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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 10:23

Moissac fête Slimane Azem

 « Qui veut aujourd’hui avoir un nom

doit d’abord se taire

et cela je ne saurais m’y résigner »

Slimane Azem (poème 58)


(sur la photo Salah Amokrane pilier de l'organisation de l'hommage) 

 






Parmi les festivités qui se déroulent à Moissac, lieu où vécut le chanteur kabyle Slimane Azem, de 1963 à son décès en 1983, voici un compte-rendu d’un débat animé par Salah Amokrane du Tactikollectif. Beaucoup de témoignages, beaucoup d’émotions et quelques rappels.

Naïma Yahi, jeune historienne, a eu la lourde charge de lancer des interventions qui surent aller à l’essentiel tout en restant brèves. En tant que chercheuse autour du patrimoine culturel de l’immigration et en particulier celle de Kabylie, elle a eu l’occasion de croiser l’œuvre du chanteur. Elle va donner les repères essentiels de sa vie (voir textes déjà publiés sur ce site) et retenir surtout que cette œuvre du poète « participe à l’histoire générale des idées ».

 

Un Algérien a fait le voyage et c’est aussi très important vu l’histoire mouvementée entre Slimane et son pays. Il s’agit d’un journaliste, directeur du festival algérien de musique Chââbi, Abdelkader Bendameche. Il veut livrer un modeste témoignage qui fait référence à l’époque où, chanteur, il reprit plusieurs chansons de Slimane sans comprendre les paroles et pour un public qui ne comprenait pas les paroles. C’est dire la force des mélodies. Il reconnaît que cet artiste était un grand communicateur doué pour la création, qui mérite par son usage de l’allégorie et de la fable toute notre reconnaissance. Il aurait 90 ans aujourd’hui et il est temps de lui rendre l’hommage mérité.

M. Bendameche aura ensuite à répondre à la question de la place de Slimane dans l’officialité algérienne. C’est vrai, il n’y avait pas de personnalité officielle de son pays pour l’hommage, lui étant là, bien que cadre supérieur de l’Etat, à titre personnel, mais comment ne pas remarquer qu’à la date du Premier Novembre il est en principe difficile, en particulier au maire du village natal de Slimane de se déplacer ? Il suffit de regarder en ce moment la télé algérienne pour se souvenir que c’est l’heure des commémorations du début de la révolution algérienne (1er novembre 1954).

Il est incontestable, même s’il y a quelques évolutions positives, que le statut de la langue et culture kabyle, comme en ont témoigné deux personnes, reste fragile en Algérie.

 

Le journaliste Rabah Mezouane ouvrira la longue liste des témoignages directs, lui qui est arrivé en 1976 en France. Natif de Tizi-Ouzou il se souvient d’abord combien, le quart d’heure kabyle de l’émission Radio-Paris, était attendu autour de lui dans sa jeunesse, et dans ce quart d’heure, l’idole incontestée, c’était Slimane Azem. Il en explique la raison par le fait qu’il était le chanteur qu’on pouvait écouter en famille (d’autres pour cause de décence n’avaient pas un public si large). Ce point est en effet très important dans l’approche d’un répertoire que Slimane veut à la fois populaire et artistique. Et qu’est-ce que le populaire ? L’oral, la fable et le quotidien. Slimane par une mémoire précise et un génie propre sait puiser dans la littérature orale propre aux langues tenues à l’écart de l’officialité. Il rejoint donc aussitôt la fable et Rabah ajoutera ce trait important : « on l’écoutait comme on lit un journal ». Slimane était en France, Rabah était en Algérie mais les chansons parlaient exactement de la vie au pays comme il parlait de la vie de l’immigré. De plus, il s’agissait, par une lecture au second degré, de trouver la trace du chanteur engagé. Dans La grenouille c’était Ben Bella.

Dernière note que Rabah rapporte du contact direct avec Slimane : « c’est un homme qui a beaucoup souffert ». En tant que musicien il note la modernité de ses compositions et de ses sons avec parfois des airs tziganes.

 

Mouss, pour le groupe Origines contrôlées, rappellera son témoignage donné déjà à Garganvillar (voir autre texte sur ce site) sur la fonction du poète dans sa famille. « On en a mangé grave, dit-il, et on ne comprenait pas les mots » mais il se souvient que par la voix de Slimane, son père ouvrier exilé pouvait prendre la parole et c’est toute la fonction qu’il attribue à son art : « aider les gens à vivre donc aider les gens à avancer ». Son père était dans la salle et finalement Mouss aura dit exactement ce que va indiquer, en une phrase, le frère de Slimane : « Je remercie tout le monde réuni ici pour honorer la mémoire de mon frère ». Oui, il s’agissait de reconstruction d’une mémoire qui fait actualité.

 

Un natif du village natal de Slimane rappellera par la référence à la langue berbère, l’amazigh, toute la place de cette langue dans l’œuvre de Slimane, la place de la femme et des valeurs véhiculées comme l’ouverture, la tolérance et la fierté. Il sait qu’avec la salle il sera possible de partager des trésors de témoignages. Lui en cite deux : monter un piège pour attraper les oiseaux en kabylie, et les longues discussions en France pour qu’il rapporte à Slimane des nouvelles du pays.

 

Le public très nombreux aura largement la parole et en particulier la famille. Mais je reste sur ma faim quant à la question relancée par Naïma Yahi : quel Moissagais il était ? Le maire, Jean-Paul Nunzi interviendra sans rien apporter sur ce point, se félicitant simplement du succès de la journée et de l’apport qu’elle peut représenter en tant que passerelle entre « la communauté marocaine » présente dans la ville et les autres Moissagais. J’ai mis des guillemets au terme de communauté marocaine employé par le maire car le fait d’être marocain n’implique en rien une communauté et par ailleurs la distance est grande entre Tizi-Ouzou et Rabat, même si le Berbère va des uns aux autres.

Une expo de quelques documents prêtés par la famille et installée dans la bibliothèque apportera quelques éléments avec des photos par exemple.

 

La question de l’inspiration de Slimane a été très bien débattu avec ses trois étages : l’enfant paysan qui observe et aime la nature, le petite écolier qui a connu La Fontaine, et La Fontaine qui n’a rien fait d’autre que de reprendre Esope pour apporter son génie propre au fabuliste grec. Avec toujours en toile de fond un point évoqué au départ : l’oralité, question que l’on retrouve dans les variantes propres à plusieurs œuvres du poète.

 

Une idée de jumelage entre Moissac et Agouni Gueghrane, l’incroyable village natal par sa position au sommet d’une montagne, a été proposée car comme l’indiqua en conclusion Salah, il ne s’agira pas d’en rester à ce week-end d’hommage mais il faudra continuer.

 

Puis une nièce de Slimane, Malika, présenta un écrit de son fils David (si j’ai bien compris) qui avait 10 ans au moment du décès de l’oncle Slimane et qui a su rendre, en un beau texte poétique, toute la vie du chanteur. La poésie est encore vivante.

1-11-2008 Jean-Paul Damaggio

P.S. Après les débats les conversations sont allées bon train. Trois dames discutaient dans un coin. « Et l’épouse de Slimane, personne n’en parle, est-elle décédée ? » demande l’une. « Oui », répond l’autre. Je me mêle alors à la conversation : « Sur la tombe, le nom de sa femme s’y trouve, mais pas la date du décès. Est-elle décédée à Moissac ? » « Oui » me confirme la dame.

 

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