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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:38

Les paradoxes des Amériques

 

 

La Révolution française a débuté par une revendication « électorale » : voter non par ordre mais par tête. Bien sûr, la revendication électorale était là pour imposer les revendications sociales de la bourgeoisie et elle s’appuyait sur une « erreur » de l’adversaire : avoir constitué des ordres très clairs permettant au Tiers-Etat de faire « classe ».

Avec la Révolution de 1848 la revendication électorale (le suffrage universel masculin) fut une revendication en soi de « démocratie ». Il a donc été facile de vérifier ensuite que le vote avec suffrage universel masculin apportait à la chambre les mêmes notables qu’avec le suffrage censitaire. Sauf que les démocrates sociaux surent s’emparer de cet outil pour marquer des points (je renvoie à l’article éclairant sur la question de René Merle).

Mais très vite, de Marx à Lénine, la question de la révolution française est revenue au premier plan : quelle classe sociale pour quelle révolution ? Et la réponse est connue : la classe ouvrière avec la dictature du prolétariat. Pourquoi le système n’a pas fonctionné ? Par manque d’une théorie de l’Etat ! En effet, le pouvoir est vite passé de la classe ouvrière à la classe bureaucratique, et la dictature, à l’origine tournée contre la classe dominante, a pu se retourner contre toute la société. Un constat banal qui fait que nous sommes revenus à la case départ avec toute une mémoire historique qui s’est ajoutée à celle des siècles passés.

 

Aujourd’hui les Amériques donnent le ton de la vie planétaire et la « crise » n’y changera rien même si elle doit apporter une monde dit « multipolaire ». Car la « crise » en question n’est que l’existence même du capitalisme et non sa dégénérescence qui n’aura de réalité qu’à partir du moment où une classe sociale apparaîtra clairement comme alternative, avec une théorie adaptée de l’Etat pour imposer sa loi.

 

J’étudie la vie des Amériques car depuis longtemps je suis fasciné par ce paradoxe : d’un côté avec les USA nous avons l’avant-garde capitaliste, mais en même temps, dans le Sud des Amériques (comme hier dans le Sud des USA), la classe paysanne, considérée par le système capitaliste comme un vestige du passé, a continué à jouer un grand rôle au moins jusqu’au tournant du millénaire. En Equateur, au Pérou et au Brésil, en Bolivie et au Mexique, au Guatemala et à Cuba aussi, des paysans organisés contribuèrent à des révolutions non négligeables, même si elles n’entraient dans aucun des cadres fixés par l’orthodoxie marxiste-léniniste. Le Québec a eu l’immense privilège de se retrouver au carrefour de ces deux phénomènes, en tant que part intégrale du monde US, mais avec cependant une paysannerie catholique puissante jusqu’aux années 60, comme en France d’ailleurs.

 

Aujourd’hui, une révolution paysanne d’hier, celle des sandinistes au Nicaragua, est devenue d’après Ernesto Cardenal, une « dictature familiale ». Et l’ancien ministre de Daniel Ortega sait de quoi il parle, quand il emploie même le terme de « fascisme » pour désigner le gouvernement actuel de cet ancien sandiniste : « Nous sommes dans un régime fasciste. Ce gouvernement n’est pas de gauche, c’est simplement une dictature familiale ». En tant que curé, la politique criminelle de ce clan contre le droit à l’avortement aurait pu l’inciter à calmer ses critiques mais comme vous le voyez il n’en est rien. Or cette analyse concerne un fait mineur, l’interdiction faite à Sergio Ramirez de préfacer un livre d’œuvres poétiques de Carlos Martinez Rivas. Un fait qui malheureusement s’ajoute à tant d’autres comme l’interdiction du parti de la rénovation sandiniste ou des attaques en règle contre les associations féministes. Je sais que mon propos va de suite être qualifié de concession aux mensonges honteux de la presse de l’empire car même au sein de « la démocratie » on ne discute plus sur la qualité des pièces de la maison, mais seulement sur la beauté des façades. Tant pis !

 

J’aime le Nicaragua qui est traversé par d’autres contradictions, mais je retiens seulement pour cet article, cet autre échec flagrant de prise en compte des droits sociaux, par d’anciennes forces de gauche. Que peut-il alors se passer ? Les sociétés paysannes en voie de démantèlement ne constituant plus des forces capables de résistance, comment la révolution peut-elle renaître de cendres toujours rouges ? Le levier que la crise actuelle peut paradoxalement nous apporter, c’est le retour de l’Etat dans le monde politique. Un Etat qui faute de pouvoir être social (à la mode de Keynes) doit être socialisé par la masse des salariés constitués en Quatrième-Etat. Obama c’est une force du système dans lequel nous devons trouver la faille. Mais à écrire on ne risque pas grand chose… sauf à se tromper. 16-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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