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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 16:12

Le hasard a voulu que la première brochure parue à nos éditions fut le discours de Chavez en décembre 2006. Indispensable donc de voir le chemin parcouru. 

Venezuela : Chavez est encore la solution ?

 

 

Voici deux ans, Hugo Chavez gagnait les élections présidentielles et annonçait dans un discours (1) que le pays allait franchir une étape en entrant dans le socialisme du XXIème siècle. Pour ce faire trois outils étaient mis en place : la création d’un parti gouvernemental (PSUV), deux ou trois nationalisations décisives, et le non renouvellement du droit d’émettre de la chaîne télé la plus importante. Un an après, c’était l’échec au référendum appelant à modifier la Constitution pour permettre à Chavez de se représenter en 2012. Un bon exercice de démocratie qui devait permettre, à moindre frais, le réajustement de la stratégie du PSUV.

 

Résultats des élections régionales

A écouter Chavez, pendant la campagne électorale, l’opposition devait être si bien balayée par la nouvelle configuration politique qu’il alertait l’opinion : nos opposants ne vont pas respecter les résultats surtout dans l’Etat de Zulia, soyez prêts à réagir !

Les résultats réels (dont l’échec cuisant dans l’Etat de Zulia) nous révèlent que l’adversaire est toujours coriace (le PSUV a un peu plus d’un million de voix d’avance). L’opposition qui aux dernières législatives avait choisi le boycott, et qui se trouve donc sans représentant au Parlement, est prête pour les législatives de 2010.

Le PSUV devait unir les Bolivariens or, malgré d’énormes pressions de Chavez (ceux qui ne sont pas dans le PSUV ne peuvent participer au gouvernement), ça n’a pas été le cas. Aucun des partis existants dans la coalition gouvernementale d’avant le PSUV n’a souhaité se fondre dans ce parti. Si PODEMOS a préféré rejoindre l’opposition (observateur à l’Internationale socialiste), le Parti Communiste du Venzuela (PCV) et Patria Para Todos (PTT) restent favorables à Chavez mais en gardant leur propre autonomie, d’où la présence parfois de deux candidats « officialistes » dans certains Etats. Pourquoi une union ratée ? Parce que le PSUV a été constitué comme un parti gouvernemental, piloté par le gouvernement lui-même, et l’appel à la base ne pouvait rien changer à ce verticalisme.

Ceci étant, les avancées de l’adversaire ne viennent pas de divisions « chavistes ». Dans l’Etat de Portuguesa, un candidat du PTT (14%) laisse la victoire au candidat du PSUV (56%), l’opposition ne faisant que 26%. Dans l’Etat de Trujillo le candidat du PCV (13%) laisse la victoire au candidat du PSUV (59%), l’opposition restant également à 26%. Dans l’Etat de Carabobo la droite gagne tout en étant divisé, le candidat du PSUV était un présentateur de télé de l’émission « LaHojilla ».

Inversement, et le résultat me paraît très significatif : dans l’Etat d’où Chavez est originaire, Barinas, le candidat du PSUV, le frère de Chavez, l’emporte de justesse avec 50% bénéficiant lui de la division de la droite (cet Etat est pourtant contrôlé par la famille Chavez depuis dix ans).

Relativiser la victoire du PSUV ne signifie pas crier avec les loups de la presse impérialiste, pas plus qu’hier critiquer l’URSS n’entraînait un alignement sur le dit impérialisme. Au contraire !

 

La stratégie de l’adversaire

Le résultat du 22 novembre doit nous inciter à étudier la stratégie de l’adversaire. Pourquoi Caracas, et qui plus est la mairie la plus populaire, tombent entre les mains de l’opposition ? Parce que la situation de la ville, après dix ans de chavisme, n’est pas brillante et la mise en place du PSUV n’a pas permis d’analyser sereinement le phénomène. Déjà en décembre 2007, le vice-président d’alors avait alerté le pays : la montée de l’insécurité devient un problème grave (comme dans toute l’Amérique latine). De plus, en janvier, le gouvernement annonçait une inflation de 11% pour 2008, en juin ce nombre est passé à 17% puis en septembre à 28%. Bilan, l’inflation risque d’atteindre 31% et les salaires des plus pauvres ne suivent pas. Côté transport, au cours d’un voyage, j’avais noté le côté agréable du métro mais au même moment, un lecteur d’Ultimas Noticias (proche du gouvernement), plus au fait, énumérait la longue liste des dysfonctionnements une lettre qui tombait bien, puisque le lendemain on apprenait que le responsable du métro était remplacé par un militaire ! Ajoutons les problèmes des ordures ménagères et le tableau n’est pas de la seule responsabilité des autorités locales.

Face aux problèmes, l’opposition a changé de stratégie. Elle a abandonné la méthode forte pour une stratégie patiente qui fonctionne. David Segarra la caractérise ainsi : « D’une part des Think Tanks et autres centres de pensée sont venus expliquer à l’opposition vénézuélienne que la société a changé structurellement et qu’il faut s’y adapter. Elle bénéficie de techniques d’organisation décentralisées mais coordonnées, et de techniques de marketing. Echec après échec, elle a compris qu’elle ne pouvait dénigrer les majorités vénézuéliennes à la peau sombre. Des années d’erreurs lui ont permis de devenir plus humble et d’apprendre de l’ennemi. Ils ont fini par trouver leur pierre philosophale : s’approprier le discours bolivarien en faveur des classes défavorisés. La télé Globovision [la dernière télé d’opposition] a plus de programmes sur la vie des quartiers que la télé publique. »

Cette évolution stratégique n’a rien de surprenant, elle est le fait de toutes les droites du monde qui sont en pointe. Plutôt que de chanter avec Chavez que sa chaîne Télésur est vue par 50 millions de personnes, écoutons les responsables de la dite télé qui chiffrent le nombre de téléspectateurs à cent mille (info de Guillermo Almeyra qui défend Chavez dans la Jornada). Et, à la télé publique, combien sont-il ceux qui supportent le discours style propagande distillé en guise de publicité ?

Après dix ans d’histoire, les figures nouvelles de la politique du pays sont dans l’opposition et Chavez fait comme s’il luttait encore contre les auteurs du Coup d’Etat dont l’échec lui fut très profitable. Renversement des valeurs : plus Chavez devient indispensable dans le camp progressiste, plus l’opposition peut présenter une grande diversité de leaders !

 

La solution : refaire voter pour permettre à Chavez d’être candidat en 2012 ?

La défaite de l’an dernier fut si faible que l’idée de faire revoter peut se justifier mais c’est alors nier les résultats de l’élection qui vient d’avoir lieu !

Dans l’Etat de Lara, Henri Falcon, le gouverneur, avec 73% des voix, a démontré que le Chavisme a aussi besoin de têtes nouvelles. Candidat du PSUV malgré une forte opposition interne des élites, il a réussi mieux que quiconque. Chavez craint-il que lui ou d’autres lui fassent de l’ombre ? Il appartient au PSUV de décider mais comment ne pas craindre que la marginalisation des autres partis n’induisent une méfiance accrue envers le parti unique ? Tarek Williams Saab, figure novatrice dans l’Etat de Anzoategui est-ce une autre image de ce parti ? (les deux ont la particularité de n’avoir jamais été ministres).

Même Poutine a préféré respecter la Constitution de son pays ! Laisser croire que les échecs sont circonstanciels, dues à des problèmes locaux, ce serait nier les limites d’une stratégie qui va, de plus, affronter la crise économique. Laisser croire également qu’il n’y a aucun problème de personnes à la tête de l’Etat serait nier le principe classique de l’usure politique. Il suffirait de radicaliser la politique en cours ? Plus de nationalisations ? Plus de pouvoirs au peuple ? Les conseils communaux entrent dans le même verticalisme que l’organisation du PSUV. Le système militarisé qui montra son efficacité face à la méthode forte de l’adversaire est-ce la meilleure riposte au futur maire de Caracas, Antonio Ledezma qui n’est pas un nouveau dans la vie politique du pays (il fut gouverneur du district fédéral) ?

 

L’affrontement qui se déroule au Venezuela nécessite la réflexion de tous pour mieux analyser le rapport de force mondial entre démocrates et oligarchies. Je ne prétends à rien d’autre qu’à apporter ma pierre en dehors des discours à l’emporte-pièce et donc en essayant d’être au plus près du réel.

28-11-2008 Jean-Paul Damaggio

(1) Discours publié aux Editions La Brochure 82210 Angeville, 5 euros.

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