AUGUSTE QUERCY

 

Sèvres, 16 juillet 1885

 

Mon cher Quercy,

 

... Prenez l’histoire et vous verrez qui nous sommes. Oui, des Celtes Ibériens, subjugués par Rome, qui nous a légué sa langue bâtarde, mais admirable, la seule que parlent aujourd'hui nos paysans et la plupart de nos ouvriers qui ne savent pas encore l’écrire ni la lire. Si vous voulez qu'elle persiste à vivre et qu'elle reprenne son rang dans le monde, il faut absolument en fixer la prononciation et l’orthographe. En Provence, Mistral et sa bande de félibres ont fait des lexiques et des grammaires. Pourquoi Fourès, du Lauragais, et vous, son très digne lieutenant du Quercy, n'en feriez-vous pas autant ? Si réellement vous l’aimez, aquelo lengo mairalo, vous êtes tenu de lui assurer la durée. Occupez-vous-en le plus tôt possible, car qui sait ce que nous réserve l’avenir ?

 

Ecoutez-moi bien et comprenez-moi bien. Savez-vous pourquoi je lutte depuis trente ans et pourquoi je suis l’auteur français (hélas !) que l’on admet le plus difficilement en France ? Eh ! mon cher, Paris sait ou plutôt il sent que je suis un homme de race indomptable et que, si je parle la langue de nos conquérants du Nord(1), les Francs, les seigneurs féodaux, les nobles, les aristocrates, les tyrans, je ne pense pas autrement que les vieux Gaulois, nos pères vaincus, mais non pas soumis. Ils retrouvent en moi l'Albigeois et je leur représente un des spectres des héros qu’ils torturèrent jadis. Un Albigeois, et encore un protestant, un de ces républicains de 1621 (2) qui forcèrent Louis XIII et son armée royale et catholique à leur montrer ses talons ; et de plus un fédéraliste (3) qui ne veut pas,que tous ceux du Midi soient mangés par ceux du Nord et que Paris continue à nous prendre toute la sève et tout le sang dont nous avons tant besoin pour rallumer la vie régionale à peu près éteinte dans notre Quercy, bref, enfin, un communard, c'est-à-dire un citoyen qui veut bien, comme en Amérique, une fédération des peuples de sa nation, mais qui entend bien que le pays dans lequel il naquit, ait voix au chapitre ou bien au Congrès.

C'est aux poètes à raffermir ou à restaurer leur patrie, et la nôtre, c'est le Quercy, rien que le Quercy. Poète, vous l’êtes ; un homme, soyez prêt à prouver que vous le serez, s'il y a lieu de combattre pour nos coutumes, notre indépendance et notre langue.

Oh ! ne croyez pas que je rêve. Un jour viendra, je le vois, je le sens, je le sais, où Paris sera bien heureux de ne pas nous avoir tout à fait démarqués, et ce sont les provinces qui, tôt ou tard, en reprenant leurs vieilles franchises et chacune son langage particulier, sauveront la France, que la centralisation à complètement émasculée, et que les Prussiens achèveraient, s'il n'y avait pas sur notre sol des hommes décidés à tout pour rendre son lustre au pays natal, qu'il se nomme l’Auvergne ou la Guienne ou la Gascogne ou le Rouergue ou le Quercy. Comprenez-vous maintenant pourquoi je n’inspire que très peu de sympathie aux boulevardiers de la Capitale, ainsi qu'à ceux qui s'intitulent seulement Français (4) ? Oui, ce sont des Français, ceux-la, qui ne demanderaient pas mieux que de marcher derrière un autre Simon de Monfort pour exterminer les petits de ceux qu'il massacra, brûla, terrorisa sans pitié. Non, non, ils ne m'auront jamais, ces surgeons de nos conquérants. Si je parle leur langue, la française, ils n'ignorent pas que je pense en méridional, et de leur haine pour mes compatriotes en général et pour moi-même en particulier ............

Léon CLADEL

(Lettre inédite publiée par Antonin Perbosc dans ANTHOLOGIE D'UN CENTENAIRE - 1908)

 

Notes personnelles (JPD) :

1 – Il explicite clairement de qui il y parle, quand il parle de Paris, et il ne met pas les Parisiens du peuple (ses amis) dans le même sac que les « conquérants ».

2 – En 1621 Montauban chassa Louis XIII en se comportant comme les républiques italiennes d’alors, Venise, Florence etc. D’où le terme « républicain » !

3 – Le terme de fédéraliste fait en France penser aux Girondins. Cladel était du côté de Danton et le terme « fédéraliste » il le rattache à la Commune comme il l’explique plus loin.

4 – Et ceux là sont aussi d’une gauche classique qui n’aime pas la défense des langues régionales.

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Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
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